Nadal, Hewitt et les Williams : il y a 25 ans, le 11 septembre 2001, le monde s'écroulait, et le tennis changeait à tout jamais
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 11/09/2026 à 13:28 GMT+2
Il y a 25 ans, le 11 septembre 2001, New York était frappée par l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire. Par un invraisemblable concours de circonstances, Rafael Nadal disputait ce même jour son tout premier match professionnel, tandis que l'US Open venait juste de s'achever sur la prise de pouvoir de Lleyton Hewitt et la révolution des sœurs Williams.
Lleyton Hewitt dans les rues de Manhattan au lendemain de son titre à l'US Open, le 10 septembre 2001.
Crédit: Getty Images
Le 11 septembre 2001, tandis que Manhattan s'effondrait dans le chaos le plus total, frappé par l'attentat des tours jumelles qui allait provoquer la mort de près de 3 000 personnes et bouleverser la planète à tout jamais, Flushing Meadows, situé à une vingtaine de kilomètres de Ground Zero, dans le borough du Queens, était bercé, au contraire, par une douce quiétude. Deux jours plus tôt s'y était achevée une édition 2001 de l'US Open tout à fait mémorable, marquée par le premier titre en Grand Chelem de Lleyton Hewitt et la première finale majeure entre les sœurs Williams. Mais désormais, il n'y avait plus personne. Tous les joueurs étaient déjà repartis vers d'autres aventures.
Mais pendant que le monde s'écroulait, celui du tennis, lui, poursuivait son voyage sans fin. Ce 11 septembre 2001, Rafael Nadal disputait le tout premier match professionnel de sa légendaire carrière, à seulement 15 ans. À vrai dire, personne, absolument personne, n'y a prêté attention sur le moment. Tout le monde avait l'esprit préoccupé par des choses bien plus graves qu'un match de tennis. Surtout que ce match, un premier tour du Future de Madrid (sur dur), "Rafa" l'avait perdu face à l'obscur Guillermo Platel (731e mondial), 6-2, 5-7, 6-2, après avoir obtenu un total de… 13 balles de match.
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Rafael Nadal en 2003, deux ans après le premier match pro de sa carrière.
Crédit: Getty Images
Finalement, c'est pour d'autres raisons que cette rencontre est devenue plus tard mémorable, voire historique. L'Espagnol, lui, ne l'a jamais oubliée. Personne n'oublie son premier match pro. À fortiori dans ce contexte. "Je me souviens exactement de ce que j'ai fait ce jour-là, a raconté par la suite l'homme aux 14 Roland-Garros. Sur le moment, j'étais évidemment très triste parce que je venais de laisser passer une grosse occasion de remporter mon premier point ATP, ce qui est toujours très important. Mais quand je suis revenu aux vestiaires et que j'ai vu à la télé ce qu'il se passait, j'ai oublié le match en une seconde. Ça m'a bouleversé, surtout que quelques mois plus tôt, j'avais visité les tours jumelles et j'étais monté jusqu'au sommet."
Secrètement, le monde du tennis était donc en train de préparer sa révolution. À vrai dire, celle-ci était déjà en cours. Deux jours plus tôt, le 9 septembre 2001, Lleyton Hewitt (20 ans) avait décroché à l'US Open son premier titre du Grand Chelem, en surclassant en finale l'ancien maître des lieux et du circuit, Pete Sampras (7-6, 6-1, 6-1). Une démonstration, et même un adoubement, bientôt couronné par une accession à la place de n°1 mondial. Et la veille, Venus et Serena Williams avaient, elles aussi, marqué leur époque en disputant leur première finale majeure l'une contre l'autre (victoire de Venus). La première entre deux sœurs depuis… 1884. Autant dire une autre époque, une époque où Manhattan n'était pas encore l'épicentre symbolique du trading occidental.
La nuit précédente, j'avais quitté la ville alors que Manhattan était si paisible… Et voilà que le monde venait de basculer.
