Le pourquoi du comment

Ce fut le match aux mille vies. Lorsque Rafael Nadal a crucifié Daniil Medvedev sur la balle de match, d'une dernière volée de revers déposée à mi-court, le premier set, survolé cinq heures plus tôt par le Russe, semblait appartenir à un autre temps. La durée monumentale de cette finale (5h24) n'était évidemment pas étrangère à cette sensation, mais il n'y avait pas que cela : c'est surtout le changement de physionomie de ce combat qui, même à chaud, laisse sans voix.
Car au vu de la première partie de cette finale, il était très, très difficile d'imaginer que l'homme aux désormais 21 titres du Grand Chelem parviendrait à s'en sortir. Medvedev était trop fort, trop solide, trop sûr de lui pour pouvoir lâcher sa proie, surtout avec les certitudes qui sont les siennes depuis sa victoire à l'US Open. Ce n'était pas tant un acte de défiance envers le Majorquin, toujours capable de tout, qu'une confiance presque aveugle envers le protégé de Gilles Cervara.
ATP Cincinnati
Nadal peut redevenir n°1 mondial, mais... "l’essentiel est de rester en bonne santé"
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Deux breaks blancs, une domination totale à l'échange : Medvedev a survolé le 1er set

Cette finale, parfois erratique en termes de qualité pure de tennis, mais dantesque par son intensité, Daniil Medvedev aurait dû la plier en trois sets. En n'y parvenant pas, il s'est exposé et, peu à peu, son destin lui a échappé. Nadal a eu trois mérites immenses. D'abord, sa volonté de fer. Comment peut-on, non seulement revenir de deux sets zéro, mais en prime en perdant la deuxième manche dans de telles conditions, après quasiment une heure et demie de lutte et en ayant mille occasions de gagner ce set ? Mais lui a continué comme si de rien n'était, comme si tout cela n'avait aucun effet sur lui. On a beau le connaître par cœur, il arrive encore à nous bluffer sur ce plan.
Tactiquement, il a eu aussi la force de sortir toute sa panoplie. Martyrisé à l'échange d'emblée, il a usé du service-volée, de son slice de revers, de ses ruptures de rythme, ou de ses amorties, souvent jouées à très bon escient. Tout ceci ne relevait pas du gadget, et, peu à peu, cela a porté ses fruits. Mais la plus grande différence, c'est au niveau physique que Nadal l'a faite. A partir du quatrième set, sur ce plan, il a pris le dessus sur Medvedev, pourtant de dix ans son cadet, même si dans le dernier acte, les deux champions sont logiquement apparus très émoussés. Il n'empêche : c'est bien à l'usure que Nadal a pris le pas sur son adversaire, et, là encore, ce n'était pas le plus simple à imaginer.
Lorsqu'il a senti que le Russe était en train de s'éteindre, Nadal est revenu dans une filière plus commune et a pu s'imposer dans la filière longue. Quand il perdait le combat trois fois sur quatre en début de match, il l'a remporté deux fois sur trois dans la seconde moitié de cette finale qui, à l'arrivée, s'est jouée sur une poignée de détails. Sur les quelques points qui ont fait la différence, l'Espagnol aura été le plus fort, de façon presque constante lors des trois dernières manches.

Cette finale bascule dans la légende : Nadal égalise à deux manches partout face à Medvedev

Le moment-clé

Il y a eu beaucoup de tournants dans cette finale. Comme toujours quand une rencontre s'étire sur cinq sets et plus de cinq heures. Malgré tout, il est assez aisé de trouver le point de bascule dans ce long combat. Deux sets zéro 3-2 en sa faveur puis 0-40 sur le service de Rafael Nadal. A cet instant, on voit mal comment le titre pourrait échapper à Daniil Medvedev.
Dans le sillage de ce deuxième set qu'il a réussi à remporter en étant constamment mené, ce break pour mener 4-2 va définitivement asseoir sa supériorité. Mais non. Nadal ne lâchera pas et le Russe aura peut-être le tort d'en mettre un peu moins sur ces trois points, comme s'il attendait que ce break lui tombe dans la main. Nadal va s'en sortir et ce qui aurait pu n'être qu'une anicroche s'avèrera au final le point de départ d'une invraisemblable remontée. Il ne faut jamais rater une occasion d'achever Rafael Nadal. C'est beaucoup trop risqué.

