Open d'Australie - Gaël Monfils tombeur de Taylor Fritz - Il est enfin devenu celui qu'il n'avait jamais été
Par Laurent Vergne
Publié 18/01/2025 à 09:20 GMT+1
Gaël Monfils est venu à bout de Taylor Fritz samedi en quatre sets (3-6, 7-5, 7-6, 6-4) sur la Rod Laver Arena. Au-delà de sa qualification pour les huitièmes de finale, le Français a surtout signé à 38 ans la victoire la plus significative de sa carrière en Grand Chelem face au numéro 4 mondial. Il a réussi là où il avait toujours calé. Il continue d'étonner et de se réinventer.
Monfils en "grande confiance" et "encore prêt à faire des dégâts"
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Gaël Monfils avait accompli beaucoup de choses dans sa carrière. Des titres, une 6e place en guise de meilleur classement, deux participations au Masters et, par-dessus tout, une façon bien à lui d'électriser les foules, de France et d'ailleurs, et même de susciter quelques vocations de par le monde. Il était un paquet cadeau, scintillant et aguicheur, mais aussi générateur de déceptions et de frustrations une fois ouvert. En y réfléchissant, si on vous demandait de citer une immense victoire de Monfils en Grand Chelem, vous auriez sans doute été bien ennuyé pour répondre.
Avec une dizaine de participations en quarts de finale dans les tournois majeurs et trois demies, son bilan majuscule est loin d'être négligeable. Mais pour atteindre ces hauteurs, au fil des années, il a surtout battu des joueurs qu'il devait battre, effacé des obstacles à sa portée. Des victoires épiques, il en compte quelques-unes (au hasard, citons son miracle contre Cuevas sur le Lenglen en 2015), mais le plus souvent contre des adversaires d'une envergure moindre que la sienne.
Federer 2014, la chance de sa vie
Posez-vous donc la question : quelle était la plus grande victoire de Gaël Monfils dans un tournoi majeur ? Cherchez bien. Il lui manquait ce succès d'envergure, cet exploit qui marque une carrière. Jo-Wilfried Tsonga a battu deux fois Federer (à Wimbledon et Roland-Garros) et il a dominé Nadal et Djokovic en Australie. Richard Gasquet a sorti Wawrinka à Wimbledon deux semaines après son titre à Roland-Garros. Il a dompté Ferrer à l'US Open alors que l'Espagnol était 4e mondial et finaliste à Roland-Garros trois mois plus tôt. Surtout, il a vaincu Andy Roddick à Wimbledon, après avoir été mené deux manches à rien, en 2007. Et Roddick, à Wimbledon, c'était quelque chose. Peut-être sa plus belle victoire, à seulement 21 ans.
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Monfils, comme on l'a toujours rêvé : Le grand format de son exploit face à Fritz
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Monfils, lui, n'avait rien à raconter qui ressemble de près ou de loin à ces succès-là. Oublions Tsonga. A l'échelle tricolore, il est, dans sa génération, au-dessus du lot. Prenons Gasquet, maintenant. Comme le Biterrois, Gaël avait dominé Roddick et Ferrer en Grand Chelem. A Roland-Garros, à chaque fois. Mais Roddick à Paris ou à Londres, ce n'était pas exactement la même chose. Quant à Ferrer, dont la Monf' a pris la mesure porte d'Auteuil à deux reprises en 2008 et 2011, il n'était pas encore sur la cime de sa trajectoire. Oui, il pointait au 5e rang en 2008, mais nous étions cinq ans avant sa finale à Paris. Le Ferrer tombeur de Tsonga en 2013 était d'une autre consistance. Le Fritz d'aujourd'hui aussi, avec son étiquette de finaliste majeur.
A un point près, tout eut été différent. En 2014, à l'US Open, Monfils avait livré un bijou de match contre Roger Federer dans la nuit new-yorkaise. Sur le Ashe, il avait été grand, l'égal d'un géant. Il avait mené deux sets zéro puis obtenu deux balles de match dans le 4e set. Avant de perdre. Evidemment, allait-on ajouter. La demie l'attendait. Contre Marin Cilic. Derrière, c'était Kei Nishikori en finale. C'était un Grand Chelem à part. A prendre. Cela n'aurait pas été simple. Mais ce n'était pas pour jouer Nadal ou Djokovic, comme ce fut le cas de Gasquet. "Je vais persévérer, ça le fera un jour", avait soufflé la Monf'.
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Monfils, 38 ans et inoxydable : "Le plaisir, c'est son carburant"
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Ce film, on pensait l'avoir déjà vu
En disant cela, il ne parlait pas tant du fait d'aller au bout dans un Grand Chelem que d'en claquer une belle, une grande, une vraie, comme il aurait pu le faire ce soir-là. Alors, si Taylor Fritz n'est pas estampillé Big 3 de la grande époque, loin de là, s'il n'aura jamais l'aura d'un Federer, il est devenu un gros poisson, comme Monfils n'en avait encore jamais pêché. Numéro 4 mondial. Gaël n'avait plus battu de Top 5 en Grand Chelem depuis 2008 (Ferrer, 5e).
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Monfils, perf XXL et danse pour fêter ça : sa balle de match contre Fritz
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L'Américain, sur les derniers mois, est peut-être même un peu plus haut que ce Top 4. Finaliste de l'US Open. Finaliste du Masters. Seulement stoppé, à chaque fois, par Jannik Sinner, la référence du moment. Voilà pourquoi la marche semblait trop haute pour le Parisien. Malgré son envie et sa forme du moment, il allait se fracasser sur son plafond de verre. Un numéro 4 mondial, en 16e de finale, cela ressemblait à la claque reçue en huitièmes contre Dominic Thiem à Roland-Garros en 2019, à son quart contre Berrettini en 2022 à Melbourne. Et tant d'autres.
Ce film, on pensait l'avoir déjà vu. On allait le revoir. Sauf à ce que Gaël Monfils devienne ce qu'il n'avait encore jamais été. En apparence, il n'a rien accompli dans cet Open d'Australie qui lui soit inconnu. Un huitième de finale en Grand Chelem, pour lui, c'est une forme de routine. C'est la 21e fois qu'il est en seconde semaine. Mais cette victoire contre Fritz, elle, possède en revanche un petit parfum d'inédit. Quand bien même il s'arrêterait là, et la chose n'est pas impossible vu son tableau, il nous semble qu'il a comblé une forme de manque samedi.
C'est peut-être cela, le plus savoureux dans sa victoire du jour. D'avoir réussi, à plus de 38 ans, à se réinventer, à surprendre. Ces choses-là ne devraient plus être de son âge. Mais Gaël Monfils n'a jamais été tout à fait comme les autres. Pour le meilleur, cette fois.
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Un tie-break modèle du genre : comment Monfils a pris un ascendant décisif face à Fritz
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