Elle n'avait plus atteint la seconde semaine d'un tournoi du Grand Chelem depuis près de trois ans. C'était du côté de la Porte d'Auteuil : elle n'avait pas encore 18 ans et Amanda Anisimova s'était frayée un chemin vers le dernier carré sur la terre battue parisienne. A l'époque, Ashleigh Barty avait mis fin à sa percée formidable, et comme le destin fait parfois de sacrés clins d'œil, l'Australienne, désormais numéro 1 mondiale, se dressera à nouveau dimanche en huitième de finale à Melbourne sur sa route. Un match aux airs de revanche donc, mais qui représente bien plus pour la jeune Américaine.
Quasiment dans le Top 20 à la suite de son épopée à Roland Garros (21e en octobre 2019), Anisimova semblait promise à se mêler rapidement à la lutte pour les plus grands titres. Son exceptionnelle qualité de frappe, notamment en revers, avait de quoi lui garantir des succès rapides, sans compter que sa marge de progression était encore importante. Mais un drame familial a mis un frein soudain à ses ambitions : le 19 août de cette même année 2019, son père Konstantin Anisimov, a succombé à une crise cardiaque à 52 ans.
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La disparition de son père et mentor avait coupé son élan

Pour la jeune Anisimova, le choc a été naturellement très dur à encaisser, et ce même si elle a renoué finalement assez vite (sans doute trop) avec le circuit WTA après son forfait à l'US Open. Comme c'est souvent le cas dans le tennis féminin, son père avait été aussi son mentor et son coach pendant toute sa jeunesse sur les courts floridiens. Si elle avait opté quelques mois avant son décès pour une nouvelle structure chapeautée par Jaime Cortes, son nouvel entraîneur, l'événement a tout chamboulé.

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Pour faire son deuil, Anisimova s'est réfugiée dans le tennis. "C'est la chose la plus difficile qui me soit arrivée et je n'en parle pas vraiment. La seule chose qui m'a aidée, c'est juste de jouer au tennis et d'être sur le court. C'est ce qui me rend heureuse, et je sais que c'est ce qui le rendrait heureux aussi", confiait-elle en janvier 2020 au New York Times. Elle affichait à l'époque ses ambitions, visant déjà un titre en Grand Chelem. Pour y parvenir, elle avait engagé Carlos Rodriguez, l'ancien mentor de Justine Henin. Mais dès le mois de février, la collaboration prenait fin juste avant l'émergence de la pandémie de coronavirus.
Coupée dans son élan et vraisemblablement pas remise psychologiquement, Anisimova a été sortie au 3e tour de l'US Open puis de Roland-Garros à la reprise des compétitions lors de l'été-automne 2020. La traversée du désert a pris un tournant plus préoccupant début 2021 quand le Covid-19 l'a empêchée de participer à l'Open d'Australie et les blessures se sont enchaînées, notamment à la cheville. Gagner deux matches consécutifs relevait alors de l'exception, deux quarts de finale en WTA 250 à Parme (terre battue) et Bad Homburg constituant ses deux meilleurs résultats de l'année.

Anisimova a fait son deuil et s'est relancée avec une nouvelle équipe

Mais en 2022, tout a changé : Anisimova a déjà joué 8 matches et les a tous gagnés, allant chercher le WTA 250 de Melbourne au passage, son deuxième titre en carrière, presque trois ans après Bogota. Et puis, cette semaine à l'Open d'Australie, elle a franchi un nouveau cap. D'abord en écartant la championne olympique Belinda Bencic (6-2, 7-5), puis en s'offrant la tenante du titre Naomi Osaka (4-6, 6-3, 7-6), sa première victoire sur une championne en Grand Chelem depuis… Simona Halep en quart de finale de Roland-Garros.
Comment expliquer un tel rebond ? La réponse la plus évidente consisterait à estimer que le temps a fait son œuvre et qu'Anisimova a tourné la page d'une tragédie qui l'a profondément affectée. C'est probablement en partie vrai. Mais le timing de ce retour aux affaires a vraisemblablement également des explications plus empiriques. Depuis six mois, l'Américaine a restructuré totalement son équipe, s'entourant de gens en qui elle a rapidement pu faire confiance pour la relancer, notamment sur le plan mental.
Affectée par la répétition des blessures, elle était en plein doute au début de ce nouveau cycle. "L'année dernière, ça a été une immense épreuve pour moi. Je n'étais pas sûre de revivre ces moments. Parfois, vous en doutez et vous vous dites : 'Et si je me blessais et que je ne pouvais plus jouer un Grand Chelem à nouveau ?' Ces pensées s'insinuent dans ma tête parfois. L'année dernière n'était pas bonne, je n'étais pas contente de mes résultats. Je suis vraiment heureuse d'avoir fait une super préparation avec mon équipe à Miami. Je leur suis si reconnaissante de m'avoir soutenue comme ils l'ont fait", a-t-elle confié après sa victoire sur Osaka.

Une remise à niveau physique : "Avant elle s'entraînait 1 heure par jour, elle en est à quatre ou cinq maintenant"

Cette équipe est notamment constituée de son nouvel entraîneur français Romain Deridder qui s'est confié à nos confrères de L'Equipe sur le chemin parcouru depuis six mois par Anisimova. "Le plus important pour moi, c'était vraiment de la remettre au travail. Elle a été beaucoup blessée ces deux dernières années donc elle avait du mal à se faire confiance sur le terrain, à pousser aux entraînements. On a dû être très progressifs. La clé, c'était de la remettre au travail. Avant, elle s'entraînait une heure par jour. Maintenant, elle est à quatre, cinq heures par jour minimum." Lors du dernier US Open, sa défaite épique contre Karolina Pliskova (7-5, 6-7, 7-6) au 2e tour était un premier signe positif.

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Également aidée par son nouveau préparateur physique Rob Brandsma, la pépite de 20 ans s'est infligée une préparation aux petits oignons à Miami pour cette saison 2022 : trois mois sans interruption ni blessure pour hisser son corps au niveau de son immense talent. Mieux dans ses baskets, capable de tenir la distance désormais sans grande baisse de régime, elle a aussi retrouvé le plaisir du combat, de la compétition et fatalement, pour une joueuse de ce calibre, de l'ambition.

Cahill, le petit plus qui change tout ?

Alors qu'il ne s'agissait que du deuxième titre de sa jeune carrière, Anisimova ne s'est ainsi pas vraiment reposée sur ses lauriers après avoir gagné le WTA 250 de Melbourne. "C'était une semaine fantastique pour moi, mais j'avais vraiment hâte de jouer cet Open d'Australie, sur ces grandes scènes, dans ces grandes occasions. C'est pour ça que je m'entraîne. J'avais la chair de poule dans le tie-break. C'est un sentiment incroyable, et je travaille dur pour ces moments", a-t-elle ainsi considéré.
Pour l'aider à prendre définitivement son envol, elle bénéficie enfin des conseils de Darren Cahill depuis une quinzaine de jours. Davantage concentré sur l'approche mentale, le réputé coach australien est censé lui donner le petit plus de confiance en soi qui pourrait bien faire la différence. Face à Barty néanmoins, le manque de variété d'Anisimova pourrait lui être fatal. A 20 ans, elle a encore du temps pour progresser, notamment dans son jeu au filet. Mais cette fois, elle semble définitivement lancée.
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