Quel souvenir gardez-vous des conditions de jeu lors de ce 1er tour fou ?
Camille Pin : C'était le genre de chaleur grotesque qu’il peut y avoir à Melbourne. Il devait faire 43 ou un truc du genre (38 à l'ombre en fait mais 46,7 °C au soleil au pire, NDLR), c’était dingue. Je crois qu’on jouait en premier match et c’est pour ça qu’on ne nous a pas arrêtées. A l’époque, tout match commencé devait se finir. Par contre, les organisateurs ne lançaient pas les parties suivantes à cause de la chaleur. Mais ceux qui étaient déjà sur le court, ils pouvaient crever, il n’y avait pas de souci. Et d’ailleurs, ça a été rectifié après cet épisode-là. On a joué trois heures dans ces conditions, et avec la fatigue, c’était encore plus dangereux.
Comment abordiez-vous ce match face à la tête de série numéro 1 et une des grandes favorites du tournoi ?
Open d'Australie
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22/09/2021 À 12:11
C. P. : J’étais 61e joueuse mondiale, c’était mon meilleur classement. Et je venais de faire demie à Auckland. C’était une des périodes où j’ai le mieux joué de ma carrière. Je sentais que j’étais en train de passer un cap. J’avais quand même joué souvent sur les grands courts comme la Rod Laver Arena, donc les 15 000 spectateurs, ça ne m’impressionnait pas. J’étais hyper contente en fait. Le central était plein, les gens étaient vraiment pour Sharapova, ils ne me connaissaient pas. Je me souviens que je perds logiquement le premier set 6-3. Pas du tout ridicule, mais je n’arrivais pas encore à trouver bien la parade, elle était un peu plus forte dans tous les secteurs. Dans le second, je suis plus précise. A ce niveau-là, ça se joue à des détails : si tu joues 20 centimètres plus court que ce que tu veux, tu ne revois pas la balle. J’étais obligée d’être hyper fléchie pour tenir sa puissance. Il fallait que je joue tout au centre d’abord et que je la fasse courir ensuite. Si je jouais une fois croisé, je me faisais atomiser. Je tiens ma tactique et je finis par gagner le set.

Maria Sharapova, en difficulté physiquement, prend un temps mort médical pendant son 1er tour contre Camille Pin à Melbourne en 2007

Crédit: Getty Images

Nous étions deux misérables sur le court. A la fin, j'avais le public avec moi : 15 000 personnes qui se retournent contre la tête de série 1, c'est assez énorme
Pourtant, vous n'êtes pas restée sur votre lancée en début de 3e set. Pourquoi ?
C. P. : La "heat rule" (règlement en cas de chaleur extrême, NDLR) de la WTA permet aux joueuses de prendre 10 minutes de pause avant le début du 3e. Sharapova la demande, et moi, je savais qu’il ne fallait surtout pas que je la prenne parce que ça allait me casser les jambes. Le physique, c’était mon atout face à elle. Mais elle y a droit. Elle part aux vestiaires, je reste le plus à l’ombre possible au bord du court de mon côté. Et quand ça a repris, j’ai pris 5-0 dans la vue en un éclair. Horrible. C’était un autre match en fait. J’étais un peu dégoûtée parce que c’était un combat physique, psychologique, et cette pause ne jouait pas en ma faveur. Surtout que j’ai appris après qu’elle avait été chez les kinés – normalement on n’a pas trop le droit –, qu’ils lui avaient mis des glaçons sur les jambes, qu’elle avait eu des soins…
Et à 5-0, 0/30 sur votre service, à deux points de la défaite, le match bascule dans la folie...
C. P. : Je n’ai jamais lâché un point de ma vie de joueuse, par principe. C’était mon caractère. Et j’étais frustrée, parce que je sentais que j’avais la clé. Je me suis poussée pour que ça revienne et je fais un jeu, puis deux. Et de 5-0, je me retrouve à 7-6 pour moi sur mon service, à deux points du match ! Il y avait un peu tout dans ce match : elle faisait 20 centimètres de plus que moi, il faisait 40 degrés, je reviens de 5-0… Je n’étais pas en transe, mais je n’étais plus dans la position de la 60e mondiale face à la tête de série numéro 1. Au niveau des émotions, c’était vraiment incroyable, il n’y avait vraiment plus d’écart entre nous. Nous étions deux misérables sur le court. A la fin, j’avais vraiment le public avec moi : 15 000 personnes qui se retournent contre la tête de série 1, c’est assez énorme. Et ça me paraissait logique, parce que j’étais en train de me la faire. (Rires).

Camille Pin lors de son 1er tour de l'Open d'Australie 2007

Crédit: Getty Images

Après ce match, j'ai fait la campagne de pub pour la WTA avec Kirilenko et Ivanovic, j'ai halluciné
Vous servez pour le match et vous ne parvenez pas à conclure. Avez-vous craqué à ce moment-là ?
C. P. : Ces joueuses-là, quand elles sont dos au mur, elles parviennent souvent à hausser leur niveau. Je me souviens très bien qu’elle a réussi des choses qu’elle n’avait pas réussies dans les autres sets (2 coups droits gagnants entre autres, NDLR). J’ai bien fait mon travail, mais pour conclure, ça n’a pas suffi. Et je finis par perdre 9-7. Quand je suis allée aux toilettes ensuite, mon corps était brûlant, je me suis demandée comment on avait pu jouer dans ces conditions. Et la surface du court, c’était encore du Rebound Ace. C’était du chewing-gum le truc, tellement ça accrochait avec la chaleur. Je me demande d’ailleurs comment on a fait pour ne pas se blesser.
Aviez-vous alors conscience de la portée de votre performance ?
C. P. : Je sors de ce match complètement épuisée, écarlate, vraiment pas à mon avantage. Et la WTA nous félicite, tout le monde avait regardé notre match, même dans les vestiaires messieurs. C’était vraiment le moment de la journée et nous, on ne se rendait pas compte de tout ça. A l’époque nous étions sponsorisées par Sony Ericsson, et la représentante de la WTA me dit : "Camille, le président de Sony Ericsson a vu ton match et voudrait savoir si tu peux faire partie de la campagne de pub avec (Maria) Kirilenko et (Ana) Ivanovic." J’ai halluciné. Et effectivement, j’ai fait la campagne de pub avec des nanas qui étaient Top 10, super jolies. Je me suis retrouvée à faire un photoshoot à Miami pour le sponsor officiel de la WTA. Ça m’a aussi fait changer un peu de statut par rapport aux autres joueuses. C’est un peu comme le match de Nico Mahut (face à John Isner à Wimbledon en 2010, NDLR) : il y a derrière une sorte de respect qui s’impose un peu malgré nous, parce qu’on a juste fait notre job.
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