Gaël Monfils : "Ma plus belle émotion sur un court, c'est la première fois que j'ai battu mon père"

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Titré à Auckland pour devenir le plus vainqueur d'un tournoi ATP, devant Roger Federer, Gaël Monfils a débuté 2025 sur les chapeaux de roue. Au 1er tour de l'Open d'Australie, le Parisien va défier ce mardi Giovanni Mpteshi Perricard, 21 ans. Soit le temps qu'il a lui-même passer sur le circuit. Entretien souvenir avec "La Monf'".

Monfils, de son match le plus bizarre à sa plus belle victoire

Video credit: Eurosport

Par Frédéric Verdier
Le tirage au sort de l'Open d'Australie n'a pas été clément pour les cœurs français. Parce que deux Tricolores qui s'affrontent en 1er tour, c'est toujours un petit déchirement. Et parce que ce Mpteshi Perricard – Monfils verra forcément disparaître une vraie chance tricolore dans ce tableau masculin. A 21 ans, le gros serveur est l'une des valeurs montantes du circuit.
A 38 ans, Gaël Monfils ne peut pas en dire autant. Et pourtant… Victorieux à Auckland samedi, il débarque à Melbourne avec des ambitions légitimes et l'expérience d'un vieux routard. "Gaël m'a dit : ''Moi, j'ai fait 21 ans de carrière. Toi, tu as 21 ans !'", souriait d'ailleurs Mpteshi Perricard au moment d'évoquer ce tirage. Ces 21 années, "La Monf" a accepté de les évoquer en longueur fin 2024, au Centre National d’Entraînement. Entretien.
Gaël, des Quatre mousquetaires, les fameux, vous êtes le dernier à n'avoir pas pris ou annoncé sa retraite. Quel est votre secret ?
Gaël Monfils : Ce n'est pas forcément un secret, mais j'ai envie de dire que c'est l'envie. Pour l'instant, jusqu'à maintenant, le corps me laisse plus ou moins tranquille. Ça fait que j'ai toujours envie de jouer. J'ai cette passion, cette envie. Le matin, je me réveille, je suis content d'aller me déchirer sur le terrain. Les voyages sont un petit peu plus durs, mais je continue à avoir cette même passion pour notre sport, pour notre beau sport. Donc, j'essaie de pousser un petit peu plus.
Pour parler des mousquetaires, il y a le fameux roman "Les Trois Mousquetaires"…
G.M : (il coupe) Mais vous savez qu'on n'est pas fan de ce nom-là ? (rires)
Oui, c'est vrai, c'est juste pour souligner que la suite de ce livre historique d'Alexandre Dumas s'appelle "20 ans après". Vous avez commencé en 2004, vingt après vous êtes encore là. Quand vous vous penchez sur ça, cela vous évoque quoi ?
G.M : Je n'aurais même pas pu penser être vraiment sur le circuit pendant tant d'années. Même, à un moment, être sur le circuit tout court. Donc je suis hyper content, hyper fier. Quand on me rappelle ça, je remercie tout de suite mes parents parce que c'est quand même grâce à eux si je suis là, si j'ai pu vivre 20 ans sur le circuit, mais j'ai envie de te dire, si j'ai pu vivre depuis ma naissance, arriver à faire un de mes plus grands rêves, être joueur de tennis. Pour moi, c'est plus un remerciement infini à mes parents.
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Monfils triomphe à Auckland : la balle de match en vidéo

