Rafael Nadal : "Pouvoir simplement rejouer au tennis, c'est plus important que de gagner le 21e Grand Chelem"

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OPEN D'AUSTRALIE – Éloigné des courts pendant des mois, incertain il y a encore quelques semaines quant à ses capacités à revenir à la compétition, Rafael Nadal a remporté ses dix premiers matches depuis son retour et jouera dimanche pour un 21e titre majeur. Mais l'essentiel est ailleurs pour l'Espagnol, qui avoue traverser cet Open d'Australie sans la moindre pression.

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Vous vous demandez comment Rafael Nadal peut se retrouver en finale de l'Open d'Australie alors qu'il n'avait plus joué avant ce début d'année depuis le mois d'août et seulement deux matches depuis juin ? C'est normal. Lui aussi. Ne lui posez pas la question, il n'a pas davantage de réponse que vous. Vous êtes surpris. Ses proches sont étonnés. Et lui n'en revient pas.
"C'est difficile à croire pour les gens de l'extérieur, mais même pour ceux qui m'ont suivi au quotidien au cours des six derniers mois, c'est difficile de comprendre comment je peux jouer à ce niveau aujourd'hui", a-t-il admis vendredi lors de son passage dans Le Cube d'Eurosport à sa sortie du court. Alors que notre consultant Mats Wilander lui demandait ce qui l'étonnait le plus, entre la façon dont il sent la balle, ses déplacements ou sa faculté à résoudre tous les problèmes posés par l'adversaire, Nadal a répondu : "Mats, honnêtement, tout me surprend."
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Au fond, la réponse à toutes ces questions tient peut-être en un mot : Nadal. Il reste Rafael Nadal. C'est en tout cas l'avis de Wilander : "Rafa se posait beaucoup de questions, mais il a cette chose en lui : peu importe son niveau, son état physique, ce qu'il a à offrir, il va utiliser non seulement chaque arme tactique dont il dispose mais il va aussi être investi émotionnellement à fond dans chaque décision, chaque frappe. C'est une telle force chez lui. Il ne peut pas supporter de ne pas donner à chaque instant le meilleur de ce qu'il a à offrir, et l'adversaire le sait. C'est une telle force chez lui. Sur ce plan, je ne sais pas s'il y a déjà eu un joueur comme lui dans l'histoire."
L'Espagnol l'a encore répété après sa qualification pour la finale aux dépens de Matteo Berrettini, jamais il n'a envisagé cet Open d'Australie en termes d'ambitions. Il n'en nourrissait aucune. "Il y a un mois et demi, je ne savais pas si je pourrais revenir sur le circuit, parce que nous n'arrivions pas à résoudre le moindre problème, dit-il. Il n'y a pas longtemps, je n'étais pas capable de m'entraîner. Parfois, j'allais sur le court pour 20 minutes, 45 minutes, parfois 0, d'autres fois 2 heures... Mais c'était très difficile de m'imaginer jouant au meilleur des cinq sets ! Et me voilà en finale, merci la vie pour ça. C'est tout. Pouvoir jouer à ce niveau mais même simplement jouer tout court, contre les meilleurs joueurs du monde, ça a un côté incroyable pour moi."
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Y a-t-il eu des moments où il a craint de ne pas pouvoir revenir ? "Oui, tous les jours", avait-il confié à Alizé Lim sur Eurosport mardi. Son pied ne lui a laissé quasiment aucun répit. "Je relativise toujours, parce que nous traversons une période difficile, et j'ai de la chance dans ma vie, ma famille est en bonne santé. Mais à titre personnel, par rapport au tennis, c'était très dur, avoue Nadal. Chaque jour était un problème. Chaque jour me faisait douter." Et ce n'est pas fini. Ce n'est pas une épée, mais un pied de Damoclès qui surplombe sa tête : "J'aurais toujours des doutes par rapport à mon pied, jusqu'à la fin de ma carrière, parce que j'ai un problème qui ne peut pas être résolu."
Paradoxalement, ce contexte particulier sert peut-être ses desseins en ce début d'année et particulièrement dans cette quinzaine de Grand Chelem. "Tout le monde me connaît, je fais toujours de mon mieux et bien sûr que maintenant, mon objectif, c'est le titre, mais c'est un cadeau d'être là, de simplement jouer au tennis et je vois les choses de façon un peu différente, explique l'ancien numéro un mondial. Je suis toujours un compétiteur, c'est dans mon ADN, je ne peux pas aller contre ça. Mais d'une certaine manière, le simple fait d'être en mesure de jouer à ce niveau, c'est une énergie positive qui me fait avancer. Parce que, au bout du compte, pour être très honnête, pouvoir simplement rejouer au tennis, c'est plus important que de gagner le 21e Grand Chelem."
Un mal pour un bien, en somme, même si Nadal se serait volontiers passé des six derniers mois. De son point de vue, sa plus grande satisfaction est de ne jamais avoir lâché, même s'il a beaucoup douté. "J'ai vraiment travaillé dur chaque jour, assure-t-il. Même quand je n'étais pas en mesure de taper la balle, je faisais du physique. Je ne dirais pas que je mérite ce qui m'arrive, parce que beaucoup de gens méritent autant que moi. Mais j'ai travaillé comme il le fallait, je suis toujours resté avec une attitude positive pour au moins me donner une chance de pouvoir revenir." Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a bien fait.
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