Novak Djokovic est loin d'être fini, mais il est redevenu le troisième homme derrière Sinner et Alcaraz
Par Laurent Vergne
Mis à jour 16/10/2024 à 12:40 GMT+2
Battu en finale à Shanghai, Novak Djokovic a eu une double confirmation en Chine : il est toujours compétitif et même supérieur à l'immense majorité des joueurs qui composent le circuit. Mais Jannik Sinner et Carlos Alcaraz ont pris le dessus sur lui ces derniers mois, faisant à nouveau de lui une sorte de troisième homme du tennis mondial. Comme à la grande époque de Federer et Nadal…
Simplement trop fort, Sinner s'offre encore Djokovic : le résumé de la finale
Video credit: Eurosport
C'était il n'y a même pas un an. Novak Djokovic dominait le monde de la tête et des épaules. Une saison à trois titres en Grand Chelem, plus une autre finale, à Wimbledon, et le Masters en cerise sur le gâteau à Turin. A 36 ans, il y avait plus que jamais lui et les autres. Malgré l'émergence de Carlos Alcaraz, le patron, c'était lui. Un an après, le tennis a changé d'ère. Jannik Sinner s'est affirmé, Alcaraz a confirmé, et Djokovic a reculé. Plus qu'un véritable déclin, c'est la progression de ce nouveau duo majeur qui a changé la donne pour le Serbe.
Il n'est pas fini, le Djoker. Même si le tandem italo-espagnol a fait main basse sur les quatre levées du Grand Chelem, c'est lui, Djokovic, qui a décroché l'autre titre majuscule de cette année 2024 en remportant la médaille d'or à Paris. Ce titre olympique, le dernier grand costume qu'il n'avait encore jamais endossé, était sans doute plus important encore pour sa carrière qu'un 25e titre du Grand Chelem. Combler ce manque pèse plus que tout dans son palmarès.
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"S'il veut continuer à faire peur, Djokovic a tout intérêt à aller au Masters de Turin"
Video credit: Eurosport
Champion olympique, une finale et une demie en Grand Chelem à côté… Pour l'immense majorité des joueurs, une telle saison serait une grande réussite. Pas pour lui. "En termes de résultats, c'est une des pires saisons de ma carrière, a-t-il estimé dimanche après sa défaite en finale à Shanghai contre Sinner (7-6, 6-3). Mais ça allait bien finir par arriver, que je ne gagne pas de Grand Chelem après tant d'années de suite à en remporter plusieurs." Face à l'exceptionnel, le "bon" semble fade. Djokovic sevré de Majeur, ce n'était arrivé qu'une seule fois depuis 2011, en 2017, une année écourtée par la plus grave blessure (au coude) de sa carrière.
Sinner et Alcaraz, le double problème
Il ne déprime pas. Même s'il hait toujours autant la défaite, avec l'âge, il accepte une forme d'approche philosophique, même si elle ne s'apparente pas à de la fatalité. "Honnêtement, c'est OK. Je suis heureux avec ma médaille d'or olympique, car c'était mon objectif numéro un cette saison, dit-il. Bien sûr, j'aurais aimé gagner un Grand Chelem, mais ça va, c'est comme ça, c'est le genre de saisons où il faut savoir accepter les choses et je suis tellement heureux de ma carrière. Maintenant, je regarde les prochains challenges devant moi."
Novak Djokovic a-t-il régressé ces douze derniers mois ? Il n'est clairement plus aussi dominateur et son physique lui a joué des tours à plusieurs reprises. Oui, il a parfois fait son âge cette saison. Mais par moments, il parvient toujours à hisser son niveau de jeu sur des hauteurs très importantes.
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Djokovic, un titre en or : les moments forts de sa finale face à Alcaraz
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Surtout, posez-vous la question : si Sinner et Alcaraz n'avaient pas autant avancé, ne serait-il pas toujours aujourd'hui le patron du tennis mondial ? A Melbourne, Sinner l'a arrêté net en demie. A Wimbledon, Alcaraz l'a sèchement battu en finale. A Roland-Garros, c'est son genou qui a dit stop avant le quart contre Ruud. Il n'y a qu'à l'US Open où il est réellement passé à côté, parce que la tête comme les jambes n'en pouvaient plus à la sortie des J.O. de Paris.
Le plus gros obstacle à une domination, même moins marquée, de Novak Djokovic, c'est d'abord Sinner et Alcaraz. Derrière ces deux-là, personne ne le surpasse. Même si le classement dit autre chose, il n'est pas inférieur à Zverev ou Medvedev (pour ce qui est de la Race). Qu'il finisse l'année 4e, 5e ou 6e, peu importe. En réalité, il est le troisième homme du circuit, mais à distance respectable de ses deux cadets.
Résignation ? Connaît pas !
D'une certaine manière, Djokovic retrouve donc un peu le statut qui fut le sien au début de sa carrière, avant sa prise de pouvoir en 2011. Le rôle du troisième larron. A l'époque, les deux cailloux dans sa chaussure, voire les deux rochers, se nommaient Roger Federer et Rafael Nadal.
Le voilà revenu une quinzaine d'années en arrière, sauf que, cette fois, il a aussi une quinzaine d'années de plus que ses deux principaux rivaux. Difficile, donc, d'imaginer qu'il puisse combler son retard. "Nole" n'a plus de marge de progression. Eux en ont peut-être encore une.
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Djokovic : "Roger, je n'avais pas besoin de cette pression"
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Voilà pourquoi le temps de la domination de Djokovic sur le circuit est définitivement révolu, sauf à imaginer que Sinner et Alcaraz soient stoppés dans leur élan par une blessure... ou par autre chose, surtout en ce qui concerne l'Italien, sous la menace d'une suspension à court terme. Mais sans cela... Le Serbe a perdu quatre de ses cinq derniers duels cumulés contre les deux premiers mondiaux. Les Jeux l'ont rappelé, ponctuellement, il peut encore donner la leçon. Même face à eux. Mais ce sera sans doute de plus en plus rare.
Reste que Djoko peut s'appuyer sur cette conquête parisienne pour se dire "je peux encore le faire". Il est de toute façon encore trop performant pour se décourager. "Tant que je peux être aussi performant que cette semaine (à Shanghai, NDLR), que je peux lutter pied à pied avec les meilleurs, je ressentirai le besoin d'essayer, et la motivation pour le faire. Et on verra bien où ça me mène", se convainc-il. La résignation, il ne connaît pas. Ce qui n'empêche pas une certaine lucidité. Sur lui et sur les autres.
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