Par Maxime BATTISTELLA, Rémi BOURRIERES et Laurent VERGNE

Open d'Australie
Monfils à l'aveugle, Kyrgios showman, Medvedev en feu : Le Top 10 des plus beaux points
24/02/2021 À 17:44

1. Martina Navratilova - Chris Evert

Edition : 1981
Finale
Vainqueur : Martina Navratilova (Etats-Unis)
Adversaire : Chris Evert (Etats-Unis)
Score : 7-6(4), 4-6, 7-5

Un terrain qui semble improvisé à même un champ, des lignes tracées dans tous les sens, des couloirs mais pas de poteaux de double, des officiels perchés sur des panneaux publicitaires réhausseurs, des VIP abrités sous des tonnelles tout près de l'action, une voiture rouge garée en double file au fond du court (normal...), pour donner une visibilité maximale au principal sponsor du circuit féminin...

En visionnant les images de la finale dames 1981 de l'Open d'Australie, on prend un petit choc spatio-temporel. A vrai dire, c'est un peu du grand n'importe quoi. Mais il y a une chose qui n'a pas pris une ride : c'est le niveau de jeu pratiqué par les deux plus grandes rivales de l'histoire du tennis, Chris Evert et Martina Navratilova.

Cette finale, c'est l'une des pièces maîtresses de leur collection de 80 matches, avec celle de Roland-Garros 1985, élue par nos soins 2è match le plus marquant de l'histoire du tournoi parisien (derrière la finale Graf-Hingis 1999). Avec aussi une demi-finale de l'US Open jouée trois mois plus tôt, et également remportée par Navratilova.

Il faut dire que cette année 1981 marque un tournant dans la rivalité entre les deux Américaines, jusqu'alors nettement dominée par Evert. C'est l'année où Navratilova obtient la nationalité US, mais c'est celle surtout où elle fait la rencontre de la basketteuse Nancy Lieberman, qui l'incite à révolutionner sa manière de s'entraîner. Elle l'incite aussi à prendre ses distances avec celle qui est sa grande amie tout autant que sa principale concurrente à la place de n°1. En ce début des années 80, la relation affective Evert-Navratilova a du plomb dans l'aile. Leur relation tennistique, en revanche, est à son zénith. Les deux joueuses sont au coude-à-coude.

Leur mérite est grand de pratiquer le tennis qui est le leur ce jour-là. Car il souffle sur Kooyong un vent violent et tourbillonnant. Et l'enjeu est immense : remporter un premier titre à l'Open d'Australie, mais aussi finir n°1 des Toyota Series, ce qui implique pour la gagnante, en plus du prize-money " classique " (34 000 $), de remporter chèque supplémentaire de 125 000 $. Plus la voiture rouge garée en fond de court...

Mais chacune des deux joueuses n'a surtout qu'une envie : affirmer à l'autre sa supériorité. Evert veut défendre bec et ongles sa place de n°1 mondiale (également contestée à l'époque par Tracy Austin). Navratilova veut prouver que la révolution est inexorablement en marche. Résultat, le match est splendide, avec des coups gagnants tirés de partout : 45 pour Navratilova, 36 pour Evert, une vraie prouesse dans ces conditions.

La gauchère, coachée depuis peu par la joueuse transsexuelle Renée Richards, semble prendre une option définitive lorsqu'elle se détache 5-1 au 3è set. Mais Evert, dont l'apparence tout aussi impeccable que le comportement masquent parfois sa volonté de fer, revient au courage à 5-5. Il faut être une immense championne pour réussir une telle remontée, dans un tel moment. Il faut être une immense championne pour y résister et repartir sans broncher au charbon. C'est ce que fait Navratilova, qui donne finalement le coup de rein nécessaire dans l'ultime ligne droite pour remporter la victoire.

Pour Evert, c'est dur. Plus encore qu'à l'US Open, elle vient de perdre contre Navratilova en jouant pourtant un match exceptionnel. Elle comprend alors définitivement qu'entre les deux, c'est elle, désormais, l'outsider. Quant à Navratilova, elle remporte son 3e titre du Grand Chelem, le premier hors Wimbledon. Et assoit ce jour-là le début d'une domination sans partage sur le circuit féminin.

