Par Maxime BATTISTELLA, Rémi BOURRIERES et Laurent VERGNE

30. Marcos Baghdatis - David Nalbandian

Open d'Australie
Le top 50 des matches de l'Open d'Australie : La finale Navratilova-Evert 1981 est notre N°1
21/01/2021 À 23:44
Edition : 2006
Demi-finale
Vainqueur : Marcos Baghdatis (Chypre)
Adversaire : David Nalbandian (Argentine)
Score : 3-6, 5-7, 6-3, 6-4, 6-4
Ah, Baghdatis... Parmi les surprises qui ont jalonné l'histoire de l'Open d'Australie, celle-ci fut sûrement l'une des plus belles. Le simple fait d'y repenser est passible de vous mettre le sourire pour le reste de la journée. Cette année-là, le jeune Chypriote, qui s'est déjà distingué un an plus tôt au même endroit en atteignant les huitièmes à 19 ans, se révèle définitivement en disputant la finale face à un Roger Federer alors intouchable, mais qu'il ébranlera pourtant sérieusement.
Au cours de son épopée homérique, le poulain de Guillaume Peyre au sein de l'académie Mouratoglou terrasse Andy Roddick et survit à trois matches en cinq sets, dont un en demi-finale face à David Nalbandian qui marque le point d'orgue de son parcours. L'Argentin y est fidèle à sa légende de joueur surdoué mais un peu trop enclin au refus d'obstacle au moment de franchir le seuil de la gloire. Il mène 2 sets à rien et encore 2-0, puis 4-2 au 5e set. Baghdatis revient à chaque fois, armé de son insouciance et de sa joie de jouer communicative. Au tour du Chypriote de servir pour le match, à 5-4.
Ce dernier jeu est un film à lui seul. A 15-15, la pluie oblige les deux hommes à rentrer aux vestiaires, le temps de fermer le toit. A la reprise, Marcos obtient une première balle de match qu'il transforme d'un revers gagnant... overrulé (à tort !) par l'arbitre suisse Andreas Egli. Heureusement, il ne s'en aperçoit pas et conclut derrière après 3h28 de jeu. C'est du délire à Melbourne, où la colonie grecque est toujours importante, comme à Limassol, la ville natale de Baghdatis, où l'événement est tel que même les écoles ont fermé.
Marcos Baghdatis devient le 5e plus jeune joueur à atteindre la finale de l'Open d'Australie. Pointant au 54e rang mondial, il est aussi le plus mal classé depuis l'Américain Steve Denton qui avait exactement le même dossard en 1981. Une autre époque...

29. Dennis Ralston - John Newcombe

Edition : 1970
Quart de finale
Vainqueur : Dennis Ralston (Etats-Unis)
Adversaire : John Newcombe (Australie)
Score : 19-17, 20-18, 4-6, 6-3
Décédé le mois dernier, le regretté Dennis Ralston était surtout réputé pour sa carrière de coach (notamment celui de Chris Evert ou de Yannick Noah). Il fut pourtant aussi un excellent joueur, finaliste à Wimbledon en 1966 et trois fois demi-finaliste par ailleurs en Grand Chelem, la dernière à l'Open d'Australie en 1970.
Cette année-là, à Sydney, le professionnel américain dispute le tournoi pour la première fois. Et, comme on dit, il ne fait pas le voyage pour rien. Il atteint en effet les demi-finales en disposant en quarts de la gloire locale John Newcombe, tête de série n°2, au terme d'un match "abracadabradantesque" : 4 sets seulement pour 4h41 et 93 jeux, soit le plus long match de l'histoire de l'Open d'Australie à la fois en durée mais aussi en nombre de jeux, un an après la demi-finale 1969 Laver-Roche (90 jeux). C'était avant la généralisation du tie-break en Grand Chelem, certes. Mais tout de même. C'est énorme.
D'ailleurs, si le record de durée est tombé depuis, celui du nombre de jeux est resté immortel. Il ne sera jamais battu sauf si les organisateurs décident un jour de revenir sur leur décision prise en 2019 d'instaurer un (super) tie break au 5e set. Ce qui n'est pas dans l'air du temps.
En revanche, tous Grands Chelems confondus, on avait déjà vu mieux : à Wimbledon en 1969, avec le mythique Gonzales-Pasarell (115 jeux), et à l'US Open, toujours en 1969, avec ce 1er tour 100% américain entre Franklin Robbins et Donald Dell (100 jeux). Et puis, bien sûr, des années plus tard, John Isner et Nicolas Mahut mettront tout le monde d'accord (183 jeux).
Pour revenir à ce Ralston-Newcombe, précisons qu'il s'est joué sur deux jours puisque le match a été interrompu à la fin du 3e set par l'humidité. Mais pour ce pauvre Ralston, le mal était fait : épuisé, touché au dos, il abandonnera en demi-finale face au futur vainqueur Arthur Ashe, non sans avoir remporté le 2e set... 10-8.

