Le sourire ne la quitte pas sur les courts d'entraînement de Melbourne. Depuis son conte de fées new-yorkais voici trois mois, Emma Raducanu n'a pas changé : elle respire toujours une joie de vivre pour le moins rafraîchissante, comme incrédule d'avoir pu faire de sa passion son métier. Et pourtant, elle n'est plus tout à fait la même. Accompagnée par son nouveau coach Torben Beltz, elle aborde le troisième grand tableau de Grand Chelem de sa carrière en tant que tête de série numéro 17. A 19 ans, la prodigieuse première qualifiée de l'histoire du jeu à remporter l'US Open est devenue une star, et a par la même occasion une cible dans le dos.
Victorieuse de ses 10 matches à Flushing Meadows sans perdre le moindre set, Raducanu ne peut désormais espérer un meilleur parcours. Fini l'effet de surprise, place à la fameuse et périlleuse saison de la confirmation. Elle n'avait rien à perdre aux Etats-Unis et avait su surfer sur cette insouciance pour aller au bout de son aventure. Mais à Melbourne, elle n'est plus dans la position de la chasseuse. Elle aimante désormais les projecteurs - elle aura d'ailleurs les honneurs de la "night session" mardi - et la curiosité des passionnés de tennis, comme du grand public qui assimilerait immanquablement une défaite précoce, et d'autant plus au 1er tour, à une déception majeure.
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Stephens : "L'année suivant un titre en Grand Chelem est brutale"

Sloane Stephens, qui l'affrontera mardi, est passée par là, elle qui a eu du mal à digérer son titre à l'US Open en 2017. "Quand vous portez sur vos épaules le poids de tout un pays, c'est très différent. Je n'ai jamais eu ce type de pression, mais je sais que c'est très dur. Je lui souhaite le meilleur, je sais que ce sera difficile, mais c'est une bonne petite joueuse. Tout le monde traverse ces hauts et ces bas. L'année suivant un titre en Grand Chelem est brutale", estimait voici quelques semaines l'Américaine, retombée à la 67e place mondiale dans le podcast du site tennis.com.
Est-ce à dire que Raducanu est d'ores et déjà condamnée à décevoir ? Toutes les joueuses et les joueurs ne digèrent pas de la même manière un premier sacre en Majeur. Il n'y a pas de règle. Ce qui est certain, toutefois, c'est que la Britannique est redescendue de son nuage du strict point de vue des résultats. Elle n'a remporté que deux des six matches qu'elle a joués depuis son titre à Flushing, et n'a pu jouer qu'une fois en 2022 avant cet Open d'Australie, évitant de peu l'humiliation suprême face à Elena Rybakina à Sydney (défaite 6-0, 6-1).

Emma Raducanu à Sydney en 2022

Crédit: Getty Images

Dans un monde sportif où tout va très vite et où une affirmation chasse l'autre, certains pourraient être ainsi tentés de voir en Raducanu une comète qui a profité à merveille de l'ouverture du tennis féminin. La réalité est évidemment plus complexe. D'abord parce que si le triomphe américain de la Britannique ne représente sûrement pas son niveau moyen, il en est de même pour sa défaite expéditive de la semaine dernière. Testée positive au Covid en décembre, elle était loin de sa forme optimale de son propre aveu.

Un état de forme incertain à cause du coronavirus

"C'est un défi d'essayer de trouver l'équilibre quand on a si envie de s'entraîner après s'être isolée. Si vous en faites beaucoup, après n'avoir quasiment rien fait pendant 20 jours, il y a toujours des petites choses qui vous tracassent. J'essaie juste de trouver cet équilibre. La première semaine de l'année, je n'ai pas pu m'entraîner beaucoup. Mais après le match de Sydney, c'était juste bien de voir où j'en étais à ce moment-là. Après, je suis retournée à l'entraînement pour perfectionner quelques aspects. Et en fait, je sens qu'il y a du progrès", a ainsi confié Raducanu dans sa conférence de presse d'avant-tournoi.
Ces jours de préparation supplémentaires seront-ils suffisants pour lui permettre de poursuivre sa folle série en Grand Chelem mardi ? Tout dépendra aussi du niveau de Stephens, aussi imprévisible que talentueuse. Si elle n'a pas fait mieux qu'un huitième de finale en Majeur l'an dernier, elle n'en avait pas moins éliminé Karolina Pliskova à Roland-Garros, Petra Kvitova à Wimbledon (alors que la Tchèque a été sacrée deux fois sur le gazon anglais) ou encore Cori Gauff à l'US Open. L'Américaine est une joueuse de coups et représente indéniablement un danger.

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Un circuit professionnel encore à découvrir

"J'ai regardé Sloane gagner l'US Open à la télévision. J'ai tapé la balle à l'entraînement avec elle l'année dernière. Oui, c'est une grande adversaire, on ne gagne pas un Grand Chelem sans avoir de grandes capacités. Je pense que ça va être un match dur, bien sûr. Je vais me présenter sur le court et profiter du match, parce que j'ai dû travailler si dur pour seulement jouer ce Grand Chelem", a encore considéré Raducanu.
Et c'est là tout le paradoxe : malgré son aura de championne en Majeur, la Britannique de 19 ans continue à seulement découvrir le circuit professionnel. Il ne faudrait pas que la reconnaissance du public, tous les partenariats et autres contrats signés depuis quelques mois le fassent oublier. L'intéressée, en tout cas, semble en avoir conscience. Une lucidité fondamentale sur le long terme, que cet Open d'Australie soit une réussite ou un échec.
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