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Pour Sock le survivant, c'est l'heure d'exister

Pour Sock le survivant, c'est l'heure d'exister

Le 05/11/2017 à 22:22

ROLEX PARIS MASTERS - Vainqueur de son premier Masters 1000 à Bercy dimanche, Jack Sock a réussi à unir tous les ingrédients techniques et mentaux pour aller chercher le plus grand titre de sa carrière. A côté de la plaque depuis mars, l'Américain a enfin lâché le fauve qu'il avait en lui. Un véritable acte de (re)naissance à 25 ans.

Un "Yankee" roi à Paris. Vainqueur du surprenant Filip Krajinovic (5-7, 6-4, 6-1) en finale du Rolex Paris Masters, dimanche à Bercy, Jack Sock est allé chercher le plus grand succès de sa jeune carrière et a enfin décroché le graal à 25 ans. Espoir devenu joueur confirmé, le droitier du Kansas a mis le temps avant de transformer l'essai mais la maturité tardive est devenue un facteur récurrent ces derniers temps sur le circuit. Trois mois après Grigor Dimitrov qui était allé prendre son premier 1000 à Cincinnati à 26 ans, l'Américain a lui aussi pris le train en marche. Il est devenu dimanche le quatrième joueur venu du pays de l'Oncle Sam à s'imposer à Bercy après Tim Mayotte (1987), Andre Agassi (1994, 1999) et Pete Sampras (1995, 1997). Ça vous place une performance.

A tout succès, un point de départ. Celui de Jack Sock remonte à mercredi dernier. A côté de son sujet face à Kyle Edmund dans le hangar du court N.1, l'Américain, qui signait alors là son entrée en lice dans le tournoi, a accompli ce qu'on appelle un miracle en remontant un déficit de 1-5 dans le dernier set face au Britannique. Sock, sorte de survivant moderne du tennis, a posé les bases de son futur sacre sur le petit court annexe de Bercy, avant de chauffer la machine face à Lucas Pouille, puis de terrasser deux des hommes en forme du tournoi, l'Espagnol Fernando Verdasco en quart de finale et la Français Julien Benneteau en demie. Le tout avec la manière, mais surtout en surmontant les hauts et les bas que lui impose son jeu à risque(s) (gros coups droits frappés avec un coup de poignet sec, passings des deux côtés et service-volée sur secondes balles).

"Je ne me sentais pas très bien au premier tour sur le plan du tennis. Je n'avais pas de bonnes sensations", a expliqué le nouveau roi de Bercy après sa victoire. "Mais en fait cela a été un des meilleurs matchs parce que j'ai réussi à rester dedans et à finalement gagner. (…) Je vais me souvenir de cette semaine et je me rendrai compte que cette victoire au premier match si difficile a eu des conséquences énormes."

Jack Sock lors du Rolex Paris Masters

Jack Sock lors du Rolex Paris MastersGetty Images

" Ces derniers six mois ont été assez inégaux"

Il y a eu bien sûr les circonstances qui ont entouré le tournoi parisien - l'absence de Roger Federer et le forfait de Rafael Nadal avant son quart de finale, ainsi que les nombreux forfaits au sein du Top 20 - mais le triomphe de Sock à Paris est avant tout celui d'un joueur à potentiel. Et non un succès par défaut. Le potentiel du droitier n'avait lui pas encore été tout à fait exploité malgré quelques coups d'éclat depuis 2014 et le gain en début d'année de deux de ses trois titres, à Auckland et Delray Beach. Peu enclin aux sacres en-dehors de son sol, cette génération US des années 2000 a finalement trouvé en Sock un digne successeur à Andy Roddick, dernier Américain en date à avoir remporté un Masters 1000, à Miami en 2010. Il a aussi pris la suite d'un certain Mardy Fish, dernier joueur à avoir disputé le Masters de Londres en 2011, avec qui il partage un peu ce parcours fait de montagnes russes. Plus qu'un trophée en forme d'arbre et une improbable présence au Masters (il était 24e à la race et sous la barre des 2000 points lundi dernier), c'est un nouveau statut qu'il a gagné à la force du bras.