2. Jennifer Capriati - Martina Hingis

Edition : 2002
Finale
Vainqueur : Jennifer Capriati (Etats-Unis)
Adversaire : Martina Hingis (Suisse)
Score : 4-6, 7-6(7), 6-2

Capriati-Hingis. A quelques années d’intervalle, c’est l’histoire de deux prodiges qui ont pris des routes différentes. Une décennie plus tôt, Jennifer Capriati était partie pour battre tous les records de précocité. Après avoir atteint sa première finale sur le circuit à 13 ans et 11 mois à Boca Raton en 1990, elle était devenue la plus jeune joueuse à intégrer le Top 10 mondial à 14 ans et 235 jours. Mais la New-Yorkaise avait fini par se perdre, laissant de côté son insouciance sous le poids des attentes et manquant un premier rendez-vous avec l’histoire du jeu.

Rendez-vous que Martina Hingis a finalement pris à sa place en 1997 quand, à 16 ans, la Suissesse est entrée dans la légende comme la plus jeune tenniswoman à avoir remporté un Grand Chelem à Melbourne (voir par ailleurs), puis à trôner au sommet de la hiérarchie mondiale. Alors quand les deux joueuses s’étaient retrouvées en finale de ce même Open d’Australie en 2001, Capriati avait une sacrée revanche à prendre sur le destin et n’avait laissé aucune chance à sa rivale (battue 6-4, 6-3) pour accomplir l’un des come-backs les plus improbables et extraordinaires du tennis féminin.

Douze mois plus tard, la donne a changé. Forte d’un nouveau Majeur acquis à Roland-Garros, l’Américaine est numéro 1 mondiale depuis quelques mois et favorite pour défendre son titre. Une fois n’est pas coutume donc, cette fois, c’est bien Hingis la chasseuse, l’outsider qui a une revanche à prendre. Trois ans après son dernier Majeur glané, elle a, qui plus est, des choses à prouver au monde du tennis et à elle-même. Oui, elle en est persuadée, elle peut à nouveau dominer le circuit après avoir subi une opération à la cheville gauche.

Et le début de match le démontre. Hingis anticipe tout, a systématiquement une longueur d’avance, si bien qu’elle semble même jouer avec son adversaire et s’envole 6-4, 4-0. Circulez, y a rien à voir ! En début de 2e set, complètement dépassée et sans solution, Capriati sort même de ses gonds, hurlant à l’arbitre et au public de se taire, sur une balle litigieuse. En retour, elle reçoit une volée de sifflets des spectateurs. Le 6e titre en Grand Chelem est dans la poche de la Suissesse. Du moins, c’est ce que tout le monde pense à ce moment-là. Mais l’improbable se produit.

Sous une chaleur inhumaine – plus de 46 degrés au pire –, Hingis ne parvient pas à maintenir son rythme et un niveau d’agressivité suffisant. Elle a beau obtenir 4 balles de titre à 5-3 et 6-5 sur le service adverse, ou encore à 7 points à 6 dans le tie-break, à chaque fois, Capriati prend l’initiative pour s’en sortir. Avant d'arracher la manche. Dans ces conditions, le coup est encore plus terrible pour la Suissesse qui manque de lucidité, n’usant plus du slice qui avait fait pourtant si mal à la numéro 1 mondiale. Lors de la pause de 10 minutes autorisée par la "heat rule" avant le dernier acte, les deux rivales sont toutes deux allongées au vestiaire sur des tables de massage avec des sacs de glace pour les rafraîchir.

Mais une seule en sortira requinquée. "Je sentais que j’étais très confuse dans ma tête après la perte du second set. Je n’y croyais plus vraiment dans le 3e, même si je menais 2-1. Je savais que ça n’allait pas durer. J’avais la chair de poule, c’étaient juste les effets de la déshydratation", concédera Hingis, finalement battue après avoir perdu les 5 derniers jeux. Avant d’ajouter : "La prochaine fois, je devrai probablement prendre davantage l’initiative pour conclure. Mais je n’ai juste pas été capable de le faire, ni mentalement, ni physiquement." Malheureusement pour elle, elle ne le sera plus jamais. Cette 6e finale consécutive en Australie sera sa dernière en Grand Chelem.