Le moment où la finale a basculé : comment le 5e jeu du 3e set a relancé Nadal face à Medvedev

La stat : 5h24

Nous aurions pu vous parler des balles de break, des fautes directes, de tout ce que vous voulez, mais la statistique qui restera de cette finale, outre le 21 désormais si cher à Nadal, c'est sa durée : 5h24. C'est la deuxième fois qu'une finale de Grand Chelem dépasse les cinq heures, après celle de l'Open d'Australie, déjà, il y a tout juste dix ans entre Novak Djokovic et Rafael Nadal (5h43). Nadal et Medvedev n'ont disputé que deux finales majeures ensemble, mais elles comptent toutes deux parmi les duels les plus épiques jamais vus. Après les 4h51 de l'US Open 2019 (6e plus longue finale de tous les temps), il y aura donc les 5h24 de l'Open d'Australie 2022.

Une balle de match de légende : le point qui offre le 21e titre du Grand Chelem à Nadal

La décla : Rafael Nadal

"Ce trophée restera à jamais dans mon cœur. C'est fou ! Il y a un mois et demi, je ne savais pas si je rejouerais. Et là, je soulève ce trophée. Vous ne pouvez pas vous imaginer tout le travail qu'il a fallu accomplir pour y arriver. C'est un des matches qui m'a procuré le plus d'émotions dans ma carrière et, le partager avec toi (en s'adressant à Daniil Medvedev, NDLR), c'est un honneur".

La question : Est-ce la plus grande victoire de Rafael Nadal ?

C'est en tout cas une des plus marquantes. Par sa portée historique, évidemment. Ce 21e titre du Grand Chelem le hisse pour la première fois seul tout en haut de la hiérarchie la plus importante du tennis, celle du nombre de victoires majeures. Jusqu'à présent, il avait toujours pointé derrière Roger Federer, ou à sa hauteur, depuis Roland-Garros 2020, avant que le duo ne devienne trio avec Novak Djokovic.
Désormais, c'est "tous derrière et lui devant". C'est un accomplissement majuscule, d'autant que ce deuxième titre australien, treize ans après le premier, lui permet de signer le double Grand Chelem en carrière, comme Djokovic, Rod Laver et Roy Emerson. C'est peu dire, donc, que Nadal a accompli un pas de géant supplémentaire dans la légende du tennis dimanche.

Après le retour, le coup de grâce de Nadal : les temps forts du 5e set face à Medvedev

Mais c'est aussi un de ses triomphes les moins attendus. Battu par Novak Djokovic en demi-finale de Roland-Garros l'an dernier, Nadal avait perdu sa dernière chasse gardée en étant vaincu sur la terre battue parisienne, sa terre battue. Absent à Wimbledon puis à l'US Open pour cause de blessure, incertain pour cet Open d'Australie quelques semaines à peine avant le coup d'envoi du tournoi, il était certes un prétendant au titre, parce que personne ne peut jamais écarter une telle hypothèse avec un champion de cette nature. Mais ce n'était pas le dénouement le plus probable. Pour lui, pour la concurrence, pour nous. Vu d'où il revient, cette victoire, au-delà de son impact historique, restera spéciale à ses yeux.
Puis il y a le scénario de cette finale, où il aura été mené deux manches à rien, et sous la mainmise d'un Daniil Medvedev si fort et si confiant. C'est la cerise sur son gâteau. Il est allé la chercher on ne sait trop où, on ne sait trop comment, mais il l'a fait. Parce qu'il est Rafael Nadal. Et qu'il n'y en a pas deux comme lui.
Alors, la plus belle, la plus grande, cela se discute, bien sûr. Ses victoires contre Federer en finale de Wimbledon en 2008 ou à Melbourne six mois plus tard sont, elles aussi, légendaires. Sur ses 21 finales gagnées, ce n'est d'ailleurs que la quatrième fois que Nadal l'emporte au bout des cinq sets. Malheureusement pour lui, Daniil Medvedev était sa victime les deux dernières. Parce qu'elle synthétise tout ce qu'il est, cette finale, celle du record, résonne presque comme une métaphore de la carrière de Rafael Nadal.

Rafael Nadal à l'Open d'Australie en 2022

Crédit: Getty Images

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