Grand cogneur devant l'éternel, ce qui lui a joué de mauvais tours, le futur 9e joueur mondial a surtout eu la force d'aller chercher un sacre venu de nulle part cette semaine. Un terme un peu fort mais un terme qui décrit bien les derniers mois vécus par le joueur du Kansas. Complètement déréglé au moment d'attaquer le printemps alors qu'il sortait d'une tournée US réussie - une demie à Indian Wells et un quart de finale à Miami avec des sorties de route face à Roger Federer et Rafael Nadal - Sock est passé dans un tourbillon de négativité jusqu'à son passage dans la capitale française où il sentait plus les vacances arriver qu'autre chose en début de semaine. "Ces derniers six mois ont été assez inégaux, entre janvier et mars, je me sentais bien. Je jouais très, très bien et puis, à partir de ce moment-là, du mois de mars, la saison a été beaucoup plus difficile", a-t-il précisé. "A l'entrée du tournoi cette semaine, je n'avais aucune idée de ce qui pouvait se passer. Je me disais que c'était la dernière semaine."

Jack Sock lors du Rolex Paris Masters

Jack Sock lors du Rolex Paris MastersGetty Images

Un problème de mental avant tout

Passé à côté de la saison sur ocre, pourtant sa surface favorite, Sock a traversé une seconde partie de 2017 dans les abysses ou pas loin. Embêté par une épaule récalcitrante depuis l'été qui lui a fichu sa tournée US en l'air, Sock n'avait enchaîné deux succès consécutifs dans un tournoi qu'à deux reprises depuis juillet : à Washington, puis à Bâle la semaine dernière où son épaule avait refait des siennes. Avec 13 victoires en 27 rencontres depuis mars, le futur N.1 américain était loin de vivre le meilleur moment de sa carrière. A Shanghai il y a trois semaines, une déshydratation l'avait contraint à renoncer lors de son premier tour face à Alexandr Dolgopolov. C'est dire s'il a fallu se remobiliser pour finir la saison dignement.

A Paris, Sock, dont le moral avait pris du plomb dans l'aile, a avant tout signé un succès sur lui-même. Ce mental qui lui a fait si souvent défaut par le passé a été l'un des moteurs principaux de son parcours victorieux. "Je ressens beaucoup d'émotion. J'ai eu une année difficile avec des hauts et des bas. (…) J'ai beaucoup, beaucoup travaillé ces derniers mois. Il y a un an, un an et demi, je n'aurais pas pu gagner un tournoi comme ça. J'ai beaucoup travaillé car cela se joue beaucoup dans la tête", a-t-il reconnu.

Jack Sock lors du Rolex Paris Masters

Jack Sock lors du Rolex Paris MastersGetty Images

McEnroe lui avait secoué les bretelles en septembre

Jack Sock et ses suffisances psychologiques, le combat était connu de longue date pour les plus assidus de la petite balle jaune. Quand on évoque ce sujet, impossible de ne pas repenser à ce fameux début de Bercy, où il est passé à un petit jeu d'une sortie de route prématurée et obscure, et surtout aux mots forts d'un certain John McEnroe qui lui avait trituré le cerveau lors d'un match de simple face à Rafael Nadal lors la Laver Cup. Les propos indirects mais injurieux du Mac avaient d'ailleurs marqué l'auditoire à l'époque mais secoué Sock dans son for intérieur. Réputé sympa, même très sympa, Sock était visiblement trop tendre pour son illustre compatriote. Et un gentil garçon, ça ne gagne pas, ça prend des coups.

Connu pour son franc-parler, le Mac avait donc choisi ce jour-là des mots bien à lui pour remotiver un Jack Sock hésitant (alors qu'il revenait face à Nadal), qu'il trouvait trop friable au niveau des fondations, et pour lui faire comprendre qu'il était plus qu'un honnête joueur. "Je suis quelqu'un venu de l'extérieur qui observe. Mais durant le passé, je faisais partie des top joueurs. Là, je regarde un joueur qui est entre la 10e et la 20e place au classement et je lui dis 'Quand les choses vont mal, tu dois te battre toi-même.' C'est la prochaine étape. Tu dois faire un choix", lui avait-t-il balancé.

"Tu as 25 ans. Tu dois arrêter de secouer ta tête et dire non en guise de réponse. Tu dois te dire, 'je ne peux plus accepter une telle situation'. Plus jamais. C'est purement mental. Tu as tous les coups, tu as l'état d'esprit, tu as la vitesse. Mais tu dois absolument avoir ça (ndlr : en pointant son doigt sur sa tête). Tu vois ce que je veux dire ?" Message reçu visiblement. Pour Sock, c'est l'heure de prendre son envol. Définitivement.

Jack Sock lors du Rolex Paris Masters

Jack Sock lors du Rolex Paris MastersGetty Images

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