3. Simona Halep - Angelique Kerber

Edition : 2018
Demi-finale
Vainqueur : Simona Halep (Roumanie)
Adversaire : Angelique Kerber (Allemagne)
Score : 6-3, 4-6, 9-7

Un chef d'œuvre, il n'y a pas d'autre mot. Eût-il été une finale, ce match, que nous avions par ailleurs classé à la 2è place des duels féminins des années 2010 (derrière la finale de Roland-Garros 2014 Sharapova-Halep) aurait pu sérieusement prétendre à la victoire. C'était en soi une affiche royale, entre la n°1 mondiale en exercice (Halep) et celle qui l'avait précédée au sommet de la hiérarchie. Le scénario en a été à la hauteur. Et que dire de la beauté, surtout lors d'un 3è set qui est peut-être, pour le coup, le plus beau set féminin jamais joué à Melbourne. En tout cas le plus intense.

Pourtant, le début de partie penche complètement en la faveur de la Roumaine qui se détache 5-0 puis 6-3, 3-1. Mais petit à petit, l'ancienne gagnante du tournoi (2016) hisse son niveau de jeu. Elle rétablit in-extremis l'équilibre en sauvant une balle de 5-4 avec une audace folle (amortie-passing). Et c'est à partir de là que la partie bascule vraiment dans une autre dimension.

Au 3è set, Halep prend encore une bonne option en menant 5-3, 30-15. Mais l'Allemande, décidément plus accrocheuse qu'un bout de scotch sur le doigt du capitaine Haddock, revient à 5-4 sur un revers gagnant décoché au terme d'un échange de 26 coups de raquette qu'elle termine sur les rotules (au sens propre). Halep, elle, ne montre rien. Mais elle est sonnée, clairement.

Sur sa lancée, Kerber obtient à 6-5, 40-15, deux balles de match sur son service. Toutes deux sauvées par deux bonnes accélérations de coup droit. Le point qui permet à la n°1 mondiale de revenir à 6-6 est irréel. L'échange est si intense que Kerber est obligée de s'arrêter pour marcher en plein rallye, groggy, le souffle coupée par la violence des coups. Ce n'est plus du tennis. C'est de la boxe. Et cette fois, c'est Kerber qui est dans les cordes.

Peut-être parce qu'elle semble un léger cran au-dessus physiquement, Simona Halep va finir par conclure à 8-7 à sa quatrième balle de match, au terme d'un jeu marqué encore par un ou deux autres points effarants. Après 2h20 d'efforts colossaux, la Roumaine, auteur de 50 coups gagnants, se qualifie pour sa première finale à l'Open d'Australie.

Elle signe aussi une performance rare puisqu'elle devient la première joueuse de l'ère Open, à atteindre une finale de Grand Chelem en sauvant des balles de match dans deux rencontres différentes (elle en avait sauvées trois autres au 3è tour face à Lauren Davis, voir par ailleurs). " Sur les balles de match, j'ai souri, cela m'a aidé à me détendre, racontera ensuite la Roumaine. Mais je n'ai jamais eu peur de perdre. Je crois que c'est pour ça que je les ai sauvées, au final. " Elle finira toutefois par payer sa débauche d'énergie lors d'une finale là encore assez épique contre Caroline Wozniacki...

4. Helena Sukova - Martina Navratilova

Edition : 1984
Demi-finale
Vainqueur : Helena Sukova (République tchèque)
Adversaire : Martina Navratilova (Etats-Unis)
Score : 1-6, 6-3, 7-5

En 1984, Martina Navratilova réussit l'une des saisons les plus stratosphériques de l'histoire du tennis, hommes et femmes confondus. Cette année-là, elle ne perd que deux matches, lors de son premier et lors de son dernier tournoi de l'année, à chaque fois contre deux joueuses tchécoslovaques, son ancienne patrie : Hana Mandlikova à Oakland, en janvier, et Helena Sukova à l'Open d'Australie, alors joué en décembre.

Passe encore pour la première défaite, anecdotique. Mais c'est peu dire que le seconde a fait extrêmement mal à Martina, venue à Melbourne pour assommer définitivement la légende de son sport en tentant de réussir le " vrai " Grand Chelem, c'est-à-dire remporter les quatre tournois majeurs la même année. Parce qu'à cette époque, elle est certes détentrice des 6 derniers tournois majeurs – un record – mais à cheval sur deux saisons. Donc les experts pinaillent...