28. Pat Cash - Ivan Lendl

Edition : 1988
Demi-finale
Vainqueur : Pat Cash (Australie)
Adversaire : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Score : 6-4, 2-6, 6-2, 4-6, 6-2
Lorsque débute l'Open d'Australie 1988 dans le cadre flambant neuf de Flinders Park, Ivan Lendl annonce la couleur : il veut réussir le Grand Chelem. Le Tchécoslovaque domine alors le tennis de la tête et des épaules. Mais il va déchanter dès le premier Majeur de l'année. Arrivé en demi-finales sans encombre, il y retrouve Pat Cash. L'homme, précisément, qui l'a peut-être déjà privé d'un razzia totale la saison précédente.
Vainqueur de Roland-Garros et de l'US Open, il avait buté contre le jeune Australien en demi-finales en Australie et en finale à Wimbledon. Sur gazon, à chaque fois. Mais en quittant Kooyong, "l'Australian" a aussi délaissé l'herbe pour du dur, surface sur laquelle Lendl apparait presque injouable. Plus que jamais, il est le grand favori de ce tournoi.
Pat Cash, lui, vit une quinzaine compliquée. Le grand public lui reproche d'être allé jouer en Afrique du Sud au mois de novembre, alors que l'Australie boycotte ce pays à cause du régime de l'Apartheid. Le sujet est sensible aux Antipodes. Lors du tournoi de Sydney, juste avant l'Open d'Australie, Cash est insulté par une partie du public. A Melbourne, dès son 1er tour, contre Thomas Muster, des manifestants interrompent son match.
La tension monte encore d'un cran lorsque le clan Cash apprend que Brian Tobin, le patron de la fédération australienne, négocie avec des organisations anti-Apartheid pour leur permettre de manifester sans perturber le tournoi. "Pat est écœuré par ces manœuvres, Tobin devrait démissionner", tonne le père du joueur. Cash reçoit le soutien de Martina Navratilova, et son coach, Ian Barclay, tente de le ménager. La femme de Barclay intercepte un appel. Au bout du fil, une voix calme mais menaçante avertit : "Pat a vingt-quatre heures pour publier des excuses et dire qu'il ne jouera plus en Afrique du Sud. Sinon, sa carrière sera bientôt terminée."
Mais sur le court, Cash est surmotivé. Après son titre à Wimbledon, il rêve de gagner à domicile, lui le natif de Melbourne. Comme Lendl, il n'a pas perdu une manche sur la route du dernier carré et, dès le début du match, on sent qu'il est dans la tête du numéro un mondial. Imperceptiblement, le doute habite Lendl, qui va sans cesse courir après le score.
Mené un set à rien puis deux manches à une, il entraîne toutefois Cash dans un 5e set décisif. On se dit que le patron va alors peut-être trouver la porte de sortie, mais à 2-2, il est victime d'une grosse panne de courant : sur les quatre derniers jeux, Ivan Lendl ne marque que quatre points et c'est presque tranquillement que Pat Cash finit le travail pour s'imposer en 3h55.
Battu en finale par Stefan Edberg en 1987, il va retrouver l'autre grand champion suédois du moment, Mats Wilander. Et il n'y aura toujours pas de happy end. Pas plus que pour Lendl dans cette année 88 au cours de laquelle, loin du Grand Chelem espéré, presque annoncé, il ne gagnera pas un seul Majeur pour la première fois depuis six ans.

