Sans Serena Williams, le tennis féminin américain se porte bien. Merci pour lui. Alors que Madison Keys, qui fait un retour fracassant au premier plan, défiera Ashleigh Barty dans la demi-finale du haut du tableau de cet Open d'Australie, Danielle Collins donnera, elle, la réplique à Iga Swiatek dans la partie basse. Outsider comme sa compatriote, l'Américaine, 30e joueuse mondiale qui a mis fin à l'aventure d'Alizé Cornet en quart de finale, n'était pas attendue à pareille fête. Il ne serait, pour autant, pas juste d'évoquer une sensation puisqu'elle a connu au moins une aventure similaire, déjà à Melbourne en 2019, mais plutôt une renaissance.
Voici un petit peu moins d'un an, Collins avait ainsi dû interrompre brutalement sa saison, une laparoscopie lui ayant dévoilé qu'elle souffrait d'endométriose. Un coup dur autant qu'un soulagement pour l'Américaine dont les souffrances extrêmes et régulières demeuraient jusqu'alors inexpliquées, comme elle l'a expliqué à nouveau en conférence de presse mercredi. A tel point qu'elle avait dû renoncer à plusieurs tournois dans le passé, à cause de fortes fièvres, de vomissements voire d'évanouissements.
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Quand j'ai eu le bon diagnostic et la chirurgie, ça m'a beaucoup aidé
"Pendant des années, lors de mes consultations avec des médecins, on m'a dit que les règles douloureuses étaient quelque chose de normal, que prendre des anti-inflammatoires régulièrement aussi. C'était quelque chose que je devais gérer. Mais c'en est finalement arrivé à un point où je ne pouvais plus le faire ni mentalement, ni physiquement. Une fois que j'ai eu le bon diagnostic et la chirurgie, ça m'a beaucoup aidé. Quand vous avez ce genre de douleur plusieurs semaines par mois, vous ne pouvez pas vous mettre en situation d'être performante constamment, de donner le meilleur de vous-même en tant qu'athlète et personne", a-t-elle fait remarquer.
Opérée en avril 2021, elle s'était alors lancée dans une rééducation de sept semaines au terme de laquelle elle avait pu reprendre la compétition à Roland-Garros. Toujours fragile, elle s'était blessée aux abdominaux face à sa glorieuse aînée Serena Williams au 3e tour sur la terre parisienne. Mais malgré son appréhension, ce n'était qu'un contre-temps et les bénéfices de la chirurgie n'ont pas tardé à se faire sentir : en juillet, elle enchaînait dix victoires consécutives pour remporter les deux premiers tournois de sa carrière à Palerme sur terre battue puis à San José sur dur. Un réel tournant pour elle.
"Je me sens certainement beaucoup plus libre de ne pas avoir à faire avec les symptômes que j'avais. Je pense que la science peut aider des joueuses blessées. Consulter des docteurs qui sont spécialistes de ces douleurs chroniques, ça peut les aider à savoir si certaines de leurs blessures pourraient être liées à quelque chose d'hormonal ou à l'endométriose, surtout en ce qui concerne les blessures au dos et abdominales basses. C'est une importante discussion que les équipes médicales peuvent avoir avec les athlètes", a estimé celle qui veut désormais lever un tabou sur l'endométriose pour aider d'autres femmes, comme elle l'avait affirmé dans une tribune "Player's Voice" publiée sur notre site voici quelques mois.

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A 28 ans, sa carrière ne fait que commencer

Débarrassée de cette épée de Damoclès - même si elle doit prendre un traitement à vie pour s'en préserver - qui limitait par la force des choses ses ambitions, Collins s'embarque dans une seconde carrière à 28 ans, même si elle ne bourlingue pas sur le circuit depuis si longtemps que cela. A l'image d'un Arthur Rinderknech chez les messieurs, l'Américaine a d'abord privilégié les études à l'Université de Virginie, obtenant un master en sociologie et dans le domaine des médias. Elle n'est donc passée professionnelle qu'en 2016 à 22 ans.
Fraîche mentalement, Collins a beaucoup à donner encore à sa carrière. La tête de série numéro 27 a faim et est en pleine progression. Ce résultat est la récompense d'un travail acharné. "La chirurgie mise à part, je me suis renforcée physiquement ces deux dernières années. Et ça a eu des conséquences sur mon tennis. Je pense que je sers beaucoup plus fort désormais, et je suis aussi beaucoup plus endurante. En gros, j'ai gagné en puissance et en vitesse", a-t-elle encore indiqué.
Collins a d'ailleurs rendu hommage à son préparateur physique Josh Cooper qui a fait d'elle une machine capable d'enchaîner simple et double (associée à sa compatriote Desirae Krawczyk, elle a perdu au 3e tour face au duo tchèque Krejcikova/Siniakova, NDLR) lors de cette quinzaine. Son état de forme exceptionnel lui a d'ailleurs permis de renverser successivement en simple la Danoise Clara Tauson et la Belge Elise Mertens dans des combats respectifs de 2h25 et 2h51 de jeu, avant d'étouffer Alizé Cornet.

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Utiliser l'expérience de 2019 pour repousser encore ses limites

L'Américaine monte en puissance et n'est plus la bleue qu'elle était voici trois ans, quand Petra Kvitova avait mis fin à sa formidable aventure dans le dernier carré de ce même Open d'Australie, sur un brutal 7-6, 6-0. Une expérience utile pour celle qui compte aussi à son actif un quart de finale à Roland-Garros en 2020, une autre épopée au cours de laquelle elle avait notamment écarté Garbine Muguruza.
Collins s'estime également beaucoup plus solide dans son approche mentale. Elle se lance régulièrement des défis pour repousser ses limites, comme quand elle a affronté son vertige lors d'une session d'escalade. "J'étais terrifiée, c'est l'une des expériences les plus effrayantes de ma vie de me fier à mon équipement, tout en me disant 'et si ?' Et je pense qu'au milieu de cette session, qui a dû durer au moins quatre heures, j'ai réalisé qu'à chaque fois que je rentrais sur le court, ce n'était pas une question de vie ou de mort. Alors que pour les alpinistes, ça peut l'être."
Une manière de dire qu'elle a le recul pour gérer la pression d'une demi-finale en Grand Chelem, même si elle n'a jamais encore franchi ce stade. Iga Swiatek, qui a déjà décroché la timbale en Majeur à Roland-Garros, est donc prévenue : son adversaire n'aura rien à perdre et a les dents longues. Bien que plus jeune et favorite, la Polonaise a intérêt à évoluer à son tout meilleur niveau, car Collins revient de loin. Et elle n'en est que plus dangereuse.
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