Mais il ne fait aucun doute que "Down Under", la gauchère de Prague va mettre tout le monde d'accord. L'écrasante n°1 mondiale reste sur 74 victoires consécutives – un record encore – et n'a pas souffert le moins du monde pour parvenir en demi-finales. Ce n'est pas Sukova, qu'elle a déjà battue trois fois avec une moyenne de 4 jeux encaissés par match, qui va stopper sa marche triomphale. Rendez-vous est déjà pris en finale face à son éternelle rivale Chris Evert, la seule qui peut encore lui poser quelques problèmes.

Et pourtant, après un 1er set tout à fait conforme aux prédictions, Martina, peut-être rattrapée par quelque chose qui ressemble à de l'émotivité, commence à s'embrouiller dans ses schémas de jeu. Très relax de son côté, Sukova revient dans le match et se met à le dominer. En tête 3-0 au 3è set, elle ne panique pas lorsque sa prestigieuse adversaire fait le forcing pour revenir. Alors qu'elle sert pour le match à 6-5, elle laisse passer sans ciller cinq premières balles de match, dont trois consécutives, pour conclure à sa 6e.

Pour la jeune (19 ans) et immense (1,88 m) attaquante tchécoslovaque, l'exploit est faramineux. Il est salué dans les vestiaires par des scènes de liesse de la part de nombreuses joueuses, soulagées de voir que oui, finalement, Navratilova est battable. Et puis, cet exploit est émouvant aussi : Helena n'est autre que la fille de Vera Sukova, qui fut finaliste à Wimbledon en 1962 et l'une des toutes premières coaches de Navratilova. Et qui est décédée deux ans plus tôt, d'une tumeur au cerveau.

Mais l'histoire a beau être belle, la vérité, c'est que personne ne l'a vue venir. En conférence de presse, à un journaliste qui lui demande si elle se donnait la moindre chance de gagner avant de jouer, Helena part dans un grand éclat de rire : "Absolument aucune !" Même suivi d'une défaite en trois sets en finale face à Evert, son coup d'éclat n'est pas resté sans lendemain. Il a profondément influé le cours de l'histoire.

5. Francesca Schiavone - Svetlana Kuznetsova

Edition : 2011
Huitième de finale
Vainqueur : Francesca Schiavone (Italie)
Adversaire : Svetlana Kuznetsova (Russie)
Score : 6-4, 1-6, 16-14

A Wimbledon en 2010, John Isner et Nicolas Mahut ont sûrement établi un record qui ne sera jamais battu. Celui du plus long match de tennis de l’histoire du jeu disputé en cinq sets, 11h05 et sur trois jours. Mais si six mois plus tard, Francesca Schiavone et Svetlana Kuznetsova avaient pu, elles aussi, se départager au meilleur des cinq manches, peut-être s’en seraient-elles approchées. Car l’Italienne et la Russe ont bataillé ce dimanche 23 janvier 2011 pendant près de 5 heures (4h44 précisément), entrant à leur tour dans l’histoire du tennis féminin.

Aucune partie entre deux joueuses n’a duré aussi longtemps auparavant en Grand Chelem – la précédente marque de référence était de 4h19 lors d’un duel entre Sandra Zahlavova-Strycova et Regina Kulikova, toujours à Melbourne l’année précédente. Dans l’histoire du jeu, seule une confrontation confidentielle et ubuesque à Richmond en Virginie en 1984 entre les Américaines Vicki Nelson-Dunbar et Jean Hepner l’a surpassé : 6h31 pour jouer deux sets (6-4, 7-6) dont un échange de 29 minutes à lui seul (643 coups).

Mais au-delà de ces chiffres étourdissants, ce huitième de finale a tout eu pour lui : d’abord le niveau de jeu, ensuite une température éprouvante, et enfin un suspense haletant. En pleine bourre quelques mois après son sacre inattendu à Roland-Garros – le premier en Majeur pour une joueuse italienne –, Schiavone joue pour intégrer le Top 5 mondial et est surmotivée. Elle fait à nouveau étalage de qualités physiques exceptionnelles et d’une volonté de fer.

