Par Maxime BATTISTELLA, Rémi BOURRIERES et Laurent VERGNE

1. Novak Djokovic - Rafael Nadal

Open d'Australie
Le top 50 des matches de l'Open d'Australie : La finale Navratilova-Evert 1981 est notre N°1
21/01/2021 À 23:44
Edition : 2012
Finale
Vainqueur : Novak Djokovic (Serbie)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 5-7, 6-4, 6-2, 6-7(5), 7-5
On sait que cette finale a en elle un aspect clivant, symbole à elle seule de la dimension physique prise par les matches de tennis - devenus des combats de tennis - à l'encolure des années 2010. Une évolution que chacun est en droit d'apprécier ou pas.
Mais tout de même. La 100e finale masculine de l'histoire du tournoi. Une finale de rêve entre le n°1 et le n°2 mondial, devenue la plus longue de l'histoire en Grand Chelem, soit 5h53 d'une baston infernale achevée à 1h37 du matin par une célébration proche de celle d'un footballeur qui viendrait d'inscrire le but en or en finale de coupe du Monde. Puis cette cérémonie de remise des prix lunaire, les deux joueurs incapables de tenir sur leurs cannes, comme deux poids lourds groggy, K.-O. debout, épuisés par leur duel de titans. Autant d'images qui resteront éternellement gravées. Quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe, quoi qu'on en pense, personne n'oubliera jamais ce match.
Un match qui, avant même de débuter, est déjà historique : c’est la première fois en effet dans l’ère Open que deux mêmes joueurs s’affrontent en finale de trois Grands Chelems consécutifs. Djokovic a assommé Nadal à Wimbledon comme à l'US Open, sommet de sa domination désormais claire et nette sur l'Espagnol (comme sur tous les autres) qu'il a battu six fois au total de sa stratosphérique saison 2011.
Si bien que pour attaquer cette année 2012, Nadal a élaboré un plan spécial "anti-Djokovic", rajoutant notamment – fait exceptionnel chez lui – quelques grammes de plomb en tête de raquette pour donner plus de poids à ses frappes. Au début, le plan fonctionne. Rafa remporte 7-5 un 1er set qui a tout de même duré 1h20.
Le combat est bien installé, alors le n°1 mondial décide de le contourner. A partir du 2e set, soudainement plus relâché, il avance d'un bon mètre à l'intérieur du court et se met à distribuer les gifles à droite, à gauche, baladant dans tous les sens un Nadal qui ne sait plus où donner de la tête. Le Serbe remporte les deux sets suivants (6-4, 6-2) et s'approche tout près de la victoire dans le 4e set, lorsqu'il s'offre trois balles de break à 4-3, 0-40.
Mais l'Espagnol les sauve avec un cœur immense et autant de coups gagnants. Il égalise à 4-4 en boxant l'air avec son poing, ce qui a (peut-être) pour effet de provoquer la pluie. Le match est alors interrompu une dizaine de minutes, le temps de fermer le toit. Brève entracte, permettant à tout un chacun de reprendre son souffle. C'est nécessaire. Car la suite est sublime.
A la reprise, Nadal se retrouve encore avec la corde au cou lorsque Novak se détache 5-3 au jeu décisif. Malmené, balloté, l'Espagnol déclenche le mode survie, défendant sa partie de terrain comme un damné pour ne pas sombrer sous l'orage. Et il en est récompensé. Quelques fautes adverses un peu " bêtes " lui permettent d'arracher ce 4e set, alors qu'on joue déjà depuis 4h39. Nadal est à genoux, fauché par l'adrénaline. Et l'on n'est pas au bout de nos surprises.
Logiquement, la balance penche désormais en faveur du n°2 mondial, tout proche de tuer le match : 4-2, 30-15 au 5e set. Mais là, l'indicible se produit : alors que "Nole" expédie à mi-court une volée amortie approximative qui a presque la couleur d’une capitulation, l’Espagnol rate un passing de revers "facile" (mais à ce stade, rien ne l'est vraiment). Et, au lieu de se retrouver avec deux balles de 5-2, le voilà qui se fait finalement débreaker (4-3). Lui qui ne joue d'ordinaire jamais mieux que sur les points importants vient de commettre l'irréparable.
Irréparable, il faut le dire vite quand même. C'est certes le tournant du match, du moins du 5e set, mais le chemin est encore long. Djokovic ne semble pas non plus des plus fringants. A 4-4, au terme d'un (énième) échange phénoménal de 31 frappes, on le voit même s'écrouler, au bord des crampes. Mais le Serbe a repris vie. Et le voilà d'autant plus dangereux. Il réussit le break fatal à 5-5. Et il conclut derrière non sans se faire une ultime frayeur (ah, ce "Djoko-smash" à 30-15...), sauvant même une balle de 6-6 avant de décocher un coup droit gagnant sur sa première balle de match. Son 32e. Celui de la libération.
Il est 1h37 du matin. Djokovic vient de remporter son 5e Grand Chelem, Nadal de devenir le premier joueur de l'ère Open à perdre trois finales majeures consécutives. Le reste appartient à la légende. Non, franchement, on ne pense pas avoir vu mieux en Australie. Plus beau, peut-être (les goûts et les couleurs...). Mais pas plus fort.

