Raphaël Collignon, le héros belge : "Pour moi, c'est fou d'être là, je suis encore comme un petit enfant parfois"

Eurosport sur Google

Raphaël Collignon. Retenez ce nom. En quelques semaines, le Belge vient de signer les deux premières grandes victoires de sa carrière, face à Casper Ruud à l'US Open puis en Coupe Davis contre Alex de Minaur. Désormais membre du Top 100, il peut sans aucun doute viser bien plus haut. Mais à 23 ans, il a encore "des étoiles dans les yeux". Interview découverte pleine de fraîcheur.

Raphaël Collignon

Crédit: Getty Images

Commencez-vous à redescendre un peu de votre nuage après l'épique victoire en Australie en Coupe Davis ?
Raphaël COLLIGNON : Un petit peu. J'ai repris l'entraînement, je me focalise sur d'autres objectifs qui arrivent, rester dans le Top 100 pour me qualifier pour le grand tableau en Australie, donc j'ai eu un peu le temps de redescendre. Mais il y a encore beaucoup de sollicitations médiatiques, on en parle beaucoup. Je sens qu'on me reconnait un peu plus au pays, on me demande des photos. C'est sympa, ça change.
Vous avez intégré le Top 100 cette année. Comment jugez-vous votre évolution ces dernières années ?
R.C. : J'ai toujours progressé, chaque année. J'ai commencé sur le circuit pro en 2021, j'ai fini 980e. En 2022, j'ai fait une très bonne année, je suis passé 280. En 2023, j'ai très bien joué les six premiers mois, je suis entré dans les 200, j'ai fait mes premières qualifs de Grand Chelem. Là, malheureusement, aux qualifs de Wimbledon, je me suis fait une fracture de fatigue au bras. J'ai essayé de revenir au bout de trois mois et je me suis fait le pied. Fracture de fatigue, encore. Donc je n'ai pas joué pendant six mois. Ça m'a un peu stoppé. Finalement, l'an dernier, j'ai fini 120. Donc j'ai bien évolué chaque année.
Votre récente victoire contre Casper Ruud à l'US Open a-t-elle constitué un vrai déclic pour vous ?
R.C. : Ce match-là m'a fait beaucoup de bien. Parce que je sais que je suis capable de produire un super tennis, je le fais tous les jours à l'entraînement, mais j'avais vraiment eu du mal à transmettre ça dans les matches, je n'arrivais pas à gérer cette pression. Les points, les tournois... Donc je ne montrais pas ce que je savais faire. Ce match-là m'a permis de prendre conscience que quand je me lâchais, j'étais capable de super bien jouer au tennis. C'est sûr qu'avoir une victoire référence comme ça dans un Grand Chelem, contre un joueur qui a été N°2, qui est 12, qui a fait finale à l'US, c'est important.
picture

