Du faux détachement à l'ambition : Alexander Bublik, l'incroyable métamorphose

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Alexander Bublik a longtemps endossé et accepté le rôle confortable du gars ultra-doué au potentiel certain, mais prompt à tout gâcher par un investissement minimal. Depuis l'an dernier, l’évolution a été radicale. À 28 ans, il s'est mis au boulot, se donne à fond et découvre l'envie de gagner et l'ambition. Et ça change tout. Il a encore les moyens d'accomplir de grandes choses. Et se les donne.

Alexander Bublik

Crédit: Getty Images

C'est à peine croyable, mais si Alexander Bublik s'impose vendredi face à Tomas Martin Etcheverry, il aura alors remporté plus de matches cette semaine à Melbourne que depuis le début de sa carrière. En neuf participations, il avait atteint jusqu'ici trois fois le deuxième tour et c'est tout. Ces trois dernières années, il avait disparu d'entrée. Symbole de cette spectaculaire transformation, opérée depuis la saison dernière, à 28 ans. Évolution tardive, mais réelle. Ce n'est plus même joueur. Il est enfin devenu ce qu'il aurait pu, ou dû, être depuis bien longtemps, compte tenu de ses armes.
"Si vous regardez ce que je fais maintenant, vous pouvez vous dire que j'ai perdu beaucoup de temps", concède-t-il aujourd'hui, tout en réfutant cette analyse trop simpliste selon lui. "J'étais heureux, je faisais ce que j'avais envie de faire. Et je connaissais les conséquences, rappelle celui qui vient d'intégrer pour la première fois le Top 10. J'étais donc très pragmatique, car je savais que si je continuais comme ça, je ne serais pas capable de grandes choses, je ne serais pas capable d'être un joueur stable, dans le Top 20 ou le Top 30. Je le savais." C'était son choix. Sa décision.
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Tennis - Australian Open - Highlights - Alexander Bublik - Tomás Martín Etcheverry

Video credit: Eurosport

Le Kazakhstanais s'était ainsi enfermé dans une position confortable, ou qui lui semblait comme telle. Un peu facile. Presque lâche. Un peu en mode "Je sais que je pourrais être fort, mais je fais ce dont j'ai envie". Après tout, il gagnait très bien sa vie puisque, même dans toute sa négligence, il oscillait régulièrement entre le Top 20 et le Top 50. "Je me disais 'tu es content comme ça, tu as ton enfant, tu as ta femme, enfin une petite amie à l'époque, tu es heureux, tu fais ce que tu veux.'" Il amusait la galerie, on lui répétait sans cesse qu'il avait tout le talent du monde et que s'il le voulait vraiment, il pourrait accomplir de grandes choses. Mais en homme libre, il choisissait de se contenter de ce qu'il avait. Voilà pour la façade.

Adieu malbouffe et Coca

"Il y avait un faux détachement dans tout ce qu'il pouvait montrer, juge la consultante d'Eurosport, Justine Henin. Bien sûr qu'au fond de lui, même s'il s'en défendait un peu, il en voulait plus. La différence, c'est qu'il s'en est donné les moyens pour en avoir plus." Alors, pourquoi maintenant ? Pourquoi cette métamorphose ? "Vous savez, avec les années, j'ai pris de l'âge, j'ai mûri, a-t-il confié cette semaine à Melbourne. Je considère maintenant le tennis davantage comme un travail. Je suis venu ici pour gagner des matchs."
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Bublik et la quête de l'équilibre : "Dois-je continuer à m'entraîner comme un fou ? Je ne pense pas"

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Les effets ont été spectaculaires. Retombé au-delà de la 80e place à l'ATP au printemps 2025 après un début d'année catastrophique (3 victoires et 10 défaites jusqu'à Monte-Carlo sur le circuit principal...), il a ensuite pris un virage à 180° au niveau de ses résultats. Parce que son attitude, sur et (surtout) en dehors du court, avait opéré le même. "Avant, j'adorais manger n'importe comment, de la malbouffe, reconnait-il. Je buvais énormément de Coca-Cola, ou autre. Maintenant, j'ai arrêté tout ça." Il n'a plus d'hygiène de vie. Ou disons qu'aujourd'hui, il en a une. "Mais parce que c'est mon choix", insiste-t-il.
Alors, on peut toujours lui dire que s'il avait pris ses décisions il y a 5 ou 10 ans, sa carrière aurait pu être phénoménale. Mais encore une fois, il considère ce postulat a posteriori comme une vision falsifiée de la réalité. "À mon avis, plaide Bublik, on ne peut pas pousser et forcer quelqu'un à faire les choses, au risque de le briser. Je savais tout ça, tout le monde me le disait. J'entendais tout ça, mais ça ne faisait pas tilt. Mais si je regarde en arrière, je ne changerais rien. Je ne sais pas ce que sera Alex Bublik dans cinq ans. Peut-être que j'en serai au même point, que j'aurai encore plus faim ou que je vous dirai 'c'est bon les gars, j'en ai ras-le-bol et je reste chez moi."
Nous n'aurions pas été nombreux à miser sur une telle prise de conscience et une telle évolution
Le Bublik d'aujourd'hui a de l'ambition. Des envies. Et des armes incontestables. Il est devenu sérieux, et donc dangereux. "C'est certain, j'apprécie davantage la victoire que les années précédentes, pointe le bombardier. Alors, j'essaie de me battre. Sur chaque balle. C'est l'état d'esprit que j'ai adopté depuis l'année dernière. Et j'essaie de continuer, parce que je n'ai aucun plaisir à venir ici, je ne sais pas, en perdant en 5 sets, en criant, en cassant des raquettes. Je n'en ressens plus le besoin."
"Comme quoi…, soupire Justine Henin. Je pense que nous n'aurions pas été nombreux il y a même seulement un an, à miser sur une telle prise de conscience chez Bublik et sur une telle évolution. C'est vraiment assumé et c'est un bel exemple." Chacun sa trajectoire. Chacun son rythme. Chacun son évolution. Bublik a trouvé le bon timing pour donner du sens à ce qu'il fait. Il a aussi trouvé un certain équilibre : conserver sa part de fantaisie, sans qu'elle vienne nuire à la performance. "C'est magnifique qu'il en veuille plus, insiste l'ancienne numéro un mondiale belge. Franchement, on a besoin de ce type de joueurs, de ce genre de jeu. Il gardera toujours certainement sa nature, et heureusement d'ailleurs, mais il en veut plus."
Alexander Bublik aura 29 ans au mois de juin. Mais il se sent tout neuf. Tout frais. Conscient de ce qu'il est, de ce qu'il fait et pourquoi il le fait. "Je respecte les gens qui prennent leurs propres décisions, qui n'agissent pas parce que quelqu'un leur a dit qu'il fallait faire de telle ou telle façon", dit-il. Après avoir longtemps choisi de se contenter de ce qu'il avait, il a maintenant décidé d'aller voir plus haut. Et il fait ce qu'il faut. "C'est sympa de bosser, de bien dormir, de rester en famille plutôt que de sortir, sourit-il. Mais ce sont mes choix." Et ça change tout. Tant mieux pour lui. Et pour nous.
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