2. Marat Safin - Roger Federer

Edition : 2005
Demi-finale
Vainqueur : Marat Safin (Russie)
Adversaire : Roger Federer (Suisse)
Score : 5-7, 6-4, 5-7, 7-6(6), 9-7
C’est le genre d’anniversaire qu’on n’oublie pas. Le jour où il atteint le quart de siècle, Marat Safin s’offre le plus beau des cadeaux : terrasser le cannibale du circuit après un sommet d’intensité, de suspense et surtout de jeu. Face à Roger Federer, le grand Russe n’a souvent pas vraiment eu son mot à dire – 2 succès seulement en 12 confrontations –, mais il est sorti vainqueur de la plus belle de leurs joutes. Les mots viennent rapidement à manquer pour décrire la qualité de tennis proposée par ces deux virtuoses pendant près de 4 heures et demie. Un chef d’œuvre tout simplement, dont il est bien difficile de se lasser en le revoyant des années plus tard. Du moins si on est passionné de petite balle jaune.
Dans cette demi-finale d’anthologie, riche en retournements de situation, jusqu’au bout le combat fut épique et ce scénario fou d’autant plus appréciable qu’il était relativement inattendu. Certes, Safin avait prouvé, surtout en début de carrière, qu’il pouvait être injouable quand il parvenait à rester concentré tout au long d’un match. Le roi Pete Sampras en avait d’ailleurs fait l’amère expérience à Flushing Meadows en 2000, surclassé en en finale par un jeune homme de 20 ans surpuissant et irrésistible.
Mais il faut bien avouer que depuis ce coup d’éclat new-yorkais si prometteur, le golgoth avait surtout brillé par son inconstance. Tandis que de l’autre côté du filet, Federer n’avait rien, lui, d’une étoile filante. Numéro 1 omnipotent, le Suisse sortait du premier Petit Chelem de sa carrière et restait sur 4 tournois gagnés et 26 victoires. Le tenant du titre n’avait, qui plus est, pas lâché le moindre set avant cette demi-finale, confirmant son statut d’épouvantail. Sans oublier enfin que l’année précédente, il avait balayé Safin en finale du tournoi (7-6, 6-4, 6-2).
Et c’est peut-être justement de cette fessée que le numéro 4 mondial va tirer la motivation suprême pour réaliser l’exploit. D’autant qu’il a un autre atout dans sa manche : il a embauché Peter Lundgren, coach avec lequel Federer a décroché son premier Majeur à Wimbledon en 2003. Plus que jamais, Safin a décortiqué le jeu du Suisse et s’est juré de ne rien lâcher. Une discipline d’autant plus difficile à tenir pour lui qui est si coutumier des emportements auto-destructeurs. Il ne se laissera finalement aller qu’en fin de 3e set, cassant sa raquette puis balançant une balle en l’air après avoir perdu son service et la manche.

Marat Safin en 2005 à l'Open d'Australie.

Crédit: Getty Images

Bien que mené 2 sets à 1, le Russe ne baisse pas la tête. La qualité de frappe est délirante entre les deux hommes avec un engagement de tous les instants, le tie-break du 4e set un bijou d’intensité, sous une extrême tension. D’une amortie de revers surhumaine à cet instant de la partie, Federer s’octroie une balle de match sur son service. Pour conclure, il s’aventure au filet et l’échange qui suit fait basculer le match dans la folie pure : le Suisse déploie tous ses talents d’acrobate pour résister aux passings adverses, tient une belle volée amortie sur laquelle Safin se rue. Pourtant en déséquilibre, celui-ci parvient à toucher un lob parfait. En dernier recours, Federer (peut-être trop joueur même si la situation était mal engagée) tente un "tweener" qui échoue dans le filet. Deux points plus tard, il est poussé au 5e set.
Quelque chose change alors. Moins à l’aise au service qu’à l’accoutumée, le numéro 1 mondial se fait manipuler le dos, mais rien n’y fait. Sous pression, il concède logiquement le break dans le 6e jeu. Safin sert pour la finale à 5-3, obtient deux balles de match sur lesquelles son coup fort, le revers, le lâche. Federer, qui ne sait plus perdre, trouve les ressources pour débreaker et écarter encore trois balles de match sur son service à 6-7 et 7-8. Mais il ne fait plus que subir et la 6e est enfin la bonne pour Safin qui expédie une fusée de revers long de ligne sur laquelle Federer se précipite dans un ultime effort désespéré. Comme un symbole, le Suisse s’écroule dans la foulée, laissant tout le court à son adversaire pour l’achever.
Un épilogue à la hauteur de cette soirée inoubliable. Et après deux échecs en finale à Melbourne, Safin ne laissera pas l’opportunité de décrocher le titre cette fois contre Hewitt. Federer, lui, s’en relèvera bien vite, ne perdant plus que 3 matches sur le reste de la saison contre Richard Gasquet à Monte-Carlo, Rafael Nadal à Roland-Garros et David Nalbandian au Masters (pour 81 victoires). Un constat a posteriori qui rehausse encore la performance de Safin. Une bien belle manière décidément de souffler ses 25 bougies.