27. Ken Rosewall - Mal Anderson

Edition : 1972 (jouée fin 1971)
Finale
Vainqueur : Ken Rosewall (Australie)
Adversaire : Malcolm Anderson (Australie)
Score : 7-6(2), 6-3, 7-5
Voilà un match qui n'a pas vraiment marqué par son scénario, mais plutôt par son contexte. Cette édition 1972 est d'abord celle où l'épreuve australienne, longtemps itinérante, se "pose" enfin, du moins pour 15 ans (jusqu'en 1987). Elle débouche sur la plus vieille finale de Grand Chelem de l'histoire : l'Australien Ken Rosewall, 37 ans, 1 mois et 24 jours, y domine son compatriote Malcolm Anderson, 36 ans, 9 mois et 23 jours. Un record qui tient toujours aujourd'hui. Rosewall demeure le plus vieux vainqueur d'un Grand Chelem.
Evidemment, l'histoire a avant tout retenu cette statistique. Mais le match en lui-même, joué sous la canicule et devant une foule record - supérieure à la capacité de 12 000 personnes, au point que quelques centaines de spectateurs sont autorisés à s'assoir à même le sol près du court - n'est pas si mal. En tout cas, il est plus disputé que le score ne le laisse supposer. "Mal" Anderson, un joueur coriace vainqueur notamment des Internationaux des Etats-Unis amateurs en 1957, sert pour le gain du 1er set et obtient quatre balles de 3e set.
Mais l'expérience, si l'on ose dire, est du côté de Rosewall. "Muscles" remporte ainsi son 4e Open d'Australie et ce, 19 ans après le premier, en 1953, à 18 ans. C'est, au total, son 8e et dernier titre du Grand Chelem, un palmarès qui aurait dû être bien supérieur encore s'il n'avait pas fait partie de ces champions sacrifiés sur l'autel du conflit entre le tennis professionnel et amateur, avant (et même pendant) l'ère Open.
S'il était évidemment heureux après son sacre, Rosewall n'en était pas moins inquiet pour son sport : "Je crois que ce n'est pas très bon signe pour le tennis de me voir encore gagner un Grand Chelem à cet âge-là. En tout cas, il n'y a aucune chance que mon record soit battu un jour." Roger Federer passera pourtant très près, en 2018, avec son succès à Melbourne à 36 ans, 5 mois et 7 jours. Et ce n'est peut-être pas fini...

Ken Rosewall et Mal Anderson après leur finale en Australie, en janvier 1972.

Crédit: Getty Images

26. Marat Safin - Andre Agassi

Edition : 2004
Demi-finale
Vainqueur : Marat Safin (Russie)
Adversaire : Andre Agassi (Etats-Unis)
Score : 7-6(6), 7-6(6), 5-7, 1-6, 6-3
Rarement une victoire aura à ce point capturé l’essence et la carrière, en forme de montagnes russes, d’un joueur. Colosse à la démarche chaloupée, aussi génial et enthousiasmant que frustrant et inconstant, Marat Safin s’était révélé à 18 ans en sortant au 1er tour de Roland-Garros un certain Andre Agassi. Et presque six ans plus tard, c’est encore contre "Dédé" (qu’il n’avait plus battu depuis) qu’il renaît de ses cendres.
Un phénix oui, car quand il débarque à Melbourne début 2004, Safin affiche un matricule 86 indigne de son talent. Et pour cause, il sort d’une saison 2003 totalement gâchée par les blessures (au poignet notamment) au cours de laquelle il n’a joué que 23 petits matches et perdu 11 fois. Son titre à l’US Open 2000 semble bien loin et personne ne l’attend. Mais au fur et à mesure de la quinzaine, il prend confiance, devenant un véritable coupeur de têtes… américaines. Agassi sera le 5e représentant de la bannière étoilée battu par le Russe, le 3e en 5 sets après Todd Martin et surtout le numéro 1 mondial Andy Roddick en quart de finale. Excusez du peu.
L’exploit est d’autant plus remarquable que le divin chauve n'avait plus perdu à Melbourne depuis 5 ans. Agassi restait ainsi sur 3 sacres en 2000, 2001 et 2003 (forfait en 2002) et 26 succès. Et quand il remonte deux sets de retard, profitant de l’explosion en vol de Safin dans la 4e manche, on ne donne pas cher de la peau du Russe. C'est mal connaître l’animal qui parvient à se canaliser et finit en fanfare d’un boulet de canon en revers long de ligne.
"C'est le meilleur match de ma carrière, il est temps de prendre quelques bières pour me détendre les muscles", plaisantera l'intéressé après 3h42 d’efforts. Mais rien n'y fera, malgré un jour de récupération supplémentaire, il perdra sa 2e finale en Australie après 2002 face à la nouvelle terreur du circuit Roger Federer. Avant de prendre une revanche mémorable l'année suivante.

