Il y a seulement quelques semaines, Rafael Nadal aurait probablement signé pour se retrouver dans sa position actuelle. Atteint par le Covid-19 en décembre, le Majorquin n'était pas sûr de pouvoir s'aligner lors de cet Open d'Australie. Et le voici désormais seul membre du "Big 3" en lice pour un 21e titre du Grand Chelem, bien lancé par deux premiers tours plutôt convaincants, dans le sillage d'un titre décroché lors de l'ATP 250 de Melbourne, son tournoi de reprise. Tant et si bien que, vu le pedigree du bonhomme, beaucoup voient déjà en lui un favori du tournoi. Le principal intéressé, lui, refuse de penser en ces termes avec un argument-massue : son manque de références récentes.
Serait-ce de la prudence excessive dans la bouche d'un champion connu pour sa légendaire humilité ? Il faut dire qu'à maintes reprises durant sa carrière les précautions oratoires de l'Espagnol ont prêté à sourire. Bien que sincères - Nadal n'a jamais considéré aucune victoire comme acquise et c'est aussi ce qui fait sa force -, ces éléments de langage font surtout partie de sa personnalité et les observateurs du monde du tennis s'y sont fait peu à peu, sans douter des futures victoires de l'intéressé dans les premiers tours de Grand Chelem, et surtout à Roland-Garros.
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Cinq matches gagnés certes, mais aucun Top 60 affronté avant Khachanov

En ce qui concerne cet Open d'Australie, les feux semblent être au vert. En tout, Nadal a passé un peu plus de quatre heures et demie sur le court (4h31 précisément) en deux matches, n'a concédé que 16 jeux et pas le moindre set, et il n'a pas été non plus encore breaké. Tout va bien donc, du moins en apparence. Car les classements de ses deux premiers adversaires Marcos Giron et Yannick Hanfmann, respectivement 66e et 126e joueurs mondiaux, invitent à prendre davantage de recul, d'autant que le second, issu des qualifications, a donné plus de fil à retordre au Majorquin que le score ne l'a indiqué : 6-2, 6-3, 6-4 certes, mais en 2h42.

Presque 3h de combat, pour un succès étriqué : comment Nadal s'est sorti des griffes d'Hanfmann

"Après cinq mois loin du circuit, jouer seulement cinq matches (en comptant les trois gagnés à Melbourne en préparation, NDLR), ce n'est pas assez. Chaque jour que je vais passer sur le court, mes chances de jouer mieux seront plus hautes. Après deux tours passés, c'est le moment de faire un pas en avant. Ce ne sera pas facile, mais pas impossible non plus. Je vais essayer. Jouer contre (Karen) Khachanov, ce sera un gros défi, ça l'est toujours. Encore plus dans ma situation actuelle", a ainsi considéré le "Taureau de Manacor", repoussant d'un revers de main toute projection vers un éventuel quart de finale face à Alexander Zverev.
Difficile de ne pas considérer en effet ce 3e tour comme une étape fondamentale. Marcos Giron, 66e mondial, était donc jusqu'ici l'adversaire le mieux classé affronté par Nadal en 2022. Sur son parcours vers le titre lors de l'ATP 250 de Melbourne, le Finlandais Emil Ruusuvuori, 95e, était son plus féroce opposant sur le papier. Avec Khachanov, il va se coltiner son premier Top 30 de la saison, ce qui pourrait lui faire tout drôle, rien qu'au niveau du poids de la balle de son rival.

7-0 Nadal, mais le souvenir d'un formidable combat à l'US Open

"Je dois voir le verre à moitié plein : je suis revenu sur le circuit depuis presque trois semaines, je m'entraîne à haute intensité et dans ce début de tournoi, j'ai pu économiser de l'énergie, même si je ne suis pas encore très proche de mon tout meilleur niveau. Petit à petit, les automatismes reviennent ainsi que la lucidité sur le choix de mes coups", a encore estimé le Majorquin. Tennistiquement, il y a ainsi peu de souci à se faire pour lui. Quand il est bien placé sur la balle, son coup droit lasso est toujours aussi dévastateur.

Nadal n'a pas perdu son tennis : son superbe passing a mystifié Hanfmann

Quant au rapport de forces face à Khachanov, il est totalement à l'avantage de Nadal qui n'a jamais perdu en sept confrontations. Pire pour le Russe, celui-ci n'a pu arracher qu'un petit set en tout et pour tout. C'était lors d'un combat mémorable au 3e tour de l'US Open 2018 (5-7, 7-5, 7-6, 7-6) que le Majorquin avait mis près de quatre heures et demie à remporter. La même année, quelques mois plus tard, le jeune Karen triomphait à Paris-Bercy, pour ce qui reste à ce jour son seul titre en Masters 1000.
Depuis, le Russe a stagné, largement surpassé par ses compères de l'ex-Next Gen Daniil Medvedev, Alexander Zverev ou encore Stefanos Tsitsipas. En ce début de saison toutefois, il a enchaîné finale et quart dans les deux tournois de préparations d'Adélaïde, visiblement déterminé à reprendre sa marche en avant. Il n'en reste pas moins que Nadal semble avoir toutes les cartes tactiques et techniques en main pour le maîtriser.
Il est difficile d'oublier que j'ai le scaphoïde cassé en deux
Une interrogation demeure néanmoins, et non des moindres : comment l'Espagnol encaissera-t-il le choc de la répétition des matches physiquement ? Ou plus précisément son pied tiendra-t-il le coup ? Lui-même ne le sait pas, ce qui l'a conduit à modérer ses attentes jusqu'ici. "Je suis juste enthousiaste à l'idée de jouer un 3e tour à l'Open d'Australie une fois de plus après tout ce que j'ai traversé. Je n'ai pas beaucoup de pression sur les épaules honnêtement. Je ne la ressens pas en tout cas. La pression, c'est seulement de rester en bonne santé", a-t-il souligné.

Karen Khachanov lors de sa victoire contre Benjamin Bonzi au 2e tour de l'Open d'Australie 2022

Crédit: Getty Images

Avant de préciser sa pensée : "Il est difficile d'oublier que j'ai le scaphoïde (du pied gauche, NDLR) cassé en deux. Je ne m'attends pas à ce que les conditions soient parfaites pour la suite de ma carrière, mais j'ai confiance dans le fait de pouvoir jouer le plus longtemps possible. Il est certain que je ne jouerai pas tout en endurant une souffrance extrême. Je joue parce que cela me rend heureux et parce que je suis motivé par les défis. S'il arrive un moment où la douleur l'emporte sur tout le reste, il sera temps de passer à autre chose."
Que ses admirateurs se rassurent, pour le moment en tout cas, tout est sous contrôle. Dans les courses défensives, Nadal a déjà montré dans ce tournoi qu'il avait de beaux restes et que ses appuis étaient solides. Avec 64 coups gagnants en deux matches, il a semblé faire le pari de l'offensive pour préserver davantage son corps. S'il parvient à passer Khachanov à la moulinette, Aslan Karatsev, un autre Russe surpuissant et demi-finaliste sortant, pourrait l'attendre en huitième pour une montée en puissance de plus en plus intéressante. Mais ce serait mettre la charrue avant les bœufs. Chaque chose en son temps, comme dirait Rafa.
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