3. Novak Djokovic - Stan Wawrinka

Edition : 2013
Huitième de finale
Vainqueur : Novak Djokovic (Serbie)
Adversaire : Stan Wawrinka (Suisse)
Score : 1-6, 7-5, 6-4, 6-7(5), 12-10
Le jour où un petit Suisse a fait son entrée dans la cour des grands. L'accroche est un brin caricaturale, mais elle ressemble fort à ce que les spectateurs de la Rod Laver Arena ont ressenti lors de ce huitième de finale d'anthologie entre le triple vainqueur, double tenant du titre à l'époque et déjà numéro 1 mondial Novak Djokovic, et Stan Wawrinka. Joueur solide, membre régulier du Top 20 depuis quasiment cinq ans (il était même déjà entré dans les 10 quelques semaines courant 2008), le Vaudois n’avait qu’un seul "malheur" : celui d'être né dans le même pays qu’un géant, Roger Federer.
Certes, il a aussi bénéficié d'une certaine tranquillité pour mener à bien sa carrière. Mais Wawrinka traînera comme un boulet une sorte de complexe d’infériorité. Il aura eu le mérite malgré tout de ne pas se contenter de son confortable statut et de vouloir plus. Et ce processus – comme il aime l’appeler lui-même – prend un sacré coup d’accélérateur à Melbourne donc, lors de cette soirée électrique qui voit le papillon sortir de sa chrysalide.
Enfin le papillon… Le bison plutôt. Pendant la première heure du match, le Vaudois offre un numéro de soliste assez faramineux. Jamais on ne l'avait vu comme ça sur un court, en tout cas face à un tel adversaire, sur une aussi grande scène. Sans donner l’impression de forcer, avec une facilité et puissance déconcertantes, Wawrinka dépose ses raffinés parpaings aux quatre coins du court. Plus rudes et époustouflants les uns que les autres, ses points gagnants sont autant d’uppercuts assénés à un numéro 1 mondial, un temps incrédule face à la qualité de l’adversité. Résultat, 6-1, 5-2. N'importe qui d'autre que Djokovic aurait peut-être été emporté par une telle vague. Mais pas lui.
Pour Wawrinka, cela restera le match des occasions manquées. Comme sur ce jeu à 5-3 où il sert pour mener deux manches à rien. Jusqu'à 6-1, 5-3, 30-0, tout allait si bien... Ou ce break d'entrée dans le 5e set, trop vite évaporé. Ou encore les quatre balles de break écartées à 4-4 par Djokovic dans la manche finale. Et ce dénouement cruel, au 22e jeu. Le Djoker, souvent bousculé, parfois en mode survie, sonné mais jamais K.O., puise dans son ahurissante confiance la force de gagner un match qu'il n'aura que peu maitrisé.
Si ce huitième avait été une finale, peut-être aurait-il été notre premier choix comme nous vous l'expliquions dans notre classement des matches les plus marquants des années 2010. Car de bout en bout, plus de cinq heures durant, il aura été un régal pour les yeux. Rarement une balle de match aura correspondu à ce point au scénario d’une partie, aussi gargantuesque que cette odyssée de 5 heures : malgré une ultime distribution de pains hallucinante, Wawrinka finit par rendre les armes sur un passing court croisé de revers tout en maîtrise d’un Djokovic qui aura plié constamment sans rompre. Un 120e et dernier point gagnant pour conclure un chef d’œuvre.
"Ce match de 2013 à l'Open d’Australie contre Djokovic a été comme un déclic mentalement. Le perdre a été très difficile, j’en ai pleuré le soir même... Mais dans ma tête, ça m’avait prouvé que je n’étais pas si loin", a confié Wawrinka à Antoine Benneteau dans le podcast Echange, sur notre site. Il le prouvera dès l’année suivante à Melbourne, prenant une revanche éclatante en quart de finale, comme nous l’avons vu précédemment dans ce Top 50. La métamorphose était accomplie, et Stanimal remportera ses deux finales de Grand Chelem suivantes contre Djokovic.

