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Janowicz: "C'est comme dans un film!"

Janowicz: "C'est comme dans un film!"
Par Eurosport

Le 01/11/2012 à 19:16Mis à jour Le 01/11/2012 à 21:07

Décoiffant sur le court, touchant en dehors, Jerzy Janowicz, tombeur de Murray, vit un conte de fées cette semaine à Bercy. Ça n'a pas toujours été le cas...

La bérézina collective des grandes figures du circuit cette semaine à Bercy a beaucoup d'inconvénients. Mais elle aura eu, quoi qu'il arrive, une qualité: nous faire découvrir ce Jerzy Janowicz, totalement inconnu du grand public il y a encore quelques jours. Issu des qualifications, le Polonais a causé une énorme sensation jeudi en éliminant Andy Murray pour se hisser en quarts de finale. Il avait pointé le bout de sa raquette à Wimbledon, en atteignant le troisième tour avant de s'incliner 7-5 au cinquième set contre Florian Mayer. Mais rien ne laissait présager un tel parcours au POPB de la part d'un joueur qui, hors challengers et hors qualifications, n'avait gagné que quatre matches sur le grand circuit cette saison. C'est dire si son parcours parisien, avec des victoires face à Philipp Kohlschreiber, Marin Cilic et Andy Murray, soit deux membres du Top 20 plus le numéro trois mondial, constitue un petit tremblement de terre.

A vrai dire, l'intéressé lui-même est sidéré de ce qui lui arrive. Lorsqu'on lui demande comment il explique son niveau de performance à Bercy, il reste sans réponse. "Je ne sais pas, commence-t-il par dire. Il réfléchit, puis reprend, en élevant la voix non sans humour: "Je ne sais pas, je ne sais vraiment pas ! Je suis allé sur le court et puis j'ai décidé de servir des aces pendant le match, de faire des points gagnants, de faire des amorties." Le premier sous le choc de son parcours, c'est lui. "J'ai encore l'impression que dans quelques instants, je vais me réveiller et me rendre compte que ce n'est pas vrai, sourit-il. Je ne sais pas quoi dire, c'est difficile à décrire comme sentiment." Depuis quelques jours, son nom commençait pourtant à circuler. On évoquait ce jeune homme de bientôt 22 ans qui, en quatre matches (Tursunov et Serra en qualifications, avant Kohlschreiber et Cilic) n'avait pas concédé la moindre balle de break ! Tout le monde guettait donc avec un certain intérêt de le voir à l'oeuvre face à Murray. Mais de là à le voir s'imposer...

"J'ai toujours servi très fort et très vite"

Pour sa première sur le central (il avait évolué sur le petit court n°1 jusqu'ici), le public a découvert un joueur au double mètre doté d'une bonne main et d'une mobilité intéressante pour sa taille. "Il bouge très bien je trouve, confirme Andy Murray. Puis il est très imprévisible. Il frappe fort mais peut aussi vous sortir des amorties de n'importe où". Mais c'est avant tout l'exceptionnelle qualité de sa première balle qui a fait sensation. Janowicz a martyrisé le vainqueur de l'US Open, avec 22 aces et 83% de points gagnés derrière sa première. Il faut entendre le bruit provoqué par sa première balle, et le murmure mi-admiratif mi-impressionné qui, souvent, l'accompagne dans les travées... "J'ai toujours servi très fort et très vite, raconte-t-il. Dans un challenger, j'ai réussi à servir un service à 251 km/h mais les balles étaient un peu différentes. Cette balle n'est pas très lourde, ni rapide. C'était une Tretorn. J'aime bien les Tretorn. À Paris, ce n'est pas aussi facile de servir si vite parce que la balle est plus molle, légère. 230 km/h, cela va quand même." Oui, ça ira Jerzy.

Au-delà de la découverte d'un joueur, c'est aussi la révélation d'un jeune homme au parcours atypique. De ses parents, il aurait pu suivre la trajectoire sportive, puisqu'ils étaient tous deux volleyeurs professionnels. Il leur doit son double mètre. Ce sera finalement le tennis. "Je n'ai pas joué au volley-ball parce qu'ils ont terminé leur carrière alors que je n'étais pas encore né, explique-t-il. Mon père avait commencé à jouer au tennis en amateur, je le regardais jouer. C'est comme cela que j'ai commencé. Après, j'ai commencé à regarder le tennis à la télévision. Quand j'avais deux ans, je courrais déjà partout sur le court avec une raquette. J'ai même des photos. Je n'arrivais pas à taper une balle mais je tenais la raquette à la main tout le temps. Et voilà."

Au bord des larmes

Enfin, voilà, pas tout à fait. Parce que percer au point de devenir pro quand on vient de Pologne, c'est tout sauf évident. "J'ai toujours eu des problèmes à trouver des sponsors, toujours eu des problèmes d'argent, confirme Janowicz. On mesure mieux, alors, ce que représente cette semaine pour lui. Il ne vient pas seulement de signer un exploit sportif en battant Murray, il s'est donné de l'air financièrement. "Cette semaine est très importante pour moi, confirme-t-il, ça va me permettre d'avoir des sponsors, un peu d'aide. Ce sont mes parents qui m'aidaient toujours. Ils ont vendu leur magasin, un ou deux appartements. Ils ont décidé de tout miser pour m'aider autant que possible." Puis il évoque des "moments difficiles de sa vie". Mais, au bord des larmes, refuse d'en dire plus après un long silence. "Je n'ai pas tellement envie d'en parler. J'ai toujours eu des problèmes pour trouver des sponsors, je n'avais pas d'argent. Voilà ce sont seulement les problèmes dont je peux vous dire, il y en a d'autres." On n'en saura pas plus et ça n'a aucune importance.

Sur ces paroles, l'homme s'efface à nouveau derrière le joueur. Par pudeur. Il revient à son tournoi. "Je voudrais prendre deux jours pour réaliser tout ça, dit-il encore. J'ai encore du mal à y croire en fait. C'est comme dans un film ! Mais d'un côté, je dois y croire parce que vendredi, j'ai un autre match à jouer. Il va falloir que je sois prêt. Et quoi qu'il soit arrivé aujourd'hui, il va falloir demain que je fasse encore le travail." Un service qui décoiffe, des paroles qui rafraîchissent... Joueur comblé, jeune homme intrigant et touchant, Jerzy Janowicz est décidément en train de devenir le personnage de cette semaine parisienne pas comme les autres. Pour lui comme pour les ténors. Pour le meilleur et pour le pire.

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