Open d'Australie 2024 - "Ils sont si dingues !" : comment les supporters bleus enflamment Melbourne

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Lors de cet Open d'Australie 2024, les joueuses et joueurs français se sont plutôt bien distingués jusqu'ici. Et s'ils le doivent avant tout à eux-mêmes, ils peuvent aussi compter sur une petite colonie de supporters tricolores qui les aident à se transcender à tel point qu'ils ont un peu l'impression d'évoluer à domicile. Mais qui sont-ils et comment ont-ils réussi à si bien s'organiser ?

"J'étais prêt" : Cazaux ivre de fierté après son "gros combat" gagné face à Rune

Video credit: Eurosport

Une vingtaine, une trentaine tout au plus. Ils ne sont pas nombreux mais ils font du bruit. A tel point que vous les entendez sûrement un peu devant votre écran de télévision, et si ce n'est pas le cas, les caméras ne manquent d'ailleurs pas de les filmer à intervalles réguliers quand un Français ou une Française est en lice dans cet Open d'Australie. Et à chaque fin de match victorieuse, il suffit d'entendre les Arthur Cazaux, Ugo Humbert et autres Adrian Mannarino les remercier chaleureusement pour se rendre compte de l'impact des supporters des Bleus à Melbourne.
Après avoir créé la sensation contre Holger Rune au 2e tour, Cazaux leur a rendu un vibrant hommage dans son interview d'après-match. "Je ne sais pas comment ils ont fait pour rester comme ça tout le match. Ils sont si dingues ! Merci beaucoup à tous les Français qui sont venus me voir. Ils m'ont poussé sur chaque point depuis le 1er tour contre Djere", a-t-il lâché. Avant de répondre hilare à son interlocuteur qu'il ne connaissait pas ce joyeux groupe de passionnés à l'énergie débordante.

Tout a commencé en 2023 à partir de rien ou presque

Maxime et Maxence, deux membres de ces fans remarqués, ont accepté de nous en dire un peu plus sur cette belle histoire. L'un a 24 ans, crée des contenus sur les réseaux sociaux dans le monde des paris sportifs et voyage pour couvrir des tournois du monde entier (18 en 2023). L'autre est encore plus jeune (22 ans) et dispose d'un "working holiday visa" qui lui permet comme son nom l'indique de travailler en Australie et de sillonner le pays depuis deux ans. Il a ainsi officié dans une ferme, un bar-restaurant ou encore a planté des arbres.
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Mannarino savoure, ses supporters jubilent : la balle de match en vidéo

Video credit: Eurosport

A eux deux, ils représentent fidèlement la composition hétérogène d'un groupe pas du tout organisé au départ pour jouer un tel rôle. "J'étais déjà venu à l'Open d'Australie l'an dernier, on avait mis de l'ambiance, c'était incroyable. Et j'avais dit à des gens que j'avais rencontrés sur place que je reviendrais, qu'on se retrouverait et qu'on ferait encore plus de bruit cette année, nous raconte Maxime. C'est chose faite ! Au milieu de l'année 2023, on s'est recontactés sur les réseaux pour qu'on puisse voir qui était dispo et qui ne l'était pas pour le tournoi. On s'est retrouvés et on a fait l'ambiance sur les différents matches."
Alors qu'ils avaient donné de la voix surtout après cinq ou six jours de compétition l'an dernier, cette fois, ils s'y sont pris beaucoup plus tôt. Arrivés dès les qualifications, ils ont commencé à deux, trois, cinq puis vingt-cinq en fonction des disponibilités et des rencontres. Mais aussi modeste soit leur nombre, ils ont réussi par leur engagement à créer une connexion avec les joueuses et joueurs tricolores ainsi que leurs staffs en tribune.