4. Roger Federer - Rafael Nadal

Edition : 2017
Finale
Vainqueur : Roger Federer (Suisse)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 6-4, 3-6, 6-1, 3-6, 6-3
Il y a des récits que seul le sport peut enfanter. Dignes parfois des plus grands scénarios hollywoodiens. Quand Roger Federer était tombé en demi-finale de Wimbledon, six mois avant cet Open d’Australie, le nez dans son gazon adoré, il était difficile de ne pas penser qu’une page s’était définitivement tournée. Celle de la carrière d’un des plus grands champions de l’histoire du jeu. Certes, l’intéressé avait, depuis déjà près d’une décennie, régulièrement contredit les Cassandre qui l’envoyaient à la casse. Mais jamais auparavant, il n’avait mis fin à une saison au début de l’été.
Alors quand Federer se présente à Melbourne pour un come-back événement après six mois de pause forcée, il attire autant les regards qu’il suscite de questions. Redescendu au classement, un tableau corsé lui est proposé avec un premier grand rendez-vous en guise de test face à Tomas Berdych au 3e tour. Sous les projecteurs de la night session, le Suisse retrouve toutes ses sensations et inflige une fessée au Tchèque. La magie a opéré, elle ne quittera plus sa raquette. S'ensuivent entre autres deux grandes batailles remportées au bout des cinq sets face à deux autres membres du Top 10 en huitième et en demie, Kei Nishikori et Stan Wawrinka.
Mais le conte de fées n’aurait pas été parfait si en finale, son rival historique ne lui avait pas fait face. Quasiment six ans après leur dernier duel au sommet à Roland-Garros, et huit après le seul précédent à Melbourne. Federer n’avait certes plus remporté de Majeur depuis Wimbledon 2012, mais Rafael Nadal, lui, ne s’était plus hissé en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem depuis sa victoire à Roland-Garros en 2014. Et pourtant, aussi improbables soient-elles, les retrouvailles ont lieu ce dimanche 27 janvier 2017 et ont un parfum d’évidence.
Pour marquer un peu plus l'histoire, elles dureront cinq sets, évidemment. Et si la partie n'atteint pas la constance dans l’excellence commune de leur finale de 2009, elle est riche en moments épiques. Nadal hausse son niveau dans les 2e et 4e sets, mais c’est bien Federer qui dicte son rythme et sa tactique à l’Espagnol. La surface dure, accélérée cette année-là, le lui permet, autant qu’elle limite la hauteur des rebonds et le lift du Majorquin. Surtout, c’est la manière dont le Bâlois frappe son revers, sans retenue, y compris dans la diagonale face au coup droit de Nadal qui remet en cause le schéma traditionnel de leurs duels.
Il n'empêche, au début du 5e set, après un temps mort médical pour soigner son adducteur, Federer semble avoir atteint ses limites physiques et concède le break d’entrée. Le scénario attendu – Rafa vainqueur à l’usure après son travail de sape si caractéristique de guerrier inépuisable – se profile. Mais cette fois, le Suisse ne l’accepte pas. Après plusieurs occasions manquées, il réalise le débreak à 3-2 contre lui, sous les hourras d’un public en délire. Federer ne perdra plus un jeu. A 4-3 pour le Suisse, Rod Laver himself se lève pour applaudir les deux champions dans le stade qui porte son nom.
Ces derniers réservent le meilleur pour la fin : un échange de 26 coups d’une intensité folle conclu par une demi-volée de fond de court le long de la ligne du Maestro. Tout un symbole pour celui qui avait imposé sa filière courte mais qui finit par remporter le bras de fer le plus long de cette finale. Pour ménager le suspense jusqu’au bout, c’est le hawk-eye qui validera la première victoire de Federer sur Nadal depuis une décennie en Grand Chelem (Wimbledon 2007).
"Aucun de nous deux ne pensait que nous nous retrouverions en finale de l'Open d’Australie quand nous nous sommes vus dans ton académie il y a quatre ou cinq mois (Nadal lui aussi était blessé au poignet alors, NDLR). Le tennis est parfois cruel, il n'y a pas de match nul. Mais s'il y en avait, j'aurais été heureux de le partager avec toi Rafa, vraiment", déclare le Suisse lors de la remise des trophées. Le pensait-il sincèrement alors qu’il venait d’accentuer son avance en termes de Majeurs gagnés (18-14) ? Quatre ans après, les deux hommes affichent 20 titres du Grand Chelem chacun. Décidément, ces deux-là ne se quittent pas.

5. Rod Laver - Tony Roche

Edition : 1969
Demi-finale
Vainqueur : Rod Laver (Australie)
Adversaire : Tony Roche (Australie)
Score : vainqueur 7-5, 22-20, 9-11, 1-6, 6-3
En remportant "son" Open d'Australie en janvier 1969, Rod Laver pose les bases de son deuxième Grand Chelem, le dernier à ce jour dans l'histoire du tennis masculin. Plus que sa finale, expédiée en trois sets contre Andres Gimeno, c'est sa demi-finale fratricide contre Tony Roche, que l'ont peut qualifier sans trop de crainte de légendaire, qui est passée à la postérité.
Cette année-là, "L'Australian" se joue à Brisbane. Sur gazon, of course. Un avantage pour Laver, plus herbivore encore que ne l'est Roche. Il fait 40° à l'ombre. 95% de taux d'humidité. Et les deux Aussies vont passer plus de quatre heures et quarante minutes sous le cagnard. Ce sera le plus long match de la carrière de Rod Laver, finalement vainqueur sur le score un brin surréaliste avec le recul du temps de 7-5, 22-20, 9-11, 1-6, 6-3.
A lui seul, le 2e set dure deux heures et cinq minutes. Il va laisser d'énormes regrets à Tony Roche : "Je me souviens avoir eu cinq ou six balles de 2e set", a-t-il raconté au site officiel de l'ATP. Mené deux manches à rien, Roche aurait pu sombrer, mais il s'accroche et arrache le 3e acte au 20e jeu. Les deux joueurs ont alors droit à une pause de dix minutes. "Nous sommes allés prendre une douche et je me suis dit 'Rocket' (le surnom de Laver, NDLR) a l'air complètement cuit, je vais l'avoir'."
La tournure des évènements à la reprise du jeu semble lui donner raison : Laver est dépassé et ce 4e set est expédié en 25 minutes. 6-1 Roche. Mais les deux joueurs sont en réalité aussi épuisés l'un que l'autre. Dans le dernier set, entre certains points, ils semblent au point de rupture. A 4-3, 15-30, un revers de Laver semble sortir, mais aucune annonce n'est faite. Roche accuse le coup, se déconcentre et cède son service sur le point suivant. Laver n'en demandait pas tant et, dans un dernier effort, parvient à conclure. Une des victoires les plus mémorables et les plus importantes de sa riche carrière.
"C'était comme si nous avions joué neuf ou dix sets", dira le gaucher australien. Il a fait le plus dur. Mais ce Grand Chelem auquel il ne "pensait pas encore" aurait pu s'évaporer dès cette demi-finale de janvier. Ironie du sort, Roche battre Laver cinq fois en huit confrontations dans cette saison. Pourtant, de cette année 1969, il ne reste que Laver. Partout. La vie est injuste. La mémoire aussi.