Après le gain du deuxième set, Kuznetsova, deux fois titrée en Grand Chelem (US Open 2004 et Roland-Garros 2009), semble tenir le bon bout. Elle fait le premier break dans l’ultime acte, avant de se faire rattraper. Et même si le set décisif s’étire démesurément et fait basculer la partie dans une autre dimension, la Russe est bien la plus pressante, obtenant trois balles de match à 8-7, 0/40 sur le service adverse, puis trois autres encore à la relance à 9-8. En vain. Schiavone ne lâche rien et fait doucement basculer la dynamique. L’Italienne sert à plusieurs reprises pour l’emporter et finit par y arriver sur une dernière volée de coup droit, lors du 30e jeu de cette manche mythique de 3 heures pile.

Pour l’accolade finale, les deux joueuses ont du mal à tenir debout. Après avoir longuement pleuré dans les vestiaires, Kuznetsova trouve les mots pour décrire la folie qu’elle vient de vivre. "Je me sens juste totalement vidée. Un moment, je ne savais plus où en était le score. Etait-ce elle qui menait ? Etait-ce moi ? J’étais perdue." Schiavone, finalement du bon côté de cette épreuve de force, savoure. "C’était vraiment fantastique pour moi. J’espère un jour pouvoir montrer le DVD de ce match à mon fils." Cette victoire lui permettra d’accéder à la 4e place mondiale, son meilleur classement, comme son illustre compatriote Adriano Panatta. L’effort en valait bien la peine.

6. Serena Williams - Kim Clijsters

Edition : 2003
Demi-finale
Vainqueur : Serena Williams (Etats-Unis)
Adversaire : Kim Clijsters (Belgique)
Score : 4-6, 6-3, 7-5

Peut-être une des plus grandes victoires de la carrière de Serena Williams. Une de ses plus mémorables à coup sûr, en tout cas. Si c'est bien en finale, où elle battra sa grande sœur Venus pour la 4e fois consécutive pour un titre en Grand Chelem, que Serena a parachevé son "Serena Slam", c'est son succès en demi-finale contre Kim Clijsters qui demeure le plus inoubliable. Un vrai miracle, une bataille épique, et la matérialisation de ce qui, plus encore que son jeu, aura fait l'essence de la championne qu'elle est : une féroce absence de renoncement.

Venus s'est déjà qualifiée pour la finale en battant Justine Henin dans le premier duel "belgo-williamsien" du jour lorsque Serena rentre sur le central de Melbourne avec Kim Clijsters. Son ainée est d'ailleurs dans les tribunes pour l'encourager. Mais rien n'est simple pour la cadette : elle perd le 1er set, affiche un certain opportunisme pour empocher le 2e puis se retrouve dans une situation désespérée lorsque Clijsters mène 5-1 dans la manche finale.

Depuis une demi-heure, Serena souffre de ces trois ampoules au pied droit qui lui pourrissent la vie depuis le début de la quinzaine. Il ne lui reste plus qu'à s'accrocher. "D'abord, je me suis dis 'pas question que tu perdes 6-1. Puis, je ne veux pas perdre 6-2", raconte-t-elle. Elle ne perdra ni 6-1 ni 6-2. Elle ne perdra pas du tout. A 5-2, il n'a pourtant manqué qu'un point à la Flamande. Mais Williams a écarté deux balles de match, la seconde sur une volée de coup droit en extension. Elle remporte les six derniers jeux pour s'en tirer sur un fil.

Pour Clijsters, le coup est rude. La jeune Belge, 19 ans à l'époque, tourne alors autour de son premier titre majeur. Elle réfute avoir trembloté au moment d'achever la bête : "Je n'étais pas nerveuse du tout. Elle a juste commencé à taper beaucoup plus de coups gagnants à partir du moment où j'ai mené 5-1 dans le 3e set. Je suppose que c'est pour ça qu'elle est N°1 mondiale et qu'elle gagne tout."

