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Masters Madrid

Quand Novak Djokovic égalait Pete Sampras avant d'écrire sa légende à Roland

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Novak Djokovic et Andy Murray en 2016 à Madrid - Série Madrid Vintage

Crédit: Eurosport

ParMaxime Battistella
07/05/2020 à 21:29 | Mis à jour 08/05/2020 à 17:04

MADRID VINTAGE - Quelques semaines avant de conquérir enfin Roland-Garros, Novak Djokovic s'était fait les crocs dans la capitale espagnole en venant à bout d'Andy Murray, également finaliste malheureux sur la terre battue parisienne. Une victoire riche en symboles pour le Serbe qui égalait alors, avec 64 titres, la marque d'une autre légende, Pete Sampras.

Après Indian Wells, Miami et Monte-Carlo, revivez tout au long de la semaine les moments forts de l’histoire du tournoi de Madrid, qui aurai dû se tenir du 4 au 10 mai.

Le destin – ou le hasard selon le point de vue – fait parfois de curieux clins d’œil. Dix ans après avoir croisé le fer pour la toute première fois déjà à Madrid (alors sur dur indoor), Novak Djokovic et Andy Murray se retrouvent avec un titre en jeu dans la capitale espagnole ce dimanche 8 mai 2016. Respectivement têtes de séries 1 et 2, le Serbe et l’Ecossais ont subtilisé les premiers rôles à un autre duo légendaire – Roger Federer et Rafael Nadal – cette saison-là. Mais leurs face-à-face n’exercent pas la même fascination, car contrairement à leurs prédécesseurs, leurs jeux se ressemblent comme deux gouttes d’eau, comme deux miroirs qui se feraient face.

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Nés à une semaine d’intervalle – Murray le 15 mai 1987, Djokovic le 22 –, les deux hommes se connaissent par cœur. Rivaux depuis l’enfance, ils entretiennent des rapports amicaux depuis de longues années et ont développé nombre de qualités communes sur le court. Tous les deux sont dotés d’excellents revers à deux mains, relancent fabuleusement bien et contrent à merveille. Et pourtant, depuis leurs débuts professionnels, c’est le Serbe qui a le plus souvent le dessus. Une tendance accentuée lors des deux saisons précédant cette finale madrilène : 22-9 pour le "Djoker" qui a remporté 11 de leurs 12 dernières confrontations et reste sur trois victoires.

Novak Djokovic à Madrid en 2016

Crédit: Getty Images

Tenant du titre, Murray est devenu une pointure sur terre

Sur terre battue, le bilan est même plus radical. Ils s’y sont alors affrontés à trois reprises et Djokovic n’a jamais perdu. Mais si Murray n’avait pas existé pour leur première joute sur brique pilée à Monte-Carlo en 2008 (6-0, 6-4), il avait ensuite tenu la dragée haute à son adversaire à Rome en 2011 (6-1, 3-6, 7-6) et surtout à Roland-Garros en 2015 (6-3, 6-3, 5-7, 5-7, 6-1). Ce jour-là, il avait d'ailleurs compromis les espoirs de premier sacre du Serbe sur la terre battue parisienne en le forçant à terminer leur marathon le samedi, veille de la finale perdue contre Stan Wawrinka.

Pas très à l’aise sur ocre en début de carrière, Murray y a ainsi effectué de remarquables progrès. Tant et si bien que c’est lui qui aborde le tournoi madrilène en qualité de… tenant du titre. En 2015, il n’avait laissé aucune chance à un certain Rafael Nadal (certes en plein doute) en finale (6-3, 6-2). Qu’à cela ne tienne, il refait le coup lors de cette édition 2016. Cette fois, c’est en demi-finale qu’il s’offre le "Taureau de Manacor" (7-5, 6-4), qui sort pourtant d’un doublé Monte-Carlo/Barcelone, dans une Caja Magica médusée.

Murray peut donc bomber le torse avant la finale. Mais le défi s’annonce immense face à celui qui est devenu sa bête noire. Surfant sur une exceptionnelle saison 2015, Djokovic est seul au monde en ce début d’année. Mis à part un accident à Monte-Carlo (défaite d’entrée contre le modeste Jiri Vesely) et un abandon à Dubaï, il plane au-dessus du circuit avec 28 victoires en 30 matches et déjà 4 titres enquillés (Doha, Open d’Australie, Indian Wells et Miami). Un seul objectif l’obsède alors : compléter le Grand Chelem sur deux ans – ce que ni Federer ni Nadal n’ont réussi à faire – en allant chercher enfin la Coupe des Mousquetaires.

Andy Murray à Madrid en 2016

Crédit: Getty Images

Un quart d'heure à couteaux tirés pour une fin à suspense

Et quoi de mieux pour préparer le Majeur parisien que de s’imposer à Madrid face à son plus grand rival du moment ? En roue libre, "Nole" étouffe Murray qui commence au service et se fait punir d’entrée. Tout en relâchement, le numéro 1 mondial est sur sa planète, il réussit tout. D’une précision chirurgicale, il trouve les lignes avec une aisance déconcertante et s’adjuge le premier set en à peine plus d’une demi-heure (6-2). A l’image de ce qu’il avait réalisé pour débuter leur finale à Melbourne quelques mois plus tôt.

