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Indian Wells vintage : La comète Fish emporte tout (ou presque) sur son passage

Indian Wells vintage : La comète Fish emporte tout (ou presque) sur son passage

Le 19/03/2020 à 17:08Mis à jour Le 19/03/2020 à 19:52

INDIAN WELLS - Il n'y aura pas de tennis à Indian Wells cette année (merci le coronavirus). Cela nous laisse un peu de temps pour nous replonger dans les grandes heures du tournoi. Chaque jour, retour sur une page marquante ou un match inoubliable restés dans l'histoire du Masters 1000 californien. Cap sur 2008 et le parcours spectaculaire d'un homme de coups, Mardy Fish.

Mardy Fish – David Nalbandian

Edition : 2008
Tour : Quart de finale
Vainqueur : Mardy Fish (Etats-Unis)
Adversaire : David Nalbandian (Argentine)
Score : 6-3, 6-7 (5), 7-6 (4)

Même s'il finira par céder en finale contre Novak Djokovic, cette édition 2008 aura ressemblé à un conte de fées pour Mardy Fish. Ex-top 20 (17e en 2004) mais 98e mondial en arrivant dans le désert californien, il n'avait encore jamais réussi à battre deux joueurs du Top 10 dans un même tournoi. A Indian Wells, il triple la mise contre l'élite, se permettant même d’administrer une petite leçon en demi-finale à un certain Roger Federer (6-3, 6-2), alors numéro un mondial. Son succès le plus probant, évidemment, et le plus surprenant par son caractère expéditif, mais pas le plus mémorable dans une semaine folle dont l'apothéose tennistique sera son quart de finale contre David Nalbandian.

Adepte d’un tennis percutant et offensif, grâce à sa première balle si efficace et son punch du fond du court, le natif d’Edina dans le Minnesota avait la panoplie et le caractère parfaits pour faire des "coups" sur le circuit, surtout quand on ne l’attendait pas ou plus. Rapidement prometteur, il avait aussi régulièrement touché le fond, trahi par son corps dans une carrière en forme de montagnes russes. Deux fois opéré du poignet gauche en 2005, il s’était notamment retrouvé à une 341e place mondiale indigne de son talent en février 2006.

Mardy Fish à Indian Wells en 2008

Mardy Fish à Indian Wells en 2008Getty Images

Un puncheur talentueux qui cachait bien son jeu

Souvent touché donc, mais rarement coulé car capable de spectaculaires remontées. Jamais plus dangereux que lorsqu’il évolue devant le public américain, comme la plupart de ses compatriotes, Fish a faim de victoires lorsqu’il s’engage à Indian Wells en mars 2008. Il sort alors d’une tournée américaine correcte, mais sans coup d’éclat, avec deux quarts de finale à Delray Beach et San Jose entre autres, atteints en gagnant contre des adversaires hors top 100. Il ne manque donc pas totalement de confiance, mais avance masqué. Un rôle d’outsider qui lui va comme un gant.

Après deux premiers tours aussi maîtrisés que convaincants face à Florian Mayer (7-5, 6-4) et Igor Andreev (6-4, 6-3), Fish passe la vitesse supérieure face à Nikolay Davydenko, pourtant bien installé dans le top 5 mondial à l’époque (il est 4e). En à peine une heure et quart, le Russe est éparpillé façon puzzle (6-3, 6-2), alors que le 97e à l’ATP doit faire quasiment sans sa première balle (48 % seulement). A l’échange, il est sur son petit nuage, c’est sans contestation possible la performance américaine de la semaine et l’intéressé aurait pu s’arrêter en huitième de finale, l’esprit tranquille.

Un dernier set de folie contre Nalbandian

Mais l’exploit ne sera pas sans lendemain. Fish confirme ses excellentes dispositions du moment en sortant vainqueur d’un combat tendu de près de deux heures et demie face à Lleyton Hewitt (7-5, 3-6, 7-6). Cette fois, c’est sûr l’Américain est éreinté, c’en est fini de sa belle aventure… Que nenni ! Il remet ça contre David Nalbandian en quart de finale, dans ce qui reste comme l’un des grands classiques du Masters 1000 californien. Davantage à son aise dans les filières courtes habituellement, il tient aussi le choc quand l’Argentin dicte le jeu du fond et décoche quelques passings que son adversaire n’aurait pas reniés.

Fish joue avec ses propres nerfs dans une fin de match complètement dingue : il manque d'abord deux balles de break à 4-3 dans le 3e set puis deux balles de match à 5-4 sur le service de Nalbandian avant de se faire breaker. L'Argentin sert pour le match à 6-5, en vain. Mené 4-3 dans le tie-break, Fish s'impose finalement 7-4 malgré un... trou dans sa chaussure, sur un dernier smash libérateur. Il finit à genoux. "Ma plus belle victoire", dit-il alors. Mais ça, c'était avant de laisser seulement cinq jeux à Federer.

Transporté par l’euphorie de ses victoires successives, Fish atteint ce fameux état second qui fait fantasmer tous ceux qui ont joué au tennis, quel que soit leur niveau, "la zone". Il inflige la même correction au numéro 1 mondial qu’à Davydenko au 3e tour, mais va plus vite encore (1h04 seulement). Federer manque alors certes un peu de rythme – il a bénéficié du forfait de Tommy Haas en quart – et de confiance. La défaite sèche du Suisse en demi-finale de l’Open d’Australie quelques semaines plus tôt a révélé des fêlures chez le "monstre", comme il le disait lui-même, condamné à gagner.

Roger Federer à Indian Wells en 2008

Roger Federer à Indian Wells en 2008Getty Images

Federer balayé par la tornade

Le "Maestro" se remettait d’ailleurs à l’époque d’une mononucléose. Mais évoquer une prétendue défaillance du Bâlois serait faire peu de cas de la performance exceptionnelle de Mardy Fish ce jour-là, et plus globalement, cette semaine-là. Interrogé sur le déclin supposé de sa victime du jour, l’Américain préférera d’ailleurs manier l’ironie sur le sujet. "Dans les vestiaires, on pense tous que ce débat est une blague. Vous savez : ‘Oh mon dieu, Roger n’a pas encore gagné de tournoi cette année !’ Mais il n’en a joué que deux, et atteindre à chaque fois les demies en ayant une mono, c’est plutôt pas mal." Douze ans plus tard, on peut dire qu’il avait vu juste.

Toujours est-il que lors de cette semaine californienne, Fish réalise une démonstration de tennis offensif qui avait de quoi faire pâlir d’envie les plus grands spécialistes du genre (Federer compris) avec ses enchaînements vers le filet, services et retours gagnants en pagaille, saupoudrés de quelques missiles de coups droits croisés. "J’ai toujours pensé que j’étais capable de m’immiscer dans le top 10, et c’est toujours le but", confie-t-il alors. La suite lui donnera encore raison.

Quelques mois plus tard, il atteindra les quarts de finale à Flushing, seulement battu alors par Rafael Nadal en quatre sets, et en 2011, il se hissera au 7e rang mondial après notamment une autre finale perdue à Cincinnati, cette fois face à… Federer. Il disputera cette année-là son unique Masters en carrière. Né la même année que le Suisse, il sera contraint à une pause précoce puis à la retraite en 2015 à cause de crises d’angoisse et de problèmes cardiaques. Une fin de carrière triste pour un beau joueur qui méritait bien ce modeste hommage.

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