25. Ivan Lendl - Stefan Edberg

Edition : 1990
Finale
Vainqueur : Ivan Lendl (Tchécoslovaquie)
Adversaire : Stefan Edberg (Suède)
Score : 4-6, 7-6(3), 5-2, abandon
Le crève-cœur absolu. Un abandon, c'est toujours une solution de dernier recours, surtout pour un gentleman comme Stefan Edberg. Un abandon en finale de Grand Chelem, c'est une horreur. Surtout quand vous aviez toutes les cartes en main pour la gagner. Dans toute l'histoire du Grand Chelem, il n'existe qu'un seul précédent : à Wimbledon, en 1911, Robert Parrett avait renoncé à l'entame du 5e set contre Tony Wilding. En Australie, c'est donc une première historique, dont le malheureux Edberg se serait bien passé.
Pourtant, pendant deux sets moins un jeu, tout va bien pour le blondinet de Västervik. Sa blessure, aux abdominaux, déjà là, ne semble pas trop handicaper Edberg. Il l'a contractée à la toute fin de sa demi-finale face à Mats Wilander. Le samedi, à l'entraînement, la douleur s'estompe. Le Suédois est confiant. Mais le jour de la finale, il comprend vite que quelque chose ne tourne pas rond. "Dès l'échauffement, j'ai eu très mal, expliquera-t-il. J'ai cru que j'étais juste un peu raide et que ça allait passer, mais ça n'a fait qu'empirer."
De l'autre côté du filet, Ivan Lendl a bien compris que son rival était gêné aux entournures, notamment au service : "Il ne le frappait pas comme d'habitude. Il se contentait de le kicker en permanence." Mais Edberg, qui ne peut effectivement servir qu'à 75% de ses capacités, fait plus qu'illusion, au point de mener 6-4, 6-5, service à suivre. Tout se joue là, dans ce 12e jeu de la 2e manche. Lendl débreake, puis domine aisément le tie-break. "Si j'avais mené deux sets zéro, j'aurais peut-être pu bluffer un set de plus pour essayer de gagner en trois, mais après avoir perdu le tie-break, je savais que c'était fini", avouera le Scandinave.
Dans le 3e set, Lendl breake rapidement, et le match n'en est plus tout à fait un. A 5-2 contre lui, Edberg s'approche de l'arbitre de la finale, le Français Bruno Rebeuh, et lui indique qu'il a trop mal. Il doit s'arrêter là. "En raison d'une blessure, M.Edberg se retire. Jeu, set et match, M.Lendl", annonce le juge de chaise. Une fin en eau de boudin pour une finale qui promettait tant. Et Edberg, déjà contraint à l'abandon un an plus tôt au même endroit lors de son quart de finale face à Pat Cash, commence à se dire qu'il a la poisse à Flinders Park.

24. Andre Agassi - Jim Courier

Edition : 1996
Quart de finale
Vainqueur : Andre Agassi (Etats-Unis)
Adversaire : Jim Courier (Etats-Unis)
Score : 6-7(7), 2-6, 6-3, 6-4, 6-2
Dans les années 90, les Américains règnent sur l’Australie. Quand ils se retrouvent face-à-face lors de ce quart de finale, Andre Agassi (1995) et Jim Courier (1992, 1993) peuvent se targuer d’avoir raflé trois des quatre dernières éditions, la quatrième revenant à leur compatriote Pete Sampras. Le vainqueur de ce choc a donc de bonnes chances d’aller au bout, d’autant que Pistol Pete a déjà été sorti du tournoi. Et les deux hommes se connaissent par cœur, pour avoir croisé le fer dès le plus jeune âge dans l’académie de Nick Bollettieri.
Après avoir rechigné longtemps à faire le long voyage vers les antipodes, le Kid de Las Vegas était allé au bout l’année précédente, pour sa première participation, ne laissant en route qu’un set dans une quinzaine de rêve. Mais en cette année 1996, son parcours est celui d’un survivant. Touché au genou droit juste avant son entrée en lice, il s’en sort miraculeusement au 1er tour contre le 133e mondial, puis a encore besoin de 5 sets face à Jonas Bjorkman en huitième de finale. Autant dire que les sensations ne sont pas fantastiques et le début de match le confirme : Agassi est rapidement mené deux sets à rien et est breaké d’entrée de 3e.
La messe est presque dite. D’autant que le bougre n'a plus battu Courier depuis plus de cinq ans (une série de 6 revers). Mais perdu pour perdu, Agassi se met à frapper sur tout ce qui bouge, son revers à deux mains, grippé à cause de sa blessure en début de tournoi, refait des merveilles le long de la ligne et la dynamique s'inverse irrémédiablement. Pour la première fois de sa carrière, il remonte un handicap de deux sets et s’assure la reconquête de la première place mondiale. Dédé le guerrier – un trait de sa personnalité méconnu jusqu'alors – manquera toutefois de gaz pour aller plus loin. En demie, Michael Chang lui infligera une défaite sèche, sa première en Australie après 12 succès d'affilée.