Raphael Collignon - Casper Ruud - Les temps forts du match - US Open

Video credit: Eurosport

On imagine que cela vous a aidé, notamment avant d'affronter quelqu'un comme Alex de Minaur en Coupe Davis…
R.C. : Oui, parce que je me suis dis après ce match-là que tout pouvait arriver. Même si on est moins bien classé, même si on n'est pas favori, on peut ennuyer les mecs. Le match contre Ruud m'a permis de croire un peu plus en mes chances.
Vous étiez confiant avant de jouer De Minaur ?
R.C. : Je dois avouer que quand j'ai su que j'allais jouer Alex, à Sydney, dans sa ville, dans un stade de 10 000 personnes… Quand j'ai entendu le bruit, l'ovation des fans australiens quand le speaker a dit son nom, je me suis dit 'Je dois jouer dans 5 minutes contre lui, dans ce chaudron-là, j'espère que je ne vais pas être ridicule.'
Vous n'avez tellement pas été ridicule que vous l'avez battu…
R.C. : La chance que j'ai eue, c'est que je suis quelqu'un qui adore jouer du fond, qui est très physique du fond. Alex, c'est un super joueur de tennis, il n'est pas top 10 pour rien, mais il ne va pas me mettre à quatre mètres de la balle. Donc il y avait beaucoup de rallyes au tout début et ça m'a détendu de pouvoir me dire 'Il ne joue pas non plus super vite, j'ai le temps de jouer, de bien m'appuyer dans mes frappes'. Je gagne le premier set en une heure et demie. Là, évidemment, tu y crois. Après, j'ai eu des crampes au début du troisième et j'ai vraiment tout lâché. J'étais obligé d'avancer, de ne pas le laisser jouer, sinon j'étais mort. C'était un peu un holdup. Mais un très beau hold-up.
Est-ce votre plus belle ? Plus encore que celle contre Ruud ?
R.C. : Alex, il est toujours au rendez-vous. Toujours en quarts de finale de Grand Chelem. Il gagne Washington. Il va loin dans les Masters 1000. C'est vraiment un Top 10 à l'heure actuelle. Donc c'est une magnifique victoire. Ma plus belle, oui. Bien sûr, battre Casper Ruud à l'US, c'est exceptionnel, je n'aurais jamais cru que je pouvais gagner, mais il avait été blessé à Wimbledon, il revenait, ce n'était pas Casper Ruud dans sa grande forme. Alex, c'est un joueur qui sort d'un quart à l'US Open, puis c'est chez lui, à Sydney. C'est mon plus beau souvenir, ma plus belle victoire.
Pour moi, ça représente beaucoup, la Coupe Davis
C'était moins clinquant, on en a moins parlé mais votre victoire contre Aleksandar Vukic dans le match décisif, alors que vous étiez très attendu et davantage sous pression, n'est-ce pas au moins aussi fort pour vous ?
R.C. : Emotionnellement, c'était beaucoup plus dur à gérer, c'est vrai. Vukic, c'est un très bon joueur, mais si on compare à De Minaur, c'est beaucoup moins fort quand même. On était à 2-0 après la première journée, on avait deux chances de gagner la rencontre. J'étais dans le vestiaire, on mène 7-6, 3-3, 0-40. Là, il y a Joran (Vliegen, NDLR) qui a vraiment un penalty en coup droit pour tuer la rencontre, pour servir à 4-3. C'était comme une balle de match. J'étais en train de danser avec Zizou dans le vestiaire, je me suis dit 'C'est bon, on ne va pas jouer, c'est bon, on va gagner !'
Résultat, vous avez dû jouer ce 5e match…
R.C. : Après le double, je me suis vraiment mis en condition que j'allais devoir jouer. Pas parce que je ne croyais pas en Zizou, mais je ne voyais pas De Minaur se faire surprendre une deuxième fois. Donc je me suis vraiment conditionné. J'avais mal aux jambes, je n'étais pas super bien physiquement, je perds le premier 7-6 en ayant 3 balles de set… Mais je suis vraiment fier de la manière dont j'ai su me relever mentalement. Finir en boulet de canon comme ça, c'était incroyable. Évidemment, contre De Minaur, j'avais la pression de jouer dans un si grand stade en Australie, mais si je perdais, c'était normal. Là, avec l'exploit que j'avais fait la veille, j'avais vraiment beaucoup plus à perdre. Je pense aussi que d'avoir Steve sur la chaise, ça m'a beaucoup aidé.
Quel est votre rapport justement avec Steve Darcis ? Il est non seulement votre capitaine en Coupe Davis, mais aussi votre entraîneur.
R.C. : Ça fait 5 ans qu'on travaille ensemble. Il a arrêté en 2020 et après, il a été engagé par la Fédération, là où je m'entraîne depuis que je suis tout petit. J'ai vraiment eu beaucoup de chance que la Fédération me le mette à disposition parce que, quelqu'un de ce standing-là, c'est très difficile de l'avoir. Avec lui, je suis entré dans le Top 100, et si je n'ai pas été le plus précoce, je n'ai quand même pas trop tardé. C'est vraiment en grande partie grâce à lui. Il a une légitimité, une exigence énorme et, quand il parle, tu n'as qu'une envie, c'est d'écouter.
picture

Steve Darcis, le capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis.