La miraculée a terminé avec 65 fautes directes contre 33 à son adversaire. Mais la grandeur d'une championne se manifeste plus que jamais quand elle n'est pas au sommet de son expression. Au 1er tour, déjà, Serena Williams avait frôlé l'élimination contre Emilie Loit. Cette fois encore, elle a vu la sortie de près. "J'ai toujours été une battante, dit-elle. Je ne sais pas d'où ça vient, c'est en moi, c'est inné." Mais elle s'en est tirée, encore et toujours. Lors de cette période dorée de sa carrière, à la fin, c'est toujours Serena qui gagne.

7. Monica Seles - Steffi Graf

Edition : 1993
Finale
Vainqueur : Monica Seles (Yougoslavie)
Adversaire : Steffi Graf (Allemagne)
Score : 4-6, 6-3, 6-2

1993. Le tennis féminin est un monde dominé par Monica Seles. De la tête et des épaules. Depuis le début des années 90, la Yougoslave s'est imposée comme la patronne, reléguant la pourtant immense Steffi Graf au rang de première dauphine.

1991 : Petit Chelem.
1992 : Petit Chelem.

Seul Wimbledon lui résiste encore. Absente en 1991, elle s'est inclinée en finale l'année suivante. Contre Graf, évidemment. Pour le reste, elle rafle tout. A Melbourne, en janvier 1993, la finale les réunit à nouveau, comme de bien entendu. Un peu moins aboutie que leur finale à Paris au printemps précédent (impossible, à vrai dire, d'égaler ce chef-d'œuvre), celle-ci va aussi valoir le détour. Il n'est pas exagéré de parler de match extraordinaire. C'était leur norme, tout simplement.

Steffi Graf a assuré ne pas nourrir le moindre début de complexe contre celle qui est venue bouleverser sa marche triomphale sur le circuit. Et le début de rencontre semble le confirmer. C'est elle qui frappe la première et prend les devants au score (6-4). Mais sur le long terme, elle semble toujours un peu à court de solutions contre la madone de Novi Sad. Comme s'il lui manquait toujours le dernier coup de rein.

Sans surprise, cette affaire se règle en trois sets. Deux jeux, ceux de la bascule, disent tout de ce qui sépare les deux championnes. Seles signe d'abord le break à 3-2. Puis, dans le jeu suivant, alors qu'elle fait face à une balle de débreak, elle claque son service le plus rapide de la finale. Ace. "Je me suis dit 'prends le risque, vas-y'. Et ça a payé". Et c'est tout sauf un hasard. Monica tient sa mise en jeu et Steffi rend les armes dès le jeu suivant.

Ce qui rend Seles si difficile à battre ? "Sa volonté et sa confiance en elle", répond Graf. Elle est effectivement bien plus qu'une formidable machine à cogner à deux mains des deux côtés, ce qu'elle est aussi. A 19 ans, Monica Seles décroche son 8e titre du Grand Chelem, le 7e sur les neufs derniers Majeurs disputés. Elle semble partie pour régner des années, écrire la légende du tennis et peut-être battre tous les records.

Trois mois plus tard, agressée au couteau en plein match à Hambourg par un supporter allemand de Steffi Graf, Gunther Parche, Seles voit sa carrière partiellement brisée. Au-delà des blessures physiques, elle souffre de dépression. Il lui faudra plus de deux années pour retrouver les courts. Steffi Graf, elle remportera les quatre tournois du Grand Chelem suivants pour redevenir l'ogresse du circuit WTA. Rarement un évènement hors-terrain aura à ce point changé le cours de l'histoire du sport.

8. Margaret Court - Evonne Goolagong

Edition : 1971
Finale
Vainqueur : Margaret Court (Australie)
Adversaire : Evonne Goolagong (Australie)
Score : 2-6, 7-6, 7-5

Avant de devenir le nom d'un des courts principaux de Melbourne Park puis de perdre ce statut et un sujet de controverse jusque dans son propre pays, Margaret Court a été une immense championne, véritable gloutonne du Grand Chelem. Avec 24 titres majeurs, hommes et femmes confondus, elle détient d'ailleurs toujours le record absolu de victoires dans les quatre plus grands tournois du tennis mondial. Près de la moitié de cette razzia a été effectuée chez elle, en Australie, où elle a conquis pas moins de onze titres.