6. Rafael Nadal - Roger Federer

Edition : 2009
Finale
Vainqueur : Rafael Nadal (Espagne)
Adversaire : Roger Federer (Suisse)
Score : 7-5, 3-6, 7-6(3), 3-6, 6-2
D'un coup, presque sans crier gare, la digue a cédé. Et Roger Federer a craqué. Trop de fatigue, trop d'émotions, trop de stress accumulé, trop de souffrance contenue. Trop de Rafael Nadal, surtout. L'homme qui le privait déjà depuis quatre ans d'un premier titre à Roland-Garros, qui l'avait délogé de son jardin de Wimbledon quelques mois plus tôt, qui l'avait détrôné ensuite de sa place de n°1 mondial, ce même homme venait en plus de le priver d'un 14è titre majeur synonyme de record (égalé) de Pete Sampras. Le tout sous les yeux de Rod Laver, auteur 40 ans plus tôt de son mythique Grand Chelem.
Alors, au terme de cette nouvelle finale de titans entre les deux légendes, accessoirement la première en cinq sets à Melbourne depuis 1988, Federer a craqué dans les grandes largeurs, pris d'un incontrôlable sanglot lors de la remise des prix et réconforté par Nadal lui-même dans un geste plein de respect et de fraternité, une image forte et symbolique en tout cas de ce qui restera de leur rivalité. Federer a craqué humainement comme il avait craqué sportivement, quelques minutes plus tôt, lors d'un 5e set dans lequel il s'était mis à déjouer après avoir pourtant fait – pensait-on – une bonne partie du chemin en revenant à deux sets partout.
Mais c'est peut-être ce qui aura cloché pour Roger dans cette finale de 4h22 tout au long de laquelle il aura passé son temps à se battre contre tout, le score, son adversaire et une certaine nervosité latente, "démasquée" avec ce break concédé d'entrée sur quatre grosses fautes. Pourtant, le Suisse recolle de suite et se retrouve devant pour la seule fois du match à 4-2, 30-15 dans ce 1er set. Mais il "laisse" son adversaire revenir et, à 5-5, commet de nouveau quelques erreurs qui lui coûtent le set.
En tête d'un set puis d'un break dans le 2e set (3-2), Nadal paraît lancé. Et voilà qu'il connaît à son tour un passage à vide qui permet à Federer d'aligner quatre jeux et d'égaliser à 2 sets partout. C'est peut-être le 3e set qui laissera au Suisse le goût le plus amer des regrets. Alors que Rafa ne semble pas au mieux et fait même appel au kiné pour se faire masser la cuisse (les stigmates de sa demi-finale stratosphérique face à Verdasco ?), le désormais ancien n°1 mondial obtient un total de six balles de break (dont trois d'affilée) à 4-4 puis 5-5. Mais il les manque et elle se situe probablement là, dans le domaine de la concrétisation (ou non) des occasions, la différence entre les deux hommes. Derrière, Federer passe à côté du tie-break qu'il perd sur une double faute.
Malgré tout, le Maestro fait preuve d'une immense bravoure pour sauver à son tour cinq balles de break à 2-2 dans le 4e set lors d'un jeu qui restera peut-être le sommet tennistique de cette finale. De plus en plus offensif, RF tient le choc et revient à 2 sets partout. Pop-corn. Mais la suite, on la connaît...
Après coup, Federer expliquera sa panne sèche par le fait d'avoir perdu trop d'énergie tout au long du match pour tenir ses engagements, la faute à une première balle défaillante. La faute aussi à un Nadal transformé, au coup droit techniquement remodelé mais surtout au revers incroyablement amélioré, qui lui aura permis de remporter son premier Grand Chelem sur dur (le 6e en tout), ici en Australie où aucun Espagnol n'avait triomphé avant lui. Mais à tout ça, lors de la remise des prix, il n'y pensait même pas. Lui semblait juste avoir envie de s'effacer devant la détresse de son rival...

