Novak Djokovic, battu par Jakub Mensik en finale de Miami, a un problème : il ne peut plus tout miser sur son physique

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S'il a retrouvé beaucoup d'éclat sur le plan tennistique à Miami, Novak Djokovic a en revanche affiché de nouvelles limites physiques liées à son âge lors de la finale perdue face à Jakub Mensik. Pas de blessure cette fois, mais la manière dont il a fini "rincé" interroge sur sa réelle capacité à enchaîner les matches, notamment dans le format des Grands Chelems.

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Au bout du compte, on n'est pas beaucoup plus avancé. Novak Djokovic est reparti de Miami en laissant derrière lui sa dose presque habituelle de mystère. Sans qu'on sache très bien, en conclusion de tout ça, s'il faut avant tout se réjouir pour lui de la qualité tennistique affichée pour atteindre en Floride sa première finale de l'année, au sortir d'une série de trois défaites consécutives, ou s'inquiéter en premier lieu de la manière dont il s'y est fait cueillir par l'insouciance de Jakub Mensik, un gamin de 19 ans qui lui a refermé le couvercle sur les doigts en lui tapant fort dessus. Très fort. Trop fort.
L'histoire était en marche, pourtant. Remporter ce fichu centième titre face à un gamin de 18 ans de moins que lui (le plus grand écart d'âge jamais vu entre deux finalistes en Masters 1 000), et ce 18 ans après son premier Masters 1 000 décroché au même endroit en 2007, il y avait là un parfait story-telling pour Djokovic et son art bien connu de narrer l'histoire du tennis. Sauf qu'il y a eu un couac dans le déroulé du script : ce qui n'était pas vraiment prévu dans le scénario, c'est la manière dont le Serbe a plié physiquement face à un adversaire qui lui a brutalement rappelé, et nous avec, l'implacable réalité de ses (bientôt) 38 ans.
Un couac, vraiment ? A cet âge canonique où un joueur de tennis est davantage supposé passer ses finales de Masters 1 000 à faire des crêpes au coin du feu - comme un Roger Federer postant pendant ce temps des photos de ses vacances au ski – plutôt qu'à suer sang et eau face à un adversaire pouvant quasiment être son fils, quoi de plus logique que de le voir coincer à la fin ?  Surtout dans des conditions d'humidité aussi extrêmes que celles rencontrées dans un Hard Rock Stadium transformé en hammam géant par le passage préalable d'un orage tropical. Sauf qu'avec Novak Djokovic, normalement, rien n'est normal. Sauf l'anormal, justement.
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La manière dont le Serbe a semblé finir rincé, au point de s'allonger sur le court après avoir manqué un importantissime coup droit à 2-2 dans le tie break du deuxième set, presque en signe de rémission, interpelle forcément. Tout comme la manière très inhabituelle qu'il a eu de coincer dans les moments les plus chauds de la finale, et notamment dans les deux jeux décisifs, moments (mal) choisis de sa part pour commettre les plus grossières de ses 20 fautes directes. Le souffle court, les traits marqués, la lucidité en berne, Djokovic n'en pouvait plus. Et ça, ça ne lui ressemble guère.
Le physique de Djokovic, il en a beaucoup été question depuis un an. Entre sa lésion au ménisque médial du genou droit l'an dernier à Roland-Garros, ou sa déchirure à l'ischio jambier cette année à l'Open d'Australie, le Serbe était le premier à reconnaître son inquiétude à voir son corps craqueler de partout. Cette fois, point de blessure. Il a été poussé dans ses retranchements à la régulière par un môme de 19 ans pas spécialement connu pour son appétence pour les filières longues, mais qui a pourtant été capable de remporter quasiment la moitié des rallyes de plus de 9 coups de raquette (8/17).
Or, nonobstant l'excellent niveau de jeu qu'il a retrouvé en Floride, c'est là que Djokovic a un problème. Car à son époque "prime", c'est bel et bien dans ces rallyes au long cours qu'il excellait le plus, qu'il avait l'habitude d'étouffer ses adversaires à la façon d'un boa constrictor enroulé autour de sa proie. Pas forcément face à ses rivaux du Big Four (Nadal et Murray notamment), qui avaient aussi cette qualité. Mais face à tous les autres, il érigeait une forteresse imprenable qu'il valait mieux ne pas aborder par un siège au long cours : c'était perdu d'avance.