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Y'a-t-il eu un déclic, un moment où vous vous êtes dit 'tiens, j'ai l'impression que je vais devenir un très bon joueur de tennis' ?
G.M : Je ne sais même pas si on se le dit, vraiment. En tout cas, pas moi. Je me suis toujours laissé guider. J'ai eu peut-être la chance d'exceller dans toutes les catégories où j'ai joué, mais je ne me suis jamais posé cette question. En fait, j'ai toujours voulu être joueur de tennis. Et forcément, être compétitif, gagner.
Mais il y a forcément une prise de conscience à un moment ?
G.M : En fait, tu as tout le temps l'envie. Ça veut dire que tu as envie de découvrir une nouvelle expérience, tu as envie de découvrir, de jouer avec les adultes. Quand tu es jeune, au début, tu ne fais pas de tournois adultes. Donc tu as envie de découvrir ça, de jouer avec les adultes. Derrière, tu fais des tournois adultes. Tes parents t'emmènent et tu joues. Puis, à la Fédé, ils nous emmènent, on fait des tournois adultes. Derrière, on te met un peu sur le circuit junior. Donc tu as envie de faire des tournois juniors. Parce qu'au début, tu as l'INSEP, tu vas jouer au Perreux, à Joinville, un peu partout. Puis, on te dit que tu as des Grands Chelems juniors. Donc tu as ce rêve de faire partie des jeunes qui vont jouer ça. Et derrière ce circuit junior, tu as forcément ce rêve d'arriver sur le circuit, de jouer avec les "pros". Donc finalement, ça s'est fait naturellement, et j'ai eu beaucoup de réussites par rapport à ça.
La première fois que je vous ai rencontré, c'était à Melbourne, en 2004. Olivier Soulès, entraîneur des juniors, vous avait présenté avec Josselin Ouanna et Julien Gely. Vous avez fini par gagner cet Open d'Australie juniors. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous avez gardé de cette époque-là ?
G.M : (Il sourit) Plein de choses. J'ai surtout plein de souvenirs avec les amis, ‘Joss’ et ‘Ju’. C'était notre deuxième année en Australie donc on connaissait un peu mieux l'évènement. Forcément, j'ai en tête des anecdotes de fou. Mais c'est aussi une période où on apprenait un petit peu aussi à jouer sous pression, pour une des premières fois aussi. Donc c'était une super époque. Je ne me souviens pas de tout, tout, tout, mais je me rappelle qu'on a eu des très, très beaux moments.
Quelle est votre priorité pour 2025 sur le circuit ?
G.M : C'est une bonne question. C'est bizarre, mais j'ai envie de gagner des matchs. J'ai envie de gagner des matchs, prendre du plaisir. Je n'ai pas un objectif précis, comme je l'ai eu cette année (disputer les JO, NDLR). Quand je dis "s'amuser", ce n'est pas si facile. De l'extérieur, on peut penser que m'amuse énormément, que je suis toujours en fête. Mais à l'intérieur, ce n'est pas toujours le cas. Donc arriver à avoir une saison où je prends beaucoup de plaisir, à ce moment de ma carrière. Et si, pendant la saison, j'ai des petits objectifs qui arrivent, j'en ferai part.
Dans une saison, d'après ce que nous disent les joueurs, il y a peut-être trois ou quatre matches où les sensations sont excellentes. Comment on se conditionne quand les sensations ne sont pas là ?
G.M : Il faut se raccrocher à ses forces. C'est un peu plus connaître soi-même aussi. Mais, surtout, il ne pas se mentir à soi-même. De temps en temps, on veut jouer d'une façon qui fera plaisir au coach ou à certaines personnes. Mais je trouve que quand ça ne va pas, même si ce n'est pas le meilleur tennis, il faut se raccrocher à ses forces. Pour ma part, ça va être un peu plus défensif, je vais prendre moins de risques. Aujourd'hui, pour moi, c'est un peu différent parce que quand mes sensations ne vont pas bien, je fais beaucoup de fautes. Je joue d'une façon un peu différente parce que ma carrière évolue. Mais je sais qu'il y a un moment où, plus jeune, quand je ne me sentais pas forcément bien, j'allais tout de suite me raccrocher à ma force physique, à l'idée de ne pas faire de fautes. Pour certains, c'était peut-être trop attentiste. Mais c'était très bien pour moi. À partir du moment où on connaît nos limites, on sait, sans se mentir, ce qu'on peut produire. Il ne faut pas se voiler la face.
Ça semble évident mais cela demande du temps de comprendre ça ?
G.M : Oui, du temps, de la maturité, pas mal de choses. C'est plus facile pour moi de t'en parler maintenant parce que je prends du recul. On a forcément plein de questions. Pourquoi ci, pourquoi ça ? Mais en réalité, apprendre à se connaître, ce n'est pas si facile. Evidemment, on cherche à se dépasser tout le temps. Mais il y a des réalités, des choses ancrées qui ne sont pas faciles à gommer. Il faut réussir à faire sa mayonnaise, faire le dos rond et s'en sortir.
Est-ce que vous vous souvenez de votre plus belle émotion sur un court ?
G.M : C'est vraiment bizarre ce que je vais dire, je le dis assez souvent, mais ma première vraiment grosse émotion de bonheur, c'est le premier jour où j'ai battu mon père au tennis. C'était quelque chose que j'ai toujours rêvé de faire, je l'ai fait assez jeune, avec beaucoup de réussite.
C'était à quel âge ?
G.M : A 12 ou 13 ans. Mais avec la manière (rires). Pour moi, c'était important. Mon père m'a appris à jouer au tennis, il m'a accompagné toute ma carrière jusqu'à maintenant. Mais cette émotion de pure joie, simple… C'est vraiment le meilleur truc. Les gens vont sans doute se dire "mais il a gagné des grands matches etc.." mais cette émotion-là, tu ne l'as qu'une fois. J'étais super content, le plus heureux du monde à ce moment-là. Et je pense que c'était une très, très grosse émotion.
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38 ans et inépuisable en fond de court : le résumé du sacre de Monfils à Auckland