7. Lleyton Hewitt - Marcos Baghdatis

Edition : 2008
3e tour
Vainqueur : Lleyton Hewitt (Australie)
Adversaire : Marcos Baghdatis (Chypre)
Score : 4-6, 7-5, 7-5, 6-7(4), 6-3
D'abord, remercions Roger Federer et Janko Tisparevic. C'est grâce à eux, au moins en partie, que ce match figure parmi nos dix matches les plus mémorables du tournoi. Le Suisse s'est imposé 10-8 au 5e set, on vous a déjà raconté tout ça l'autre jour. Mais avec ce premier marathon, lorsque Lleyton Hewitt et Marcos Baghdatis pénètrent sur la Rod Laver Arena, il est minuit moins le quart. Jamais un match n'avait débuté aussi tard à Melbourne Park et cette session de nuit va faire comme jamais honneur à son appellation.
Si l'un des deux avait gagné en trois petits sets, ce 16e de finale n'aurait pas marqué l'Histoire. Mais entre le finaliste de l'édition 2005 et celui de l'édition 2006, deux des plus gros bagarreurs du circuit, il ne pouvait être question d'autre chose que d'un combat épique et, si possible, à rallonge. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ne vont pas décevoir.

Leconte d'Henri : Hewitt - Baghdatis 2008, mieux vaut tard que jamais

La dramaturgie de cette soirée, pardon, de cette nuit, prend un gros coup de booster sur le 1er jeu du 3e set. Hewitt et Baghdatis sont à égalité un set partout, le Chypriote a une balle de break mais sur un contrepied, sa cheville droite tourne. On craint l'abandon, mais il repart à la baston. Mieux, il obtient une balle de set à 5-3. Hewitt la sauve et fête ça du 87659e "Come on !!!" de sa carrière, enquille quatre jeux et prend les commandes au tableau d'affichage. Il est déjà près de trois heures du matin. On se dit que, cette fois, Baghdatis ne s'en relèvera pas, et que tout le monde pourra bientôt aller se coucher. On a raison. L'Australien mène rapidement 5-1 dans la 4e manche. Bravo messieurs, merci pour ce moment, et tous au dodo. LOL.
Marcos sauve une balle de match. Débreake une fois. Débreake deux fois. Revient à hauteur. Puis, à 3h45 du matin, enlève le tie-break 7 points à 4. Il est presque mort de rire. Hewitt un peu moins. L'ambiance est particulière. Un peu folle, même. Hewitt et sa grinta reprennent la main. Un break, encore. 5-3. 0-40. Trois nouvelles balles de match. Que Baghdatis sauve, évidemment. Finalement, la 5e tentative est la bonne pour Lleyton qui fait jaillir un monumental retour de coup droit long de ligne pour arrêter les frais. Il est 4h33 du matin. Jamais, dans l'histoire du tennis, un match ne s'était achevé aussi tard.
"C'était une soirée étrange", souffle Hewitt en conférence de presse, que personne n'a eu l'idée de lui épargner. Il est 5h30 quand il se présente devant les journalistes. C'est n'importe quoi mais, au fond, tout le monde est un peu content d'être là, avec la conscience de vivre un moment pas comme les autres. Et l'Australien de raconter qu'avant le match, il a échangé quelques mots avec Baghdatis. "Tu vas voir qu'on va finir à quatre ou cinq heures du mat'", lui aurait-il soufflé. Il avait vu juste.
Le temps d'en finir avec ces obligations, de se faire masser et de quitter le stade, les deux joueurs vont se coucher à plus de 7 heures du matin. En arrivant devant son hôtel, Baghdatis croise des confrères qui sortent du petit déjeuner et partent pour l'entraînement. Il ne peut pas s'empêcher de sourire, une dernière fois.