23. Stan Wawrinka - Novak Djokovic

Edition : 2014
Quart de finale
Vainqueur : Stan Wawrinka (Suisse)
Adversaire : Novak Djokovic (Serbie)
Score : 2-6, 6-4, 6-2, 3-6, 9-7
L'éclatante revanche de Stan Wawrinka. En 2013, le meilleur second rôle de l'histoire du tennis suisse masculin a compris qu'il était de taille à rivaliser avec les plus grands. Battu deux fois en cinq sets par Novak Djokovic, à Melbourne (lors d'un huitième de finale d'anthologie) puis à New York (dans une demie intense), il en a gardé quelques frustrations mais aussi des certitudes.
Janvier 2014. Wawrinka retrouve Djokovic en quarts de finale sur la Rod Laver Arena. Le Serbe, quadruple vainqueur du tournoi et triple tenant du titre, est comme chez lui à Melbourne. Il déroule pendant un set et demi. Puis, dans le 7e jeu de la 2e manche, Wawrinka réussit le break sur un point titanesque. Le voilà lancé. Jusqu'au milieu du 4e set, le patron, c'est lui. Débute alors la 3e phase de match : le Djoker breake à 4-3 sur un jeu où Wawrinka a pourtant mené 40-0. Et lorsque Nole prend à nouveau le service de son adversaire en début de 5e manche, la messe semble dite.
Mais jamais Djokovic n'apparait tout à fait serein ce soir-là. Une zone d'inconfort sans doute due à la crainte que lui inspire ce nouveau rival désormais digne de lui. Comme un symbole, il rend son break d'avance sur quatre fautes directes. Et c'est bien Wawrinka, cette fois, un an après le 10-12 de 2013, qui porte le coup de grâce : 9-7. Même s'il a inscrit huit points de moins que le numéro 2 mondial, sa victoire apparait presque logique sur l'ensemble de la rencontre.
Ce mardi 21 janvier 2014, le Suisse vient de signer la plus belle victoire de sa carrière. C'est peu dire que, loin d'être son sommet, ce quart de finale restera au final comme le point de départ de conquêtes bien plus mémorables encore. Cinq jours plus tard, il décrochera contre Rafael Nadal son premier titre majeur. Deux autres suivront. Le prometteur Stanislas, définitivement mué en Stan the man, va devenir un grand. Un très grand.

