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Djokovic - Nadal, acte 53 : entre blockbuster et oeuvre d'art

Djokovic - Nadal, acte 53 : entre blockbuster et oeuvre d'art

Le 26/01/2019 à 20:00Mis à jour Le 27/01/2019 à 08:49

OPEN D'AUSTRALIE C'est l'heure. Inévitable au vu du niveau prodigué par les deux champions depuis le début du tournoi, cette finale entre Novak Djokovic et Rafael Nadal suscite une énorme attente. Il n'y a aucune raison qu'elle ne tienne pas ses promesses. Le vainqueur avancera encore un peu plus loin dans l'Histoire.

Le contexte

C'est la finale idéale. Le numéro un contre le numéro deux. A eux deux, quoi qu'il arrive dimanche, ils auront remporté les quatre dernières levées du Grand Chelem. Sur cette quinzaine, il y a eu eux et les autres. On ne pouvait donc rêver mieux que ce nouveau duel entre Novak Djokovic et Rafael Nadal pour clore cet Open d'Australie 2019. Ce ne sera que leur deuxième confrontation à Melbourne (personne n'a oublié la première), mais déjà leur huitième finale majuscule.

Comme souvent entre ces deux loustics, l'enjeu sera significatif en termes de portée historique. Nadal peut devenir le troisième champion à compter au moins deux titres dans chacun des quatre tournois du Grand Chelem, après Roy Emerson et Rod Laver, et ce dans un contexte plus concurrentiel que celui des années 60. Djokovic, lui, sera seul recordman des victoires en Australie, dépassant avec une 7e couronne Emerson, encore lui, et le double tenant du titre pour encore quelques heures, Roger Federer.

Melbourne est gâté, en tout cas. Ces deux dernières années, les finales de Grand Chelem chez les hommes ont été insipides et/ou à sens unique, que ce soit à Paris, Londres ou New York. L'Australie fait office d'exception avec deux derniers opus enviables, qu'il s'agisse du cultissime "Fedal" de 2017 ou même, à quelques degrés moindres, le Federer-Cilic de l'an passé. Ce "Djokodal" a vraiment tout pour nous laisser pantois plus que de marbre. Leur passé commun, l'énorme mise sur la table et le mode incandescent activé par les deux acteurs ces derniers jours met l'eau à la bouche.

Vidéo - 5h53 et une baston invraisemblable : 2012, le sommet australien de Djokovic et Nadal

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Face-à-face

Qui dit mieux ? Ou plutôt, qui dit plus ? Chez les hommes, personne. Ce sera dimanche le 53e Nadal – Djokovic du nom. Quantitativement, c'est une rivalité hors normes. Novak Djokovic mène d'une très courte tête, 27 victoires à 25. Une tendance qui s'est inversée ces dernières années, le Serbe ayant remporté 12 de leurs 15 derniers matches, depuis l'automne 2013.

Par ailleurs, si Nadal mène largement (et logiquement) sur terre battue (16-7), Djokovic possède un avantage tout aussi net sur surface rapide. Près d'un match sur deux entre les deux hommes a pris place sur dur (25), et Nole s'est imposé à 18 reprises dans ces conditions. Rafa n'a plus battu son rival ailleurs que sur terre battue depuis la finale de l'US Open 2013.

  • Leurs 5 derniers matches

2018 - Wimbledon (Demi-finale, Gazon) - Djokovic (6-4, 3-6, 7-6, 3-6, 10-8)
2018 - Rome (Demi-finale, Terre battue) - Nadal (7-6 (4), 6-3)
2017 - Madrid (Demi-finale, Terre battue) - Nadal (6-2, 6-4)
2016 - Rome (Quart de finale, Terre battue) - Djokovic (7-5, 7-6)
2016 - Indian Wells (Demi-finale, Dur) - Djokovic (7-6, 6-2)

Leur parcours

Immaculé pour Nadal, propre pour Djokovic. L'Espagnol déboule en finale sans avoir concédé une seule manche. Même à Roland-Garros, il n'y a que deux éditions où il avait plié ses six premières rencontres en perdant moins de jeux. Le Djoker, lui, a lâché deux manches en route, face aux "NextGen Boys" Denis Shapovalov et Daniil Medvedev. Mais entre son quart express contre un Nishikori à l'agonie et contraint à l'abandon et sa demie expéditive contre Lucas Pouille, il arrive lui aussi frais comme un gardon.