Lorsque débute l'édition 1971, son bilan à domicile est le suivant : 11 participations, 10 titres, une finale. Double championne sortante, elle fait office de grandissime favorite, eu égard à son statut et à son passé, mais aussi en raison des circonstances. Parmi les dix meilleures joueuses du monde, elle est la seule à figurer dans le tableau.

La tête de série numéro deux, sa compatriote Evonne Goolagong, ne compte pas encore parmi les plus grandes références du circuit. A 22 ans, ses références restent marginales, avec un seul petit quart de finale en Grand Chelem. Si la finale, qui les voit s'affronter, est logique au regard de la hiérarchie du tableau, l'écart entre les deux joueuses apparait disproportionné. Elle dispute sa première finale de Grand Chelem, Court sa 25e.

Les deux joueuses ont appris à se connaitre. Elles ont disputé le double ensemble et n'ont pas laissé échapper le titre. La toute jeune Evonne pourrait (devrait) être impressionnée par celle qui lui sert de mentor, mais le fait d'avoir partagé le court avec son illustre ainée l'a décomplexée en démythifiant au moins partiellement Court.

Dans cette finale, elle ne va cesser de surprendre. D'abord en dominant (nettement) le 1er set. Ensuite en surmontant sa déception d'avoir laissé filer le 2e, au tie-break alors qu'elle entrevoyait la victoire. Dans ce jeu décisif, elle ne marque pas un point. Tout le monde pense alors que l'histoire est déjà écrite : Goolagong a laissé passer sa chance, Court va s'imposer. Encore.

C'est vrai, elle va s'imposer, mais après avoir été encore plus au bord du précipice. Dans la dernière manche, la reine Court se retrouve menée 5-2. Mais une fois encore, Miss Maggie va s'en sortir. Elle aligne les cinq derniers jeux et rafle son 10e "Australian". Comme elle l'écrira plus tard : "Je n'arrêtais pas de dire à Evonne que la vraie championne était celle qui se battait sur chaque point, quoi qu'il arrive, sans jamais abandonner. Dans cette finale, je venais de mettre en pratique cette théorie". Aux dépens de la malheureuse Goolagong.

Mais cette dernière apprend vite. Cette année 1971 sera celle de sa grande révélation. Après sa finale perdue à Sydney, elle remportera Roland-Garros puis Wimbledon, battant en finale à Londres une certaine Margaret Court. Evonne Goolagong sera désignée sportive australienne de l'année.

9. Chanda Rubin - Arantxa Sanchez

Edition : 1996
Quart de finale
Vainqueur : Chanda Rubin (Etats-Unis)
Adversaire : Arantxa Sanchez (Espagne)
Score : 6-4, 2-6, 16-14

Chanda Rubin a joué une demi-finale de Grand Chelem dans sa carrière, à l'Open d'Australie 1996 – ce qui lui a permis d'atteindre peu de temps après la 6e place mondiale, son meilleur classement, à 20 ans – et le moins que l'on puisse dire est qu'elle a gagné cet honneur de haute lutte : 16-14 au 3e set face à Arantxa Sanchez, au terme d'un bras de fer de 3h33 qui reste le plus long match féminin de l'histoire de l'Open d'Australie en nombre de jeux (48, ex-aequo avec le Halep-Davis 2018), même si son record de durée a ensuite été battu (restez connectés...)

L'Américaine aurait pu faire plus court, c'est indéniable. Elle mène 6-4, 2-0. Elle mène encore 4-1 au 3e set. Elle obtient deux premières balles de match à 4-5. Elle aurait pu perdre aussi puisque Sanchez sert pour la victoire à 6-5 et 8-7. Finalement, après en avoir manqué deux nouvelles balles de match à 13-14 et une autre encore à 14-15, Rubin finit par conclure à sa 6e opportunité, d'une superbe volée de coup droit. Il est alors 22h43.

Oui, l'Américaine aurait plus faire court. Et elle aurait aimé, d'ailleurs. "Je me sentais mal pour le public car je savais que tout le monde attendait impatiemment le match entre Agassi et Courier", dira-t-elle ensuite en rigolant. Un choc Agassi-Courier qui sera finalement reporté au lendemain au bout de 9 jeux, en raison d'une grosse averse et d'un horaire définitivement trop tardif.

