Open d'Australie 2023 - Novak Djokovic arrive encore à les bluffer pour mieux les écœurer
Par Laurent Vergne
Publié 27/01/2023 à 14:55 GMT+1
OPEN D'AUSTRALIE – On peut appeler ça le tarif Djokovic. Toujours aussi facile, le Serbe a balayé Tommy Paul en trois sets et continue d'avancer avec une tranquillité affolante dans ce tournoi, particulièrement dans cette seconde semaine. Même en étant avertis, une fois sur le court, le problème apparaît encore plus insurmontable pour ses adversaires.
Tommy Paul & Novak Djokovic
Crédit: Getty Images
C'est à peine croyable, et pourtant. Bientôt vingt ans qu'il écume le circuit. Quinze qu'il gagne des Grands Chelems. Plus de dix qu'il est le patron du tennis mondial. Mais Novak Djokovic arrive encore à étonner ses adversaires. Qu'ils aient croisé le fer dix fois avec lui ou que ce soit une première, tous ceux que le Serbe a pris soin de bouter hors du tableau dans cet Open d'Australie n'en sont pas revenus.
Personne n'ignore évidemment à quel point celui qui briguera dimanche une 22e couronne majuscule est fort. Mais une fois confrontés au problème, c'est comme s'ils prenaient concrètement conscience de l'ampleur de la tâche qui les attendait. C'était pire encore que ce qu'ils avaient imaginé.
C'est vrai notamment de ses trois premiers adversaires de la seconde semaine, donc a priori les plus à même de lui poser un minimum de problème. Mais que ce soit Alex de Minaur, Andrey Rublev ou Tommy Paul, aucun n'a existé. Tous trois ont été frappés d'avoir été à ce point spectateurs de leur huitième, quart ou demi-finale. Ils savaient que la mission serait difficile, pour user d'un euphémisme, mais ils sont rentrés sur le court avec une idée en tête et un plan de jeu assez clair.
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Djokovic : "15 ans après ma première finale, je n'aurais pas pu imaginer où j'en suis aujourd'hui"
Video credit: Eurosport
Paul surpris par sa seconde balle
Sauf qu'ils n'ont jamais pu le mettre en place. D'où une forme d'incrédulité, non pas quant au dénouement, mais devant l'absence de match. "J'avais décidé d'être agressif et comme il y avait cette blessure à la cuisse qui pouvait le gêner, de le faire beaucoup courir, avait évoqué De Minaur lundi. Mais je n'ai rien pu faire de tout ça. Les rares fois où j'ai pu le déplacer, il a joué un coup de défense tellement bon qu'il s'est replacé au centre de l'échange tout de suite. Puis il frappe tellement fort, il joue tellement long que c'était presque impossible pour moi d'être agressif."
"J'avais prévu plein de choses, sourit en écho aux propos de l'Australien Tommy Paul, à qui Djokovic a appliqué le tarif maison vendredi en demi-finale. Je voulais varier, faire un peu de service-volée. Je n'en ai pas fait un, j'ai dû volleyer une fois dans le match. OK, on oublie. Je voulais aussi faire quelques amorties, mais c'était impossible parce qu'il avait une telle profondeur de balle. J'avais prévu d'utiliser mon slice pour changer de rythme mais j'ai raté les trois premiers. D'accord, pas de slice. Même quand ma première passait, j'avais l'impression qu'il retournait ligne de fond. Bref, il ne m'a rien laissé faire de ce que j'avais envisagé."
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Un dernier jeu blanc et Djokovic rejoint Tsitsipas en finale
Video credit: Eurosport
Contre Djokovic, les bonnes intentions se fracassent sur le mur de la réalité. Surtout en Grand Chelem. Et peut-être plus encore ici qu'ailleurs. Sa dernière victime en date, qui affrontait le champion serbe pour la première fois, s'est heurté à un problème insoluble. Mieux, ou pire, lui qui s'était préparé à une difficulté extrême a été bluffé. "Par sa seconde balle notamment, dit-il. Elle était encore meilleure que ce que je pensais. Ça aussi, ça faisait partie de mon plan de jeu : l'agresser sur ses deuxièmes.Il m'a surpris, clairement. La vitesse moyenne de son second service était plus rapide que ce que je pensais. Sur les points importants surtout."
L'occasion de rappeler que le "Djoker", non content d'être le meilleur relanceur du circuit, est aussi devenu au fil du temps un des meilleurs serveurs du monde. Notamment sur deuxième balle, Tommy Paul le souligne à juste titre, et sur les points les plus importants, ce que les statisticiens nomment les "pressure points", les points sous pression (égalité ou balle de break contre le serveur, c'est encore plus criant.
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En mode expéditif, Djokovic n'a jamais laissé Rublev y croire
Video credit: Eurosport
Même Andrey Rublev, qui était le seul des trois à avoir déjà pratiqué Djokovic, et dans un passé très récent, a eu droit à un traitement de défaveur plus brutal encore que dans ses prévisions les plus sombres. "Je ne sais pas si j'ai été impressionné, parce qu'on connait tous Novak", a commencé par expliquer le Russe, avant de glisser, tout de même : "Je crois quand même que c'était une version différente de lui ici. Par rapport aux trois premières fois où je l'avais affronté, il était beaucoup plus fort. Même à Turin. Il sert parfaitement, il retourne parfaitement et il ne vous laisse pas respirer. Je ne sais pas quoi dire d'autre." A Turin, lors du Masters, où les deux joueurs s'étaient rencontrés en demi-finale au mois de novembre, Rublev n'avait pourtant inscrit que cinq petits jeux. C'est dire.
"Il vous met tout le temps la pression, soulignait De Minaur. Ses déplacements, sa longueur, sa capacité à faire ce qu'il veut avec la balle, je me suis constamment senti étouffé. Dès le début, je me suis retrouvé face à une montagne. Je n'ai pas eu un seul jeu de service avec des points gratuits. C'est épuisant. Je savais à quoi m'attendre mais en même temps, je pensais que je pourrais lui poser quelques problèmes. Mais c'est un autre niveau."
Des actes sur le court aux paroles d'après-match, c'est un gigantesque sentiment d'impuissance qui réunit toutes les victimes de Novak Djokovic. Alors, y a-t-il quelqu'un, non pas pour le battre, mais ne serait-ce que pour parvenir à le bousculer ? A l'accrocher ? Ou même, plus basiquement, à pouvoir jouer. A être acteur, en appliquant ce fameux plan de jeu. La supériorité de "Nole" est telle pour l'heure à Melbourne Park que tous ses matches tournent au monologue. Stefanos Tsitsipas sera le prochain, et le dernier, à s'y attaquer. On ne peut que lui souhaiter beaucoup de courage.
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Tsitsipas sur sa finale contre Djokovic à Roland : "Je ne m'en souviens pas non plus"
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