22. John McEnroe - Emilio Sanchez

Edition : 1992
Huitième de finale
Vainqueur : John McEnroe (Etats-Unis)
Adversaire : Emilio Sanchez (Espagne)
Score : 7-5, 7-6 (4), 4-6, 2-6, 8-6
Deux ans plus tôt, jour pour jour, John McEnroe a été exclu du tournoi pour son comportement contre Mikael Pernfors, en huitième de finale. Promis, on en reparlera. Ce fut le symbole des malheurs australiens de Big Mac, ce Majeur-là ne lui ayant jamais vraiment réussi. En 1992, à bientôt 33 ans, il connait pourtant un inattendu regain de flamme.
Pour la première fois depuis des lustres, il bat deux membres du Top 10 coup sur coup. Boris Becker, d'abord, qu'il balaie en trois sets en 3e tour, puis Emilio Sanchez en huitièmes de finale. Un match somptueux, épique, un des derniers grands combats remportés par le génial gaucher en Grand Chelem. Peut-être un des plus épuisants, aussi. Car au plus chaud de cette journée, le mercure flirtera avec les 45 degrés.
Pendant deux sets, Mac, sur la lancée de sa démonstration contre Becker, délivre un tennis de magicien qui n'appartient qu'à lui. Un subtil dosage de finesse et d'agressivité, et un jeu au filet sans faille. Puis il commence à fatiguer. Emilio Sanchez, du genre Espagnol usant, gros frappeur et gros défenseur, sait que le temps, celui du ciel et celui qui passe, joue pour lui. Il a surtout l'immense mérite de changer d'approche. Plus offensif, il rentre dans le court, prend même à l'occasion le filet, et ça paie. Il recolle à deux sets partout. Le tort d'Emilio dans ce duel ? Avoir toujours attendu d'être dos au mur pour prendre des risques.
Dans la manche finale, il recule à nouveau, même imperceptiblement. Mais ça suffit. McEnroe breake, tient le bon bout. Les cinq derniers jeux sont purement extraordinaires. Du grand tennis, une dramaturgie magnifique, avec deux joueurs au bord de l'épuisement. Sanchez est superbe de courage et sauve cinq balles de match, parfois en faisant des miracles, comme sur la 4e, où il se prend pour Pat Cash au filet. Malheureusement pour lui, il est moins fringant au moment de conclure, lorsqu'il obtient trois balles de match à 6-5...
Finalement, un dernier coup droit long de ligne offre la victoire à John McEnroe après 4h41 de match. A l'époque, la poignée de main est de mise. On ne se prend pas dans les bras en toutes circonstances selon la pratique actuelle. Sanchez tend d'ailleurs la main à son bourreau en arrivant au filet. Mais McEnroe, ouvrant les bras, lui fait comprendre que le moment mérite mieux. "Une poignée de main ne suffisait pas", dira l'Américain, au comportement par ailleurs irréprochable. En 261 minutes, il n'aura pas eu un mot ou un geste plus haut que l'autre. Malheureusement, la flamme s'éteindra brutalement en quarts de finale, où Wayne Ferreira va le cueillir en trois sets.

21. Lleyton Hewitt - Rafael Nadal

Edition : 2005
Huitième de finale
Vainqueur : Lleyton Hewitt (Australie)
Adversaire : Rafael Nadal (Espagne)
Score : 7-5, 3-6, 1-6, 7-6(3), 6-2
Il y a plusieurs manières de déceler le potentiel d’un joueur. Il peut se manifester à l’aune d’un exploit retentissant, comme celui de Roger Federer face à Pete Sampras en huitième de finale de Wimbledon qui, a posteriori, ressemblait fort à un passage de témoin. Mais il est aussi des défaites qui en disent long sur le caractère d’un bonhomme. Celle de Rafael Nadal face à Lleyton Hewitt lors de ce huitième de finale à Melbourne fait assurément partie de cette catégorie. Déjà 56e mondial à 18 ans, le Majorquin, dont les qualités de terrien impressionnent, prouve alors qu’il pourrait bien dépasser ce stéréotype espagnol.
Hewitt connaît un peu la bête, pour l’avoir domptée déjà à deux reprises, dont une fois déjà à Melbourne l’année précédente au 3e tour (7-6, 7-6, 6-2). Mais en un an, Nadal a passé plusieurs paliers qui lui permettront de faire trembler le double champion en Grand Chelem (US Open 2001, Wimbledon 2002). Aux "Come On" de l'Aussie, celui que l'on ne surnomme pas encore le Taureau de Manacor oppose ses "Vamos" tout aussi déterminés et enflammés. L’empoignade est formidable. Entre deux guerriers en débardeurs qui ne veulent rien lâcher, c’est à celui qui fera plier le premier la volonté de l’autre.
Touché à la hanche, mené deux manches à une par un Nadal déjà bestial (en coup droit surtout), mais poussé par son public qui ne l’a jamais vu en quart à Melbourne, Hewitt, plus offensif, se rebelle dans un 4e set clé qu’il enlève au tie-break. C'en est trop pour l’ambitieux adolescent venu de Majorque. Victime de crampes et double breaké d’entrée dans l’ultime acte, ce dernier cède à l’usure, fait assez rare ensuite pour être relevé. "Nadal a une super attitude, il a faim et il sera bon pour le jeu", prophétise Hewitt qui poussera l'aventure jusqu’en finale.
L'Espagnol, qui avait battu les deux meilleurs joueurs du monde Federer et Roddick en 2004, dédramatise à sa façon. "C’est dommage parce qu'il ne me manquait que le numéro 3." Il prendra bien assez tôt sa revanche… sur la terre de Roland, évidemment.
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