Novak Djokovic

  • 1er tour : bat Krueger 6-3, 6-2, 6-2
  • 2e tour : bat Tsonga 6-3, 7-5, 6-4
  • 3e tour : bat Shapovalov 6-3, 6-4, 4-6, 6-0
  • 8e de finale : bat Medvedev 6-4, 6-7, 6-2, 6-3
  • Quart de finale : bat Nishikori 6-1, 4-1 abandon
  • Demi-finale : bat Lucas Pouille 6-0, 6-2, 6-2

Rafael Nadal

  • 1er tour : bat James Duckworth 6-4, 6-3, 7-5
  • 2e tour : bat Matthew Ebden 6-3, 6-2, 6-2
  • 3e tour : bat Alex de Minaur 6-1, 6-2, 6-4
  • 8e de finale : bat Tomas Berdych 6-0, 6-1, 7-6
  • Quart de finale : bat Frances Tiafoe 6-3, 6-4, 6-2
  • Demi-finale : bat Stefanos Tsitsipas 6-2, 6-4, 6-0

Vidéo - Un grand Nadal a submergé Tsitsipas : le best of d'une démonstration

03:02

Ils ont dit

Novak Djokovic

" Je vais essayer de dicter le jeu, mais face à Nadal, c'est plus facile à dire qu'à faire. Le début de match sera très important. Tactiquement, ce sera intéressant. Parfois il faudra savoir se montrer patient, construire le point, parfois il faudra attaquer davantage."

Rafael Nadal

" J'ai été un peu inquiet à Brisbane à cause de ma blessure. Mais à l'entrainement, je jouais très bien. C'est pour ça que j'espérais vraiment pouvoir jouer ici à Melbourne, parce que je sentais je jouais très, très bien. Le physique, c'était ma seule crainte. Niveau tennis, je savais que tout irait bien."

Trois stats à avoir en tête

17-14. Il y a deux ans, la finale entre Roger Federer et Rafael Nadal marquait des retrouvailles après quasiment six années sans match avec un titre majeur au bout dans leurs confrontations. Le Suisse comptait alors 17 titres du Grand Chelem, l'Espagnol 14. Ironiquement, le Djokovic-Nadal de dimanche repose sur les mêmes bases : là encore, des retrouvailles (leur dernière finale en Grand Chelem date de Roland-Garros 2014), et, à nouveau, 17 titres d'un côté (Nadal) et 14 de l'autre (Djokovic).

35. Novak Djokovic a disputé 35 matches à l'Open d'Australie en tant que tête de série numéro un. Le Serbe n'en a pas perdu un seul. Quand il arrive à Melbourne dans la peau du patron, le Djoker devient invincible. Il a été battu ici en étant tête de série numéro 2 (2014, 2017), numéro 3 (2009, 2010), numéro 14 (2007, 2018) ou non tête de série (2005, 2006), mais jamais comme tête de gondole du tableau.

52. Dimanche, Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic totaliseront à eux trois 52 titres du Grand Chelem. Ce sera le 9e tournoi majeur consécutif remporté par un des trois géants du XXIe siècle. Il faut remonter à l'US Open 2016 (Wawrinka) pour trouver trace d'un vainqueur en dehors du "Big 3". En cas de victoire du Serbe, ils occuperont même les trois premières places historiques, puisque Djokovic dépasserait Pete Sampras avec un 15e titre.

Rafa Nadal, Roger Federer et Novak Djokovic

Rafa Nadal, Roger Federer et Novak DjokovicEurosport

Notre avis

Il flotte sur Melbourne un parfum d'excitation à peu près comparable à celui de 2017 avant le duel final entre Rafael Nadal et Roger Federer. Le Majorquin, lancé dans son un épique "10yearsChallenge" dix ans après sa première et, à ce jour unique victoire en Australie, semble encore mieux armé qu'il y a deux ans face à Federer. Il ne peut sans doute pas mieux jouer sur dur qu'il ne l'a fait ces derniers jours, notamment lors de sa demi-finale contre Tsitsipas.

Face à n'importe quel autre adversaire, il partirait archi favori. Mais Novak Djokovic propose une équation, sinon insoluble, en tout cas bien plus complexe que n'importe quelle autre. Il est bien délicat de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Vraiment, rarement finale aura semblé aussi incertaine quant à son dénouement. De notre côté nous sommes ainsi très partagés. La preuve : sur les huit membres de la rédaction qui se sont jetés à l'eau (sans se concerter, précisons), nous nous retrouvons avec un 50-50.

Quoi qu'il en soit, il serait étonnant que cette finale vire au cavalier seul, de l'un ou de l'autre. Tout ceci sent bon la baston, le combat acharné et sans doute incertain, peut-être jusqu'au bout du bout du cinquième set. Le tout avec une qualité de jeu hors normes. Un vrai Nadal – Djokovic, en somme, entre blockbuster et œuvre d'art.

Novak Djokovic

Novak DjokovicGetty Images

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