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Justement, y'a-t-il un rêve d'enfant auquel vous avez su rester fidèle ?
G.M : Je le fais actuellement. Mon rêve d'enfant, ça a toujours été d'être joueur de tennis. Je voulais être champion d'un sport, et c'était vraiment mon rêve avant tout, c'est de réussir dans un sport. J'ai choisi le tennis, et j'ai la chance de pouvoir dire que je vis mon rêve.
Le jour où vous déciderez d'arrêter, quelles seront les choses qui vous manqueront le plus ?
G.M : L'amour du public. Toute l'énergie positive que les gens me donnent et ont pu me transmettre tout au long de ma carrière.
Et celles que vous ne regretterez pas ?
G.M : C'est dur à dire. Il y en a pleins, vraiment. Mais même les choses négatives… On est tellement privilégiés, on a tellement de chance que mêmes les choses que je n'aime pas ne pèsent pas si lourd. Ça fait partie du package, on va dire.
Sur ces 20 ans de carrière, avez-vous le souvenir d'un match où vous avez joué votre meilleur tennis pour finalement gagner ?
G.M : Une année, j'ai battu Rafa à Doha en lui mettant 6-3, 6-2 je crois (en 2014, victoire 6-3, 6-4, NDLR). Je jouais vraiment bien. Je sais que vous m'avez demandé les matches où j'ai gagné mais mes deux premiers sets face à Rafa à Monaco (en 2016, défaite 5-7, 7-5, 6-0, NDLR), c'est le meilleur tennis de ma vie.
A ce point-là ?
G.M : Franchement, je pense que je n'ai jamais aussi bien joué sur terre battue, au moins pendant deux sets, dans ma vie.
Votre match le plus étrange ?
G.M : J'en ai un qui me vient comme ça, ça me fait marrer. Je pense que quand j'ai joué Gilou (Gilles Simon, NDLR) à Madrid en 2017. Je gagne le premier set 6-0, je perds le deuxième 6-0, et il gagne 7-6 au troisième. C'est une bonne définition du match étrange.
Si vous pouviez rejouer un seul match ?
G.M : Bercy 2004 face à Lleyton Hewitt (défaite 6-3, 7-6).
Pourquoi celui-là ?
G.M : Parce que c'est de la pure joie, du pur bonheur. Encore une fois, tu découvres les choses. Ensuite, tu rentres dans un espèce de moule mais, là, c'est de la découverte pure. Une première grosse night-session à Bercy, celui des très grands soirs avec les tribunes rouges. C'était juste énorme. Je me souviens encore des sensations. Ca reste un de mes plus beaux souvenirs sur le circuit, malgré la défaite. Si je pouvais le rejouer, même pas le gagner, mais juste pouvoir revivre ça.
Votre meilleure période ?
G.M : Je dirais qu'il y en a deux. 2016 et 2020, juste avant le Covid. J'arrive à gagner deux tournois de suite, Montpellier et Rotterdam, derrière je perds juste en demie à Dubaï face à Novak. J'avais fait 8e de finale à Melbourne. Je pense que j'aurais fait une très très grosse saison. On me dit souvent que mon prime c'est 2016 mais je crois qu'à ce moment-là, en 2020, je suis N°3 à la Race. J'aurais été très dur à jouer. J'étais dans le Top 10 (9e) mais je pense que j'aurais presque pu battre mon meilleur classement en carrière (6e mondial).
Pour finir, reparlons de 2025. Stan Wawrinka va fêter ses 40 ans en mars prochain, probablement sur un terrain, en compétition officielle. Est-ce que vous vous voyez fêter les vôtres sur le terrain en septembre 2026 ?
G.M : J'aimerais bien ! Ça voudrait dire que je suis à l'US Open (sourire). J'aimerais beaucoup faire partie de ces sportifs qui ont réussi à jouer dans leur 40e année, comme Kobe, Zlatan, LeBron, Connors et plein d'autres que j'oublie. Honnêtement, ça serait cool.
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