La reprise du tennis vue par... Félix Auger-Aliassime

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C'est l'heure. Le circuit ATP s'apprête à redémarrer ce week-end depuis New York, où vont s'enchaîner le Masters 1000 de Cincinnati et l'US Open. Une séquence forcément particulière pour les joueurs. Depuis sa loge du court Arthur-Ashe réaménagée en vestiaire, Felix Auger-Aliassime a accepté de nous raconter ces journées pas comme les autres, ses interrogations et surtout ses espoirs.

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Crédit: Eurosport

Par Felix Auger-Aliassime, à New York

"Enfin ! Nous sommes tous heureux d'être de retour. Je suis arrivé le samedi 15 août à New York. J'ai été testé dès mon arrivée à l'hôtel. Ensuite, j'ai été isolé dans ma chambre jusqu'à l'attente de mes résultats. Une fois que j'ai su que j'étais négatif, j'ai pu mettre en place ma routine d'entraînement, ma préparation. Tout se passe bien.
Ce que je tiens à dire, c'est chapeau à l'USTA d'avoir pu mettre un cadre sécurisé pour les joueurs. J'étais en France et à Monaco pendant plusieurs semaines. C'est presque plus sécurisé ici. Bien sûr, il y avait la question du voyage, des aéroports. Mais dans les aéroports, il n'y a personne. Tout est désinfecté tout le temps, tout le monde porte des masques. Ici, à Flushing, tous les gens sur le site (joueurs, staffs) sont testés régulièrement. Le personnel, à la salle de gym, au restaurant, partout, porte des masques et des gants en permanence. Donc vraiment, chapeau à l'organisation.
Le stress, c'était l'incertitude. Tu ne sais jamais où et comment tu peux avoir attrapé le virus. Je n'ai pas spécialement peur pour moi, pour ma santé. Mais je dois aussi penser à mon équipe. Je leur demande de voyager outre-mer à une période compliquée, même si tout le monde l'a fait de bon cœur et que ça se passe bien. Une fois arrivé ici et que nous savons que nous sommes négatifs, ça va mieux. Tu peux penser à autre chose. Mais bien sûr, tu as toujours un petit stress à chaque fois que tu passes le dépistage. Tu reçois des mails pour te dire les matins où tu dois être testé. Je l'ai été dès mon arrivée le 15 août, puis le lundi matin. Nous sommes testés tous les deux ou trois jours.
Je n'ai jamais vraiment envisagé de ne pas venir. Mon seul questionnement, c'était par rapport à la place et l'importance du tennis dans le contexte actuel. Se dire qu'on va jouer un tournoi de tennis, qu'on parle de calendrier… Après, c'est notre monde, notre boulot, c'est normal, je le comprends. Mais que ce soit notre préoccupation, avec tout ce qu'il se passait par rapport au Covid-19, c'était un peu bizarre.
Mais en dehors de ça, je n'ai jamais envisagé de ne pas jouer à New York pour des questions sanitaires. J'avais déjà fait le voyage pour aller du Canada à Monaco. Là, après tout, c'était juste le voyage dans l'autre sens. Une fois à New York, je ne me suis pas senti exposé à un danger, je ne me suis pas mêlé à la foule, donc je n'ai pas trop eu à gérer cette question de danger sanitaire.
Quant au calendrier, je prends les opportunités qui se présentent. On a la chance de pouvoir jouer ce tournoi. Il y a un Grand Chelem à jouer et même pour la suite de la saison, il peut y avoir de l'incertitude. Alors je suis heureux de pouvoir disputer un Grand Chelem, même si c'est dans des conditions spéciales.
Les premiers jours, ça ne m'a pas fait trop bizarre d'avoir un stade vide. Ce sont les entraînements, c'est normal. On a l'habitude. Mais te dire que quand le tournoi va commencer, ce sera la même chose, c'est vraiment étrange. Je me faisais la réflexion avec Guillaume (Marx, son entraîneur, NDLR). Jouer devant personne, ça va être bizarre. C'est même complètement fou. Jouer Cincinnati à Flushing, c'est curieux aussi. Normalement, c’est une ville, un tournoi. Parfois, je dois me dire "ah oui, au fait, Felix, il y a un Masters avant l'US Open". Je dois me le rappeler, parce que j'ai tendance à l'oublier. Quand on arrive à Flushing, c'est pour l'US Open, c'est tout !
Mais honnêtement, ça reste toujours moins bizarre que de se dire qu'on va jouer un Grand Chelem sans personne, sur des courts aussi grands. C'est difficile de savoir comment on va réagir de disputer un match aussi important sur le court Arthur-Ashe, le plus grand stade du monde, mais sans un seul spectateur. Une fois la partie commencée, tu es dans ta bulle, tu essaies de faire ton match. Mais j'espère qu'ils vont prévoir des bruits de fond, d'ambiance. A l'UTS, ils ont fait ça, histoire qu'il y ait un peu d'ambiance quand même. Ne pas avoir ce silence, ce néant, ça peut être important.
J'ai des bons et des mauvais souvenirs ici. Mon titre chez les juniors en 2017, c'était important. Je n'ai que 20 ans, c'est un souvenir encore proche dans ma mémoire. Un super moment. Gagner un titre, quand tu es jeune, ça compte. Ces deux dernières années, c'était plus compliqué avec les deux défaites au premier tour contre Denis (Shapovalov, NDLR).
Tout le monde se souvient de notre match en 2018, parce que j'avais eu des palpitations cardiaques et j'avais dû abandonner. Ça faisait mal, c'était difficile à accepter, d'autant que c'était ma toute première apparition en Grand Chelem dans un tableau final. L'an passé, j'ai complètement raté mon match, alors, pour d'autres raisons, ça n'avait pas été simple à avaler non plus.
Mais New York, c'est toujours une ville que j'apprécie. J'adore cet endroit, l'atmosphère. Pareil pour Flushing. Alors, même si, pour l'instant, ça ne m'a pas souri, il n'y aucune raison que ce ne soit pas le cas dans le futur."
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