"Au début, il jouait incroyablement bien", concède Murray qui n’a remporté que trois petits points sur 18 en fond de court dans ce premier acte. Perdu pour perdu, l’Ecossais doit donc changer quelque chose. En début de deuxième set, Il parvient à hausser son pourcentage de premières balles pour prendre davantage l’initiative. Plus agressif, il refuse le jeu en cadence et rééquilibre ainsi les échanges. Impérial jusqu’alors, Djokovic doit faire face à une toute autre résistance. Il se tend soudain dans le quatrième jeu, commet deux fautes directes et une double pour offrir le break à Murray. La finale est relancée (6-2, 3-6).

Pour rester numéro 2 mondial, l’Ecossais doit l’emporter. Et pour la première fois dans cette fraîche soirée madrilène, il semble pouvoir l’envisager. D’autant qu’après avoir concédé un break d’entrée de troisième manche, il refait encore son retard. Si serein lors de la première demi-heure, le "Djoker" rit jaune mais reprend l'avantage pour mener 4-2 puis 5-3. Un jeu de service à tenir et c'est fini. Une formalité ? Non, ce sera l'apogée de l'empoignade. Murray jette alors toutes ses forces dans la bataille : pendant 14 minutes, les deux hommes se rendent coup pour coup et l'Ecossais se procure pas moins de 7 balles de débreak pour faire à nouveau basculer la partie.

En 2016, Djokovic était venu à bout de la résistance de Murray pour s'imposer à Madrid

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Quand j'étais enfant, Sampras gagnait tout. Etre à sa hauteur, c'est quelque chose de grand

Seulement, de l’autre côté du filet, le bonhomme a des nerfs d’acier. Dos au mur, il sort systématiquement une grosse première puis enchaîne bien (quand il en a besoin) pour se tirer d'affaire. "Évidemment, je ne voulais pas lâcher ce dernier jeu, parce que je savais que si je le faisais, Andy aurait engrangé de la confiance et se serait mis à jouer encore mieux. Donc je me suis battu très dur et je suis juste heureux d’être parvenu à terminer", confiera le Serbe, soulagé, après coup. Comme souvent entre les deux hommes, Djokovic n’aura pas dominé son adversaire techniquement, mais mentalement grâce à la prodigieuse confiance en soi qui l’habite.

Fort d'un 29e Masters 1000 en carrière, il double alors Nadal au nombre de trophées glanés dans cette catégorie prestigieuse. Cette statistique symbolique est pourtant anecdotique pour lui au regard d’un autre chiffre. A seulement 28 ans (bientôt 29), il égale Pete Sampras avec 64 titres au compteur. "C'est flatteur de me retrouver à la hauteur de telles légendes du sport. Particulièrement Pete Sampras, parce que j'ai grandi avec lui. Quand j'étais enfant, il gagnait tout. Etre à sa hauteur, c'est quelque chose de grand, d'incroyable, c'est un bel accomplissement et c'est une source de motivation."

Novak Djokovic à Madrid en 2016

Crédit: Getty Images

Murray aura sa revanche à Rome, Djokovic sa consécration à Roland

Encore une fois dominé par son double, Murray a de quoi ruminer mais il préfère voir le verre à moitié plein. "Quand vous jouez contre les meilleurs joueurs, vous n’allez probablement pas gagner à chaque fois. Mais vous voulez leur rendre la tâche la plus difficile possible aussi bien physiquement que mentalement. Je pense que j’y suis parvenu, même si je n’ai pas gagné. C’est une semaine positive globalement pour moi : il y a quelques années je n’aurais pas pensé pouvoir battre Rafa et ensuite pousser Novak dans ses retranchements sur terre battue."

Il ne croyait alors sûrement pas si bien dire. Car sa persévérance finira par être récompensée la semaine suivante, à Rome, où il prendra nettement sa revanche en finale (6-3, 6-3). Sa première (et seule à ce jour) victoire sur terre battue face au Serbe. Conclusion logique de ce printemps, le duel se poursuivra du côté de la Porte d’Auteuil où Djokovic réalisera l’exploit dont il rêvait, un Grand Chelem à cheval sur deux ans (Wimbledon 2015, US Open 2015, Open d’Australie 2016 et Roland-Garros 2016).

Mais il était dit que ces deux-là ne se lâcheraient pas en cette saison 2016. Archi-dominateur et repu, Djokovic connaîtra une seconde partie de saison beaucoup moins prolifique, tandis que Murray, couronné devant les siens à Wimbledon, finira l’année aussi fort que son rival l’avait commencée (25 victoires d’affilée et cinq titres), le coiffant même au poteau en finale du Masters pour le trône. Djokovic-Murray, Murray-Djokovic, une symétrie quasi-parfaite, comme les deux faces d’un même miroir.

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