Open d'Australie 2026, simple messieurs - "Il devrait être dans l'avion" : Novak Djokovic, l'incroyable baraka

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Un nouveau "record" pour Novak Djokovic : le Serbe est devenu mercredi le premier joueur dans l'ère Open à gagner deux matches par abandon ou forfait en deuxième semaine d'un Grand Chelem. Bénéficiaire du retrait de Jakub Mensik en huitièmes, il a été sauvé en quarts par la blessure de Lorenzo Musetti, qui de son propre aveu l'aurait battu sans cet incroyable coup du sort.

Djokovic, aubaines paradoxales : "Il n'est rassurant ni tennistiquement ni physiquement"

Video credit: Eurosport

Certes, la chance est l'apanage des grands. Mais tout de même. Novak Djokovic est en train de pousser le bouchon un petit peu loin sur cet Open d'Australie, où il s'est qualifié pour les demi-finales sans avoir remporté le moindre set en deuxième semaine. Il n'avait même pas eu besoin d'entrer sur le court lundi en huitièmes de finale face à Jakub Mensik, touché aux abdos. Mercredi, il a gagné un quart de finale qu'il aurait dû perdre face à Lorenzo Musetti, contraint de jeter l'éponge au début du troisième set alors qu'il menait deux sets à rien, avant de se blesser à la cuisse.
À ce niveau de réussite, c'est presque de l'indécence. Du jamais vu en tout cas dans l'ère Open puisque, selon le compte Jeu, Set et Maths, aucun joueur n'avait bénéficié d'au moins deux victoires par forfait ou abandon en deuxième semaine d'un Grand Chelem. Un nouveau record en quelque sorte, et pas le moins étonnant, dans l'escarcelle de Novak Djokovic. Lequel, rappelons-le, aurait pu aussi être disqualifié (à quelques centimètres près) lors de son 3e tour contre Botic Van de Zandschulp, si sa balle violemment projetée de rage avait heurté un ramasseur ou un spectateur.
Un miracle sans cesse renouvelé, donc. Et à vrai dire, le Serbe n'est pas dupe. Il est le premier conscient que sans cet incroyable coup de théâtre, il ne serait probablement pas passé contre Musetti. "Il était bien meilleur, j'étais en train de me préparer à rentrer à maison, a-t-il trouvé la force d'en rire lors de son interview d'après match. Ma stratégie très offensive a bien marché pendant les deux premiers jeux, ça a changé ensuite. Je ne sentais pas la balle, j'étais gêné par ses variations, peut-être aussi par le fait de n'avoir pas joué en huitièmes. Quoi qu'il en soit, j'étais loin de mon meilleur niveau. Et j'ai été extrêmement chanceux de passer car sans sa blessure, il (Musetti) aurait probablement gagné."

Un hasard, vraiment ?

Et oui. Mais, hasard ou pas, on constate que la chance sourit tout de même souvent aux mêmes. Ce n'est pas la première fois que Lorenzo Musetti se blesse dans un gros match en Grand Chelem (cf. son abandon en demi-finale de Roland-Garros l'an dernier contre Carlos Alcaraz), ce qui est peut-être aussi révélateur d'une tension ambiante, même si le timing de sa blessure aujourd'hui ne plaide pas en faveur de cette théorie. Ce n'est pas la première fois non plus qu'il perd contre Novak Djokovic après avoir mené deux sets à rien : la mésaventure lui était déjà arrivée à Roland-Garros, en 2021. Il avait… abandonné au cinquième set, épuisé.
Et pendant ce temps, son compatriote Jannik Sinner doit lui aussi à la providence le fait d'être encore en vie dans cet Open d'Australie, après son coup de chaud au troisième tour face à Eliot Spizzirri. Le numéro deux mondial était le dernier joueur en date à avoir bénéficié d'un abandon adverse en Grand Chelem après avoir été mené deux sets à rien. C'était à Wimbledon, pas plus tard que l'an dernier, en huitièmes de finale face à Grigor Dimitrov.
"Ce match prouve encore une fois à quel point le tennis est un sport exigeant physiquement, a poursuivi l'ancien numéro un mondial en conférence de presse. Parfois, les émotions jouent un rôle énorme. On se crispe, on ne se déplace plus avec la même fluidité et le risque de blessure devient élevé. Cela m'est arrivé plusieurs fois en Grand Chelem donc je sais exactement ce que ça fait. C'est horrible, surtout quand on a le sentiment de très bien jouer, ce qui était son cas aujourd'hui. C'est difficile à accepter, mais c'est le tennis."
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Le moment où Musetti a compris que sa cuisse l'avait lâché et son abandon

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Novak Djokovic, qui n'a lui-même en effet pas été épargné par les blessures ces derniers temps en Grand Chelem (rappelons son abandon en demi-finale l'an dernier contre Alexander Zverev), avait déjà connu un tel alignement de planètes dans un tournoi du Grand Chelem. C'était il y a dix ans, lors de l'US Open 2016 : forfait de Jiri Vesely au deuxième tour, abandon de Mikhail Youzhny au troisième tour (dans le premier set), abandon de Jo-Wilfried Tsonga en quarts de finale (alors qu'il menait deux sets à rien). Pas mal. Mais, pas en grande forme et incapable de trouver son rythme au gré de ce parcours chaotique, il avait été cueilli en finale par Stan Wawrinka.
C'est un peu déroutant de le voir passer à ce point à côté d'un match. Si j'étais dans son staff, je lui demanderais de faire un gros entraînement en mettant beaucoup d'intensité.
Le Serbe étant loin d'être le dernier des idiots, il est parfaitement conscient que c'est probablement le sort qui le guette encore s'il ne parvient pas à élever son niveau de jeu pour la suite. Le problème pour lui, s'il veut décrocher ici son 25e Grand Chelem, c'est que la suite doit passer, en théorie, par un enchaînement Jannik Sinner/Carlos Alcaraz. Soit les deux meilleurs joueurs du monde, qu'il a affrontés trois fois en demi-finales de Grand Chelem l'an dernier (Sinner à Roland-Garros et Wimbledon, Alcaraz à l'US Open), pour trois défaites en trois sets. Si son tennis est le même que face à Musetti, il n'aura clairement aucune chance. Et cette fois, la baraka ne le sauvera pas.
"Au moins, cette fois, il n'est pas blessé (NDLR : de fortes ampoules au pied, tout de même) mais il lui reste beaucoup de travail : à l'heure qu'il est, il devrait être dans l'avion, estime l'ancien double vainqueur du tournoi, Jim Courier. C'est un peu déroutant de le voir passer à ce point à côté d'un match. Peut-être que le repos lui a fait perdre son rythme. Si j'étais dans son staff, je lui demanderais de faire un gros entraînement en mettant beaucoup d'intensité. Car il ne pourra pas se permettre d'être en-dedans comme ça en demi-finale."
La baraka a ses limites. Elle a aussi ses revers. Novak Djokovic est encore en demi-finales d'un Grand Chelem, c'est un fait qu'on ne peut pas lui enlever, et qui demeure exceptionnel à 38 ans. Mais on ne peut pas, non plus, occulter tout le reste.
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