Open d'Australie 2025 - Finale - Arnaud Clément : "Zverev est comme un cheval qui fait un refus d'obstacle"

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Et une, et deux et trois… finales perdues ? Alexander Zverev affronte Jannik Sinner dimanche en finale à Melbourne pour tenter de mettre fin à sa malédiction du Grand Chelem. Mais pour Arnaud Clément, il n'y a aucune malédiction. L'Allemand paie encore et toujours sa passivité dans les grands moments. Cela peut-il changer maintenant ? L'ancien finaliste de Melbourne a un (gros) doute.

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Dimanche, Alexander Zverev retente sa chance. Il va jouer sa troisième finale de Grand Chelem après celles perdues à New York en 2020 contre Dominic Thiem et à Paris l'an dernier face à Carlos Alcaraz. Cette fois, ce sera Melbourne et Jannik Sinner. Autre contexte, autre tournoi, autre adversaire. Même résultat ? Enfin, ou encore raté ? Il en est tout près, parce qu'à chaque Grand Chelem à l'exception pour l'instant de Wimbledon, il est en mesure de prétendre au titre. Mais il semble aussi lui manquer un peu plus qu'un tout petit quelque chose.
Arnaud Clément l'avait dit en début de tournoi dans Eurosport Tennis Club, il ne voyait pas l'Allemand gagner cet Open d'Australie 2025. Pas plus celui-ci que n'importe quel autre Majeur. "C'est super difficile pour un ancien joueur de porter un jugement aussi radical sur le gars qui est numéro 2 mondial et dire 'Il ne gagnera jamais un Grand Chelem'. Je le dis de manière un peu provoc'", sourit notre consultant. Mais à l'aube de cette nouvelle finale majuscule, il réitère son propos et ses doutes quant à la capacité du grand Sasha à franchir la dernière marche.
Pour lui, Zverev se trompe d'analyse. "Déjà, il y a quand même certains mots…", dit-il. Celui-ci, surtout : Chance. "J'espère que cette fois, j'aurai un peu plus de chance, a encore soufflé Zverev sur le court après sa qualification pour la finale, avant d'insister en conférence de presse sur ce thème. "Quand il parle de 'chance', qu'il dit "peut-être que c'est à mon tour d'avoir de la chance'… Ni sa première finale perdue où il sert pour le match, où il est à deux points du titre, ni la finale de Roland où là, en revanche, même s'il mène deux sets à un il est très loin de la gagner, dans les deux cas, ce n'est pas une question de chance", assure Clément.
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Le finaliste de l'Open d'Australie 2001 est tout aussi convaincu de l'erreur d'analyse de Zverev quand il estime que c'est physiquement qu'il a vu la coupe des Mousquetaires s'envoler en juin dernier. Il l'avait dit à chaud, juste après la finale, et continue de le marteler aujourd'hui. "Oui, j'étais juste fatigué dans les deux derniers sets contre Carlos", a-t-il (re)dit pas plus tard que vendredi. "Pour moi, le physique est une conséquence chez lui, pas une cause", explique Arnaud Clément.
Pour ce dernier, le problème vient encore et toujours de la façon de jouer de Zverev. Son manque d'agressivité bien connu. Notamment dans les gros matches. Notamment sur les plus gros points de ces gros matches. "La dimension physique n'entre pas en ligne de compte, ajoute-t-il. On le connait maintenant, on sait que là-dessus, il n'est pas facile à prendre. Des matches en cinq sets, il en a joué mille et il sait se gérer. Quand on le voit sur certains matches capables de tenir de manière assez incroyable sur des échanges très longs et intenses, tu te dis que le problème n'est pas vraiment là."
Alexander Zverev est une machine au plan physique, mais il paie son attentisme. "A partir du moment où il sera plus agressif, il va moins subir, détaille encore 'La Clé'. Le problème, c'est qu'en acceptant de courir à droite à gauche, sur des rallyes à répétition, oui, il finit par se fatiguer. Donc il y a un lien entre les deux, mais pas comme il le dit. Si le mec accepte de jouer constamment des rallyes, alors oui, un moment donné, même le gars qui a le meilleur physique du monde va finir par craquer."
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La force de l'habitude, celle qu'il n'a pas