Un cercle vertueux entretenu par les joueurs, fournisseurs de billets

"Cette année, que ce soit en qualifs ou au 1er tour, on était l'une des nations les plus représentées, on s'est dit qu'on avait beaucoup de chance et qu'il y avait moyen de faire tourner des matches, enchaîne Maxence. C'est ce qui s'est passé sur le 2e tour de Diane Parry face à Rakhimova, sur le match de Cazaux contre Djere où dans le 5e, il lui met 6-2 et il oublie ses crampes. Avoir cette communion avec eux, qu'ils viennent nous remercier, qu'ils nous envoient des messages, qu'on ait des places, ça nous motive encore plus. Un regard, un poing levé en notre direction, et la braise s'enflamme."
Une fois le contact noué, un cercle vertueux se crée ainsi. Portés par leur petit groupe de supporters, les joueuses et joueurs se démènent pour leur trouver des places pour leurs matches, à chaque fois une vingtaine envoyées à l'un d'entre eux qui les répartit ensuite. Caroline Garcia avait initié le mouvement en 2023, Ugo Humbert l'a notamment suivie cette année en réclamant à Maxime via un message sur les réseaux sociaux une atmosphère de Coupe Davis, un véritable chaudron lors de son 2e tour face au Chinois Zhizhen Zhang. Extatique après sa victoire, le Messin les a rejoints dans la foulée pour chanter la Marseillaise et un "Aux armes" vibrant.
Mais le rôle de Maxime, Maxence et leurs acolytes ne se limite pas au soutien des Bleus. Ils peuvent en quelque sorte entrer dans la bataille psychologique avec l'adversaire. Ce fut le cas lors du match Cazaux-Rune. "Nous sommes très respectueux : on ne parle pas avant le service, on n'applaudit pas les doubles fautes. Mais c'est vrai qu'on connaît un peu certains tempéraments et Rune, dès qu'il mettait une balle dans le filet, on se levait, on serrait le poing. On le cherchait un peu, mais gentiment. Et à un moment, il gagne un point fou, il nous regarde et il nous fait : 'Pleurez maintenant !' Enfin 'crying' en anglais. Et on s'est tous levés et ça l'a suivi tout le match. On est à la limite, mais on ne les dépasse jamais", assure Maxence.

Chambrage, jeu psychologique et... humour

Et Maxime de renchérir : "Nous sortons juste du match de Mannarino là (contre Shelton, NDLR), c'était incroyable : on a fait deux kops d'une dizaine de personnes pour se répondre en chantant 'Aux armes'. Les Australiens n'en croyaient pas leurs yeux. On n'est pas beaucoup mais on fait du bruit ! A un moment, Shelton nous regarde et nous fait un signe qui veut dire : 'Je ne vous entends plus, là.' Et ça nous a encore plus chauffés.'"
Le chambrage s'est d'ailleurs poursuivi en tribunes entre supporters : les Américains ayant utilisé la célébration de Shelton – qui raccroche un téléphone fictif après chaque succès – ont eu droit à un retour de bâton des Français, une fois le match terminé. Mais l'ambiance reste bon enfant bien entendu car l'humour y a toute sa place : un maillot de France 98 avec le fameux numéro 10 floqué de l'expression "Divin chauve" pour dresser un parallèle entre Manna et Zinédine Zidane était notamment de sortie vendredi. Et cet esprit sportif n'a pas manqué de toucher les membres de la Fédération française de tennis aussi présents en tribunes.
"Le président de la FFT Gilles Moretton nous a payé une bouteille de champagne au bar un peu VIP de l'Open d'Australie. Arthur Cazaux est arrivé et… Je pense qu'ils n'avaient jamais vu ça avant. On a retourné le bar. Et je tiens à préciser que Paul-Henri Mathieu devait payer sa tournée ce soir et on l'attend encore !", conclut Maxime tout sourire. Il se passe décidément quelque chose de spécial à Melbourne cette année et les Bleus ne s'en plaindront pas, eux qui seront au moins deux en seconde semaine (Mannarino et Clara Burel ou Océane Dodin). Voilà une belle dynamique pour lancer 2024.
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