8. Rafael Nadal - Fernando Verdasco

Edition : 2009
Demi-finale
Vainqueur : Rafael Nadal (Espagne)
Adversaire : Fernando Verdasco (Espagne)
Score : 6-7(4), 6-4, 7-6(2), 6-7(1), 6-4
Peut-être le match le plus sauvage, le plus féroce, le plus brutal jamais vu à l'Open d'Australie. L'un des plus beaux aussi, tout simplement. Plus qu'un match, à vrai dire : un véritable combat de chiens, de chiffonniers, joué à la nuit tombée sous les hurlements des mouettes rieuses tourbillonnant à l'aplomb de la Rod Laver Arena pour donner au décor de ce morceau de légende une ambiance presque angoissante.
Cette demi-finale est la première 100% espagnole de l'Open d'Australie. C'est déjà bien. Mais 5h14 plus tard, elle va aussi devenir le plus le long match de l'histoire du tournoi. Là, c'est dantesque. Certes, le record ne durera que trois ans mais qu'importe : l'empreinte laissée sur le central de Melbourne restera à vie.
En exagérant un peu, ce devait être une formalité pour Nadal, n°1 mondial et invaincu face à son compatriote, qui n'avait jamais atteint le dernier carré d'un Grand Chelem auparavant. Mais Verdasco a pris une autre dimension à la fin de la saison dernière en étant l'homme fort de la victoire espagnole en coupe Davis, puis un enchaînant avec un stage à Las Vegas où il a pu croiser son idole, Andre Agassi, et travailler avec l'ancien préparateur physique du Kid, Gil Reyes. Après n'avoir concédé que 12 jeux pour parvenir en deuxième semaine (un record en Australie), il a ensuite écarté Murray et Tsonga. Gare à lui.
D'ailleurs, le 1er round est dominé aux points par Verdasco qui l'emporte au jeu décisif, certes grâce à une aide bienvenue de la bande du filet à 5-4, mais c'est assez mérité. Est-il nécessaire de dire que, même régulièrement débordé par la puissance du coup droit adverse, Nadal n'abdique pas ? Le Majorquin revient à hauteur en réalisant le premier break du match à 5-4 au 2e set grâce notamment à un " banana shot " en coup droit absolument grotesque. Même Verdasco en sourit, au beau milieu du chaos.
Les deux gauchers ibères continuent leur formidable mano-à-mano sans jamais baisser d'un iota, ou presque. Les deux manches suivantes vont elles aussi se jouer au jeu décisif. Celui du 3e set est remporté par Nadal, plus solide qu'un bloc de titane. On se dit alors que le Madrilène, cette fois, a peut-être pris un coup derrière la cafetière. D'autant qu'il fait appel à deux reprises au kiné durant le 4e set pour un mollet douloureux. Et qu'il peine tout au long de ce 4e set sur ses jeux de service. Mais non. " Fer " continue de jouer l'acier. Surtout au service. Et cette fois, c'est lui qui fait voler en éclats le tie break du 4e set comme un pachyderme écraserait sa patte de plomb sur un bol en porcelaine.
A ce stade, c'est déjà de la folie. Mais le 5e set, qui débute après 4h20 de jeu, verse carrément dans le mystique. Verdasco, habité, brandit tel un super-héros sa main vers son clan après chaque coup gagnant (il en frappera 95, qui comptent double vu l'adversaire...). Nadal est capté lors d'un changement de côté en train de prier en serrant très fort une poussière d'étoile tombée du ciel. Bref, on est au-delà du tennis.
Après avoir encore manqué plusieurs occasions en début de set, le n°1 mondial est tout proche de l'élimination à 4-4, 0-30 sur son service. Et, pour la énième fois, c'est alors qu'il montre sa grandeur en alignant sept points pour se retrouver, au jeu suivant, avec trois balles de match consécutives. Verdasco sauve les deux premières à la volée. Mais il s’incline finalement sur une… horrible double faute, sa deuxième du jeu. Les deux joueurs s’effondrent sur le court, tous deux au bord des larmes, chacun pour une raison différente. C'est sûr qu'un tel match ne méritait pas une telle balle de match. Mais peu importe, ça fera partie de son histoire. Messieurs, merci pour ce moment.

9. Pete Sampras - Jim Courier

Edition : 1995
Quart de finale
Vainqueur : Pete Sampras (Etats-Unis)
Adversaire : Jim Courier (Etats-Unis)
Score : 6-7(4), 6-7(3), 6-3, 6-4, 6-3
Et Jim Courier s'est noyé dans les larmes de Pete Sampras... Face à un Jim Courier renaissant, que l'on n'avait plus vu à ce niveau en Grand Chelem depuis trop longtemps, le numéro un mondial va aller puiser très loin pour s'en sortir, vaincre son adversaire et peut-être au moins autant ses propres tourments du jour. En termes de dramaturgie, ce quart de finale de l'Open d'Australie 1995 n''est égalé, dans la carrière de Sampras, que par un autre quart de finale, qu'il disputera un an et demi plus tard à New York contre Alex Corretja.
Ce tournoi est un calvaire pour lui. Au tour précédent, il a déjà dû surmonter un retard de deux sets face à Magnus Larsson. Contre Courier, rebelote. Le double vainqueur du tournoi (1992, 1993) sort un show pyrotechnique en coup droit durant les deux premières manches. Un caramel à gauche, un autre à droite. Sampras sort les rustines, galope autant qu'il le peut, s'accroche, mais c'est presque un miracle qu'il ne cède que sur deux jeux décisifs.
Ce que le grand public ignore encore, c'est que Pete Sampras n'a pas totalement la tête au tennis. Au début du tournoi, Tim Gullikson, son entraîneur depuis trois ans, s'est effondré. Il souffre d'une tumeur au cerveau et son état s'est brusquement aggravé. Rapatrié en urgence aux Etats-Unis, Gullikson laisse son joueur orphelin et, surtout, bouffé d'inquiétude. C'est Gullikson qui l'a surnommé "Pistol Pete". C'est lui, aussi, qui lui a permis de mettre un peu de joie dans la pratique de son métier. Avec succès. Leur collaboration, fructueuse, a amené Sampras au sommet.
Après la perte du 2e set au tie-break, l'Américain avouera avoir pensé, une seconde, à abandonner. Pas plus d'une seconde. Il repart au combat, gagne le 3e puis le 4e set. Au début de la manche décisive, un spectateur crie "Fais-le pour ton coach, Pete". C'est ce qu'il se répète depuis deux heures. Sampras assurera ne pas avoir entendu cette phrase tombée des tribunes. Toujours est-il que, quelques instants après, il fond en larmes sur le court. "Ça va, Pete ?, s'inquiète son adversaire. On peut remettre ça à demain si tu veux". Courier est sérieux. C'est loin d'être un mauvais bougre et il a pris suffisamment de distance avec le tennis pour lancer cette proposition sans plaisanter.
A 4-3 en sa faveur, Pete Sampras réussit le break décisif et conclut dans la foulée, à 1h09 du matin. "Je ne suis pas un robot, je suis normal, explique-t-il après le match. Je suis aussi normal que le gars au coin de la rue. Ce sont des épreuves difficiles à gérer." C'est peut-être la première fois que Sampras, à l'image très lisse et à la personnalité si hermétique, affiche un visage aussi humain. "Vidé émotionnellement" selon sa petite amie par toute cette histoire, il s'inclinera en finale contre Andre Agassi. "Mais je crois que j'ai montré plus de cœur cette semaine que je ne l'avais jamais fait", juge-t-il après le tournoi. Personne ne le contredira.