Pourtant, Zverev a identifié le problème. A plusieurs reprises ces derniers mois, y compris à Melbourne dans cette quinzaine, il a évoqué l'impérieuse nécessité pour lui de forcer sa nature pour forcer son destin, d'aller de l'avant. D'être a-gre-ssif. Alors, c'est quoi le problème ? La tête, docteur. Toujours la tête.
"Ce n'est qu'une question psychologique, selon Clément. Il en parle, il n'est pas bête et il sait exactement ce qui lui manque pour aller chercher cette dernière marche contre certains joueurs. Pour moi, il bloque un moment donné. C'est comme un cheval qui fait un refus d'obstacle. Il le voit, il sait qu'il faut le sauter, il sait qu'il peut le sauter mais il va s'arrêter devant. Et c'est ce qu'on a pu voir souvent avec lui."
La conscience du problème ne suffit donc pas à le régler. Peut-être parce que la chose n'est pas automatique chez le Hambourgeois. "Tu as beau le savoir qu'il faut contre ces meilleurs joueurs être plus agressif, si tu ne le fais pas constamment contre les autres, c'est un problème", relève encore l'ancien capitaine de Coupe Davis.
Il appuie sur ce point : "Si, au premier tour, au deuxième tour, etc. tu ne le fais pas, ça ne viendra pas comme ça quand tu vas jouer un Sinner, un Djokovic. Et ce que Zverev a fait dans cet Open d'Australie encore sur ses premiers tours, c'était un peu ça je trouve. Il est en mode 'de toute façon je vais gagner, j'ai de la marge en jouant comme ça, sans faire l'effort d'être constamment agressif. Je n'en ai pas besoin'." Il lui manquerait donc cette force de l'habitude, celle qui le mettrait en pilotage automatique. Être agressif quand il n'en a pas forcément besoin, pour l'être quand cela est indispensable.
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Parfois, il se jette à l'eau, comme sur le point si important à 5-5 dans le tie-break contre Djokovic. Là, Sascha Zverev a forcé sa nature profonde. Il en a récolté les fruits. "Mais on a vu quelques points dans la première manche où il faut y aller, l'agresser, aller à la volée et il n'y va pas, ou il y va, mais avec une hésitation", regrette Clément.
Un problème insoluble, vraiment ? L'Aixois le craint : "Sur les points encore plus importants, parce que la victoire ne sera pas loin, parce que le but sera presque là devant lui, qu'il peut le toucher, il faudra être encore plus agressif. Et si ce n'est pas automatique chez lui de le faire tout le temps, de se dire 'sur cette balle, j'y vais', à mon avis, il n'ira pas. Ou il ira mal, je pense. Et c'est un frein pour gagner un Grand Chelem."
Pourtant, il possède toutes les armes, toutes les cartes en main. Seul Sascha a la réponse aux maux de Zverev. Mais en l'état, c'est vrai, il n'a encore jamais montré qu'il pouvait imbriquer toutes les pièces du puzzle en même temps pour achever sa mission. Il n'est donc pas illégitime de douter.
"Je crois qu'il faut un concours de circonstances pour qu'il gagne un Grand Chelem, tranche Arnaud Clément. L'abandon en demie de Djokovic, c'est une de ces circonstances. Mais il faudra peut-être une autre circonstance en finale pour qu'il batte un Sinner. Ou il aurait fallu qu'un Shelton batte Sinner pour qu'il se retrouve face à un système de jeu qui pourrait beaucoup plus lui convenir." S'il reste ce qu'il a toujours été Zverev sera constamment près de la ligne d'arrivée. Sans jamais la franchir ? "Je le crains. Mais je peux me tromper." Réponse dimanche. Qui sait, Zverev est peut-être à changer.
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