Le lundi 10 septembre, lendemain de son sacre, au cœur d'une journée chargée d'obligations médiatiques et promotionnelles, Lleyton Hewitt avait prévu, lui aussi, de prendre la pose au pied des tours jumelles. Épuisé par sa campagne américaine, il avait finalement annulé pour se reposer un peu aux côtés de sa petite amie de l'époque, Kim Clijsters, avant d'aller prendre, le soir même, son vol retour pour l'Australie. Où l'attendait, dès la semaine suivante, à Sydney, une demi-finale de Coupe Davis face à la Suède. Et c'est en atterrissant qu'il avait appris l'horreur qui venait de frapper la ville de ses exploits.
"En fait, nous étions en plein vol lorsque les événements sont arrivés et, avec le recul, je me souviens, dans l'avion, avoir vu pleurer des hôtesses, qui venaient sans doute d'apprendre ce qui s'était passé, a-t-il raconté ensuite au site Tennis.com. Nous avons atterri à Sydney et, là, les pilotes nous ont expliqué que l'on devait patienter dans l'avion, car la police fédérale australienne devait venir interroger les passagers pour savoir si nous avions remarqué quoi que ce soit à New York avant de partir. À ce moment-là, nous ne réalisions pas encore l'ampleur de ce qui se passait, car nous n'avions vu aucune image. La nuit précédente, j'avais quitté la ville alors que Manhattan était si paisible… Et voilà que le monde venait de basculer."
De quoi, sans mauvais jeu de mots, ramener brutalement sur terre la nouvelle star du tennis mondial, qui ne s'attendait certainement pas à passer si vite de la joie à l'effroi. "Ça a été un moment compliqué à vivre, a-t-il confirmé. J'étais encore sur mon petit nuage après mon titre à l'US Open, quand il s'est passé des événements bien plus importants que ma petite victoire au tennis. Surtout, j'étais inquiet pour les personnes que je connaissais et qui se trouvaient encore à Manhattan. L'attente a donc été très éprouvante, jusqu'à ce que j'apprenne que tout le monde était sain et sauf."
Chaque fois que je reviens à New York, ce n'est plus pareil. Je pense que le 11 septembre a eu un grand impact sur nous, joueurs de tennis.
Pour les sœurs Williams, toujours présentes aux États-Unis après leur historique duel final, le choc a été encore plus brutal. "Au moment des attentats, j'étais à Washington et il y avait des camions de l'armée partout dans les rues, a raconté plus tard Serena à ESPN. C'était une véritable scène de guerre et, à ce moment-là, oui, j'ai eu très peur." Comme Hewitt, comme tous les joueurs et les joueuses qui étaient aux États-Unis cette année-là pour l'US Open, la légendaire joueuse américaine a été marquée de très près, et à jamais, par la catastrophe.
Ce fut également le cas d'une autre fameuse étoile de la "promotion 2001", un certain Roger Federer. Battu par Andre Agassi en huitièmes de finale de cet US Open 2001, le Suisse était déjà rentré chez lui lorsqu'il apprit les attentats. Mais même s'il en a rarement parlé ensuite, il a été marqué à vie par les événements, spécialement lorsqu'il lui a fallu revenir à New York.
"Je n'arrivais pas à croire ce qui se passait, c'est difficile de réaliser une chose pareille, confiera Federer, alors âgé de 20 ans et qui n'avait pas encore remporté le premier de ses 20 Grands Chelems. Je crois que je n'ai pas vraiment réalisé jusqu'à ce que je revienne l'année suivante. Et à chaque fois que je reviens à New York, ce n'est plus pareil. Je pense que le 11 septembre a eu un grand impact sur nous, joueurs de tennis. Nous devons voyager sans cesse, nous n'avons pas le choix. Je sais qu'on n'est en sécurité nulle part, qu'il faut continuer à vivre sa vie plutôt que de rester dans une cage dorée. Mais avant, je ne pensais pas à tous ces risques."
Il y a 25 ans, pendant que l'Amérique comptait ses morts, le monde du tennis poursuivait son cours, presque comme si de rien n'était. Et posait, sans même le savoir, la première pierre de sa reconstruction, en Espagne, où un futur géant naissait sportivement le jour-même où un autre s'écroulait. Un quart de siècle plus tard, pour les Etats-Unis, quel plus beau symbole que de commémorer cette tragédie avec une demi-finale 100% américaine au programme entre Ben Shelton et Frances Tiafoe ?
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