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Certes, Mensik possède un profil assez atypique, un peu hybride, à mi-chemin entre un servebot bien planqué derrière une terrifiante première balle et un joueur de fond de court capable sans ciller de soutenir l'échange. Une sorte de Medvedev 2.0, qui avait un peu ce profil-là à ses débuts. Mais au-delà d'un coup droit parfois suspect – le coup qu'il a le plus amélioré aux dires mêmes de sa victime -, sa balle en elle-même n'était pas censée causer autant de dégâts dans l'armure de Djokovic.
Selon les chiffres de TennisViz, qui fournit les datas de l'ATP, le coup droit de Mensik est l'un des moins rapides du top 100 (118 km/h de vitesse moyenne à Miami, contre 123,5 pour Djokovic et près de 131 pour un Arthur Fils ou un João Fonseca), tandis que son revers ne génère quasiment aucun spin (795 rotations/minute en moyenne, contre 1 243 pour Djokovic et 2 677 pour Grigor Dimitrov). C'est précis, c'est solide, mais ce n'est ni particulièrement puissant, ni particulièrement lourd, à l'inverse de son service et de l'image du "bourrin" qu'il renvoie parfois. Pas de quoi, en tout cas, effrayer un Djokovic qui en a vu d'autres avec des Nadal, Alcaraz ou autres Sinner.
Non, si Novak est si souvent parti à la faute, c'est avant tout, certainement, parce qu'il avait atteint voire dépassé le point de rupture physique. Depuis quand ne l'avait-on pas vu aussi ostensiblement touché que lors de la fin de ce match qu'il a terminé rougeoyant, presque suffocant ? On a peu d'exemples récents en tête, sinon peut-être la finale de Cincinnati 2023 contre Carlos Alcaraz, disputée elle aussi dans des conditions terribles. A la différence près que cette finale, Djoko l'avait remportée. Là, il n'a jamais réussi à retrouver son second souffle.
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Je ne me sentais pas au mieux, mais je ne veux pas en parler pour ne pas avoir l'air de chercher des excuses.
En revanche, Novak Djokovic a incontestablement retrouvé un tennis à la hauteur de sa légende à Miami. Mais cela lui fait une belle jambe : à quoi bon disposer du moteur le mieux huilé du parc automobile si, derrière, il n'a plus le réservoir nécessaire pour aller aussi loin qu'il en a envie ? Car évoquant Djokovic, c'est bien entendu la seule question qui vaille : au-delà de la qualité du jeu qu'il est encore manifestement capable de produire (il fallait le prouver, il l'a fait), a-t-il encore en lui de quoi aller chercher un grand titre, on entend par là évidemment un 25ème Grand Chelem ?
C'est à cette question-là que le GOAT de Belgrade n'a pas vraiment répondu à Miami. Il l'a même occultée en refusant, par déférence envers son jeune adversaire avec lequel il entretient des rapports étroits, de donner plus d'explications sur ce mystérieux œil gonflé (un orgelet ?) qu'il arborait au matin du match. "Je ne me sentais pas au mieux, mais je ne veux pas en parler pour ne pas avoir l'air de chercher des excuses", s'est-il borné à répéter. "J'ai adoré globalement mon expérience à Miami, mais je conserve simplement un goût amer d'avoir joué un très bon tennis sauf aujourd'hui (dimanche)."
Que l'on s'entende bien : Novak Djokovic n'a pas mal joué non plus en finale. On était très loin du "non-match" comme on lui a vu en produire ces dernières années sur la tournée américaine, pas plus tard que trois semaines auparavant face à Botic van de Zandschulp à Indian Wells. Là, il a surtout été battu au physique, comme (paradoxalement) au bon vieux temps de sa jeunesse, quand il était encore parfois limite sur ce plan, mais comme ça ne lui arrive normalement jamais depuis qu'il a supprimé le gluten de son alimentation en 2011.
Il y a peut-être aussi des raisons sous-jacentes, liées à son état de santé, ou à une préparation encore incomplète, à une époque de la saison où il aime à faire un rappel foncier, quitte à moins bien jouer, pour mieux tenir le choc des grosses échéances qui arrivent entre mai et septembre. Les prochaines semaines seront riches d'enseignements là-dessus. En attendant, Novak Djokovic n'a pas levé tous les doutes, ni donné tous les éléments de réponse. Reste que d'un tournoi à l'autre, son vrai problème aujourd'hui, c'est de ne plus vraiment pouvoir tout miser sur son physique. Pour un peu, ce serait même le contraire.

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