Seul contre tous. C'est ce que Daniil Medvedev a ressenti dimanche pendant les presque cinq heures et demie d'une finale de l'Open d'Australie épique et finalement perdue. Si le Russe a fait bonne figure lors de la remise des trophées, ne se montrant pas avare en compliments à l'endroit de son bourreau du jour Rafael Nadal, il s'est bien davantage épanché quelques minutes plus tard en conférence de presse. Dans son style caractéristique et un peu déroutant.
Le numéro 2 mondial avait très peu envie de parler du duel mémorable auquel il avait pris part, car bien au-delà de sa performance ou de celle de son rival, il a trouvé que l'atmosphère sur la Rod Laver Arena n'était pas digne d'une finale de Grand Chelem. Et pour le faire comprendre, avant même de prendre la moindre question, il a improvisé un monologue retraçant son parcours personnel et ce que le tennis signifiait à ses yeux.
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C'était décevant et irrespectueux : le gosse qui rêvait en moi n'existe plus
"Je vais essayer de faire court, mais je vais vous raconter une histoire. C'est l'histoire d'un jeune gamin qui rêvait de faire de grandes choses dans le tennis. Quand j'ai pris une raquette pour la première fois, j'avais six ans. Le temps passe vite. Quand j'avais 12 ans, je jouais des petits tournois russes, et je regardais les Grands Chelems à la télé bien sûr, avec les grandes stars qui jouaient, soutenues par les fans. Vous rêvez d'en faire partie", a-t-il raconté, évoquant les étapes franchies les unes après les autres jusqu'à atteindre le plus haut niveau pour vivre à son tour ces grands moments.

Le moment où la finale a basculé : comment le 5e jeu du 3e set a relancé Nadal face à Medvedev

Etait-ce une manière de partager un moment de nostalgie après avoir été l'un des acteurs principaux d'un grand moment de l'Histoire du jeu ? Où Medvedev voulait-il en venir ? Tout simplement au fait qu'il a estimé le public si partisan qu'il en a été pour le moins désenchanté, que sa passion pour le sport qui doit être aussi un partage en a pris un coup. "Je vais juste vous donner un petit exemple. Avant que Rafa ne serve dans le 5e set, s'il y avait une personne qui criait 'Allez Daniil', ensuite un millier d'autres faisait 'Tsss'. C'est décevant et irrespectueux. Je ne suis pas sûr que je voudrai jouer au tennis à 30 ans passés. Le gosse qui rêvait en moi n'existe plus aujourd'hui. Ce sera plus dur de continuer le tennis dans ces conditions", a-t-il estimé.
En somme, Medvedev a perdu une partie de ses illusions quant à ce que peut lui apporter le tennis en tant qu'homme. C'est sans doute un cri du cœur d'un joueur qui, sous le coup d'une déception tout à fait légitime, ne s'estime pas reconnu à sa juste valeur malgré ses récents accomplissements. N'est-il pas le premier de sa génération à mettre réellement à mal la domination du 'Big 3' en Grand Chelem ? N'avait-il pas déjà réduit au silence une foule hostile à Flushing Meadows en privant Novak Djokovic de Grand Chelem en 2021 ?

Medvedev se sent mal aimé parce que... russe

"Quand j'ai commencé à être un petit peu mieux classé, Top 20, Top 30, j'ai commencé à jouer Roger, Novak, Rafa. Nous avons eu des matches durs, mais je ne les avais pas encore battus à l'époque. Et je me souviens qu'on parlait beaucoup de la jeune génération qui devrait faire mieux. Des gens disaient qu'ils voulaient vraiment que la jeune génération aille chercher le Big 3, qu'elle s'améliore, soit plus forte. Ça m'a motivé, je me suis dit : 'Oui, rendons-leur la vie difficile.' Mais j'ai l'impression que ces gens mentaient, parce qu'à chaque fois que je suis rentré sur le court dans ces grands matches, je n'ai pas vu grand-monde qui voulait que je gagne", a-t-il encore noté.

Daniil Medvedev avec le trophée de finaliste lors de l'Open d'Australie 2022

Crédit: AFP

Medvedev, qui aime jouer avec le public en le provoquant parfois, semblait assez imperméable à ce qu'on pouvait penser de lui. Visiblement, il souffre d'un manque de reconnaissance, qu'il associe également au fait qu'il soit… russe. "Je pense que la nationalité joue. Pendant un certain temps, le tennis russe était un petit peu dans un creux. Il y a beaucoup plus de buzz autour du tennis en Russie désormais avec Andrey (Rublev), Karen (Khachanov), Aslan (Karatsev) et moi qui faisons de grandes choses. C'est super. On espère que plus de gens nous soutiendront. Mais oui, quand on joue quelqu'un d'un autre pays, je constate vraiment que les gens le préfèrent ou quelque chose comme ça."

La conférence de presse comme sas de décompression

Alors Medvedev va-t-il se mettre en quête de cet amour manquant, à l'instar d'un Novak Djokovic qui a développé il y a quelques années le même type de raisonnement ? Ce serait mal connaître le personnage qui se dit prêt à se couper même davantage du public… en dehors de la Russie. "A partir de maintenant, je joue pour moi, pour ma famille, pour l'aider financièrement, pour les gens qui me font confiance et bien sûr pour les Russes qui me soutiennent beaucoup. S'il y a un tournoi sur dur à Moscou, avant Roland-Garros ou Wimbledon, j'irai même si je dois manquer Wimbledon ou Roland-Garros", a-t-il asséné.
Une bravade plus qu'une menace réelle puisque Medvedev sait bien qu'il n'y a pas de tournois en Russie dans le calendrier ATP avant les Majeurs français et anglais. L'exercice de la conférence de presse peut aussi servir de soupape de décompression. Intelligent, le Russe en est parfaitement conscient et l'a certainement utilisée à ces fins. Car il a aussi prévenu : "Je vais travailler encore plus dur pour essayer d'être champion un jour." Gageons qu'il saura se nourrir de cette expérience pour rebondir.
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