Le problème, c'est que Chanda ne sait faire que long, dirait-on. L'année précédente, elle avait remporté ce qui reste toujours, pour le coup, le plus long match féminin de l'histoire de Wimbledon : 17-15 au 3e set et 3h45 de jeu au 1er tour face à la Canadienne Patricia Hy-Boulais). Quelques semaines plus tôt, à Roland-Garros, elle avait gagné ce 3e tour mémorable contre Jana Novotna après avoir été menée 5-0, 40-0 au 3e set et sauvé neuf balles de match.

Et puis, parfois, cela tourne en sa défaveur, aussi. Ainsi, lors de cet Open d'Australie 1996, elle perdra finalement sa demi-finale contre Monica Seles après avoir mené 5-2 au 3e set (et obtenu deux balles de 5-1). Mais elle se consolera en gagnant le double dames, son seul titre du Grand Chelem. Avec qui ? Avec Arantxa Sanchez, bien sûr.

10. Steffi Graf - Chris Evert

Edition : 1988
Finale
Vainqueur : Steffi Graf (Allemagne)
Adversaire : Chris Evert (Etats-Unis)
Score : 6-1, 7-6 (3)

L'histoire ruisselle de partout dans ce match. Ce n'est certes pas la finale la plus inoubliable de tous les temps sur un strict plan tennistique, mais elle constitue une date importante pour le tennis féminin. D'abord, c'est la toute première finale jamais jouée dans le tout nouveau complexe de Melbourne, alors connu sous le nom de Flinders Park, rebaptisé quelques années plus tard Melbourne Park.

Surtout, il s'agit d'une finale au présent, au futur et au passé. 15 années séparent la jeune Steffi Graf, 18 ans, de Chris Evert, 33 ans et monument de son sport. On sent bien que, pour Chrissie, les temps deviennent durs. Le tennis féminin est en train de changer. Un mouvement que personne n'incarne comme la jeune Graf, lauréate en 1987 de son tout premier Grand Chelem, à Roland-Garros, avant d'atteindre la finale à Wimbledon puis à l'US Open, où elle a été battue à chaque fois par Martina Navratilova. La question n'est toutefois déjà plus de savoir si Graf va prendre le pouvoir, mais quand.

Evert, elle, rentre doucement dans le rang. Doucement, puisqu'elle est encore numéro 3 mondiale. Mais en 1987, pour la première fois depuis la saison 1972, elle n'a pas atteint une seule finale majeure. Alors, quand en janvier 1988, elle se hisse en finale à Melbourne, en prime via une victoire sur son éternelle rivale et grande copine Martina en demie, beaucoup veulent croire à un nouveau retour de flamme. Mais "Chrissie" va se heurter à la nouvelle réalité de son temps.

Cette finale est d'abord marquée par une interruption de 90 minutes due à la pluie en tout début de match. Steffi Graf mène 2-1 lorsque l'orage tombe du ciel. Lorsque le jeu reprend, les 15 années de différence se font sentir : l'Allemande martyrise son ainée, qui n'inscrit plus que quatre points jusqu'à la fin du set : 6-1. La jeune Steffi continue sur sa lancée. Son jeu, ce n'est pas un orage, c'est une tornade, doublée d'un ouragan. Elle mène rapidement 6-1. On a un peu de peine pour la reine Evert. On a tort de la plaindre. Elle a trop d'orgueil et de savoir faire pour sombrer de la sorte.

Alors cette finale devient un vrai match. Evert sauve l'honneur, remporte un jeu, puis deux, puis cinq pour mener 6-5 dans ce 2e set. Mais Graf est aussi déjà très grande dans la gestion de ce type de moments. Sans paniquer, elle revient à 6-6 avant de dominer le tie-break. En la bousculant dans ce 2e acte, Evert ne s'est pas grandie, elle n'avait plus besoin de cela, mais elle a magnifié la victoire de sa jeune rivale. Graf, elle, n'en rajoute pas. Sa joie est mesurée, sans doute par respect pour le monument qu'elle vient de faire tomber. C'était la 34e finale majeure de Chris Evert. Ce sera la dernière. Graf, elle, amorce tout juste une campagne légendaire, qui la mènera jusqu'au Grand Chelem, avec le titre olympique en guise de cerise sur le gâteau.

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