"Un match de martiens"

Grande révélation de l'Open d'Australie, Marcos Baghdatis n'en finit plus d'étonner à Melbourne. Après Roddick et Ljubicic, le Chypriote a déstabilisé David Nalbandian au terme d'un match complètement fou. Le voilà en finale, aux portes d'un des plus gran

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Cet homme résiste à tout. A la douleur, à la fatigue, au doute. Même à l'orage. Tour après tour, match après match, frappe après frappe, Marcos Baghdatis reste debout. Son incroyable parcours vient de le mener en finale de l'Open d'Australie. On savait le Chypriote talentueux. La saison 2005 lui avait permis de monter en puissance. Mais de là à imaginer une telle réussite à Flinders Park, il restait un pas de géant à franchir. Lui qui, jusqu'ici, n'avait jamais dépassé le stade des huitièmes de finale en Grand Chelem (l'an dernier, à Melbourne, déjà), jouera dimanche matin pour un premier titre majeur. Un premier titre tout court, d'ailleurs.
Lui-même semble incrédule devant sa réussite. "Il faut que je me pince pour savoir si je rêve, a-t-il confié jeudi après sa victoire face à Nalbandian. Je ne sais pas quoi dire. C'est incroyable." Que dire, effectivement? Face à Roddick et Ljubicic, il avait déjà bluffé son monde. Mais Nalbandian, si solide, si impressionnant depuis le début du tournoi, dans la lignée de sa victoire au Masters, paraissait en mesure de dompter son enthousiasme. D'autant que Baghdatis avait beaucoup donné lors des tours précédents.
"C'était fou"
Deux sets durant, le scenario respecta ce pronostic presque logique. "Pendant les deux premiers sets, je ne savais pas quoi faire, avoue le joueur de Limassol. Il jouait bien, agressif. Le doute était en train de venir." Pour le chasser, il lui fallait un peu de cette folie qui lui sied si bien. Elle est venue de sa raquette, mais aussi de ce public tout acquis à sa cause. "C'était fou. L'ambiance était incroyable. L'armée grecque (NDLR: le groupe de supporteurs grecs qui le soutiennent), ils sont fantastiques, c'est vraiment un avantage pour moi", confesse le héros de Melbourne.
Tous ensemble, ils ont fini par faire plier le placide argentin, qui a pourtant réussi le break à deux reprises dans la cinquième manche, menant même 4-2. Mais la tornade Baghdatis se remit à souffler pour aligner quatre jeux. Un bouquet final tout juste entrecoupé d'une averse alors qu'il servait pour le gain du match. Insuffisant pour couper son élan. De quoi laisser Nalbandian presque sans voix. "J'ai eu de nombreuses opportunités pour remporter le match, je ne comprends pas pourquoi je n'ai pas pu saisir la bonne pour le faire", souffle tout de même ce dernier.
Un destin à la Kuerten?
La folie Baghdatis emporte tout. "C'était énorme, un match de martiens", confie l'ancien champion du monde juniors, dont la victoire a déclenché des scènes de joie sans précédent à Chypre. La presse locale parle déjà de lui comme du "plus grand sportif chypriote de tous les temps". Devant un tel engouement, de Nicosie à Melbourne, l'intéressé a presque du mal à demeurer de marbre. "C'est beaucoup d'émotions pour moi, admet-il. Je ne réponds plus au téléphone. J'essaie de rester simple ." Pas facile, mais indispensable.
D'autant qu'il lui reste encore un match à jouer, dimanche. Le plus important de sa jeune carrière. Baghdatis vient de changer brutalement de dimension en l'espace de deux semaines. Mais une victoire en finale donnerait à l'évidence une dimension supplémentaire à son éclosion au plus haut niveau. Des finalistes complètements inattendus, l'histoire des Grands chelems en est remplie. Rares sont ceux en revanche qui ont pu franchir la dernière marche. Depuis la victoire de Gustavo Kuerten à Roland-Garros, en 1997, pareil coup de tonnerre n'a plus eu lieu. Le Brésilien avait 20 ans et pointait au 66e rang mondial au moment de son sacre. Baghdatis a le même âge, et sensiblement le même classement (54e), même s'il sort un peu moins de nulle part que Guga à l'époque.
"Je serai prêt dimanche"
L'incroyable Marcos n'en est pas encore là. Il lui reste d'abord 72 heures à gérer pour aborder au mieux ce rendez-vous. "Vendredi, je ne ferai rien et samedi je taperai un peu dans la balle. Je suis fatigué mais je crois que je serai prêt dimanche. Je ne m'en fais pas pour ça", assure-t-il. De toute façon, il ne s'en fait pas pour grand chose. A juste titre. Chaque match lui a offert l'opportunité de repousser ses propres limites. Mais il devra faire encore plus, encore mieux, pour ne pas achever son odyssée sur un couac.
La perspective de croiser le fer avec Roger Federer, la référence absolue, l'excite plus qu'elle ne l'inhibe: "Federer a tout. Il fait ce qu'il veut avec la balle. Il joue extrêmement bien les points importants. Je crois que ce sera la clé, jouer mieux que lui dans les moments importants. Mais si je donne tout pendant la finale, je serai satisfait quoi qu'il arrive." La logique lui donnerait davantage de chances face à Nicolas Kiefer. Mais la logique, depuis deux semaines, Marcos Baghdatis s'assoit dessus. Et ça ne lui réussit pas si mal...
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