10. Andy Roddick - Younès El Aynaoui

Edition : 2003
Quart de finale
Vainqueur : Andy Roddick (Etats-Unis)
Adversaire : Younès El Aynaoui (Maroc)
Score : 4-6, 7-6(5), 4-6, 6-4, 21-19
"A la fin du 5e set, il n'y avait plus de stratégie. C'était juste du pur combat, plus une question de cœur." Ces mots sont ceux d’un Andy Roddick marqué à vie par le match qu'il vient de vivre en quart de finale de l'Open d'Australie. Déjà Top 10 mondial, l'Américain a alors 20 ans et symbolise une nouvelle génération pressée de prouver sa valeur en Grand Chelem. L'ambitieux jeune loup fait peu de cas de Younès El Aynaoui, 22e à l'ATP, qu’il ne connaît pas bien. Il passera tout près de s'en mordre les doigts.
Car le Marocain est un trentenaire fringant. Il sort tout juste de sa meilleure saison – 3 titres au cours de l’exercice 2002, qu'il a fini dans le Top 20 –, a déjà atteint deux quarts en Majeurs dont un à Melbourne trois ans plus tôt (l’autre à l’US Open 2002) et vient surtout de se payer le numéro 1 mondial Lleyton Hewitt, qu’il a écœuré à coup d’aces (33) devant son public en huitième de finale. Bref, le grand Younès (1 mètre 93) est dans la forme de sa vie et il continue sur sa lancée en cueillant à froid Roddick.
Avec ce break d'entrée, El Aynaoui donne le tempo, un set zéro, puis deux sets à un. Malmené, Roddick s’accroche à l'orgueil et les deux hommes se lancent à corps perdus dans une 5e manche qui prendra, à l’époque, une ampleur inédite en Grand Chelem. Le Marocain aurait pourtant pu sceller l'affaire à 5-4 quand il obtient une balle de match sur le service adverse. Il n'aura d’ailleurs jamais été aussi près d’une demi-finale en Majeur dans sa carrière. Mais l'Américain la sauve d'un coup droit décroisé gagnant frappé sans retenue aucune malgré le stress. Avant de rater le coche à son tour quand, après avoir fait le break à 10-10, il cède son engagement au moment d'achever la bête.
Les serveurs ne veulent rien lâcher, les jeux défilent. Le public a du mal à en croire ses yeux, tout comme les deux protagonistes qui, épuisés, donnent chacun leur raquette à deux ramasseurs de balles à 19-19. L'échange déclenche l'hilarité générale. Quand finira donc ce match qui devient alors le plus long en termes de jeux disputés depuis l’introduction du tie-break en 1971 en Grand Chelem ? Quelques minutes plus tard finalement. Après avoir repris sa raquette, El Aynaoui, à bout de forces, craque une fois de trop sur son engagement. Et cette fois, Roddick clôt les débats et un 5e set de 2h23, record également à l'époque. Après un ultime duel au filet, les deux joueurs tombent dans les bras l'un de l’autre et quittent même le court ensemble.
"Mon niveau de respect pour lui n’a fait qu’augmenter au fur et à mesure du match, et je suis assez sûr que c’est réciproque. Il a 31 ans, il se bat pendant 5 heures et il est encore debout à la fin. C'est très impressionnant, je ne pense pas que je serais capable de faire ça à son âge", saluera Roddick qui devient le plus jeune demi-finaliste à Melbourne depuis 11 ans. Au-delà de l’hommage, force est de constater qu’A-Rod se connaissait déjà très bien : il tirera sa révérence quelques jours après son 30e anniversaire et un dernier US Open en 2012.
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