Crédit: Getty Images

Vous étiez adolescent quand la Belgique a disputé ses deux finales en 2015 et 2017. Quels sont vos souvenirs et quel est votre rapport à la Coupe Davis ?
R.C. : J'étais au stade pendant la finale en 2017 (contre la France à Lille, NDLR). Je suis fan de la compet'. Je n'ai pas raté une rencontre dans mon pays depuis tout jeune et j'ai toujours rêvé de pouvoir la jouer. Mes idoles de l'équipe de Coupe Davis, ils sont à la tête de l'équipe maintenant. Steve bien sûr ,mais aussi Ruben Bemelmans, qui est vice-capitaine. C'étaient les mecs que je regardais. Pour moi, ça représente beaucoup, la Coupe Davis. Ça représente tout. Je suis un vrai patriote, j'adore jouer en équipe, j'adore jouer pour mon pays. Je vis un rêve.
Quand l'épreuve a fait sa révolution après 2018, l'avez-vous regretté ? Vous êtes-vous dit que vous ne pourriez jamais vivre ces moments-là ?
R.C. : Je suis quelqu'un qui ne se projette pas beaucoup. Je prends les choses petit à petit. J'avais 16 ans. Or j'ai vraiment pris conscience que ça allait devenir mon métier il y a très peu de temps en fait. On est pris dans un engrenage depuis tellement jeune que le tennis vient naturellement à toi. Mais je ne me disais pas à 10 ans 'Papa, j'ai envie d'être pro'.
Vous ne vous rendiez pas compte que vous aviez cette ambition ?
R.C. : Tu t'entraînes très jeune, tu es pris en charge par la Fédération, tu pars en tournoi… Tu commences à te rendre compte que t'es plus ou moins bon, t'es dans les meilleurs de ton pays et puis tu gravis un peu les étapes. Et puis après, quand tu commences à jouer les Grands Chelems juniors, quand tu commences à grimper au classement ATP, c'est là que tu te dis 'Ah oui, peut-être que je vais pouvoir faire une carrière'. Moi, c'est venu il y a très peu de temps. Donc à 16 ans, je n'ai vraiment pas réfléchi à ça. C'était tellement loin pour moi.
Ça fait des années qu'on se fait chamailler tout le temps par les Français
La Coupe Davis semble retrouver un peu d'allant avec les ajustements apportés cette année, ce deuxième tour en domicile/extérieur en septembre, la fin de ces phases de poules… Est-ce aussi votre avis en tant que joueur ?
R.C. : Je suis très content qu'ils aient changé la version, avec les deux "home-away". Au moins, tu as quand même deux rencontres qui rappellent l'ancien format. Parce que c'est vraiment ça, les ambiances et les week-ends de Coupe Davis. Avoir un pays qui joue devant son public dans un stade plein. Ce n'est pas d'être réparti dans différentes villes où si tu ne joues pas le pays organisateur, il n'y a personne. C'est ce qu'on a vécu à Bologne l'année passée, contre la Hollande et le Brésil. Il n'y avait vraiment personne, alors que quand on a joué le vendredi contre l'Italie, c'était complet. Si tu as un stade rempli, ça change quand même la donne. Et c'est sûr que ça fait plaisir de retrouver la Coupe Davis comme ça.
Vous allez retourner à Bologne au mois de novembre pour le Final 8. Vous affronterez la France en quarts de finale. Ce n'est pas le pire tirage pour vous, a priori…
R.C. :  Ça aurait pu être pire, oui. Quand on regarde les têtes de série, il y a l'Italie qui est, sur le papier, vraiment au-dessus des autres, donc on voulait absolument l'éviter. Après, tu as la Tchéquie, avec Lehecka, Machac et Mensik, c'est très fort. Donc les deux têtes de série un peu plus abordables, c'était l'Allemagne et la France. Notre meilleur choix, c'était l'Allemagne parce que l'équipe de France, on ne sait jamais, ça dépend. Ils ont des blessés, mais ils ont un vivier énorme et ils peuvent aligner une grosse équipe. Donc c'était vraiment l'Allemagne qu'on voulait jouer, nous. La France, c'est un tirage qui est qui est abordable, même si on n'est clairement pas favori, ça c'est sûr.
picture

Raphaël Collignon

Crédit: Getty Images

Il y aura une petite revanche à prendre pour les Belges et notamment pour votre capitaine…
R.C. : Il y a passif entre les deux pays en Coupe Davis depuis 2017 (rires). Ça fait des années qu'on se fait chamailler tout le temps par les Français. Il y a eu la Coupe du monde en 2018 aussi (en football), on a juste envie un petit peu de les chamailler nous aussi, en retour, donc on va être vraiment motivé pour celle-là. Mais ça va être chouette, on connaît tous les gars qui sont en face, les capitaines se connaissent super bien, ça va être vraiment une belle rencontre de Coupe Davis je pense.
Y a-t-il des joueurs français qui vous ont marqué en grandissant ?
R.C. : Oui, évidemment. Les quatre mousquetaires, Monfils, Gasquet, Simon, Tsonga… C'est vraiment des gars qui étaient au sommet pendant que j'étais en train de grandir. Après, ils n'ont pas eu de chance parce qu'ils sont tombés dans la période avec les monstres, avec Nadal, Djoko, Federer. Mais ce qu'ils ont fait, c'est énorme. Ces personnes-là m'ont inspiré, J'ai eu la chance d'ailleurs de taper avec Gaël à l'US cette année. Je me dis 'C'est incroyable, quoi, je le regardais à la télé'. C'est vraiment une grande star de notre sport et après tu te rends compte que ces mecs sont super sympas, tu passes des bons moments avec eux, c'est top.
Est-ce que vous avez encore un peu ce côté avec les yeux grands ouverts qui cherche à réaliser qu'il fait à son tour partie de ce monde, ou vous avez franchi ce pas ?
R.C. : Je suis quand même encore comme un petit enfant parfois, parce que là, je suis en train de découvrir. J'ai fait mes premiers tableaux de Grand Chelem cette année, première victoire en Coupe Davis, je vis plein de choses qui sont nouvelles, donc je ne peux pas faire faire semblant. Évidemment que j'ai des étoiles dans les yeux quand je découvre le site des Grands Chelems. J'avais toujours vu ça à travers mon écran. De pouvoir être dans les allées, dans les vestiaires moi-même, ça me fait quelque chose. Peu importe, même si tu deviens très fort, je crois que tu auras toujours ça. Pour moi, c'est fou d'être là, donc je ne vais pas le cacher, j'adore ça. Là, je commence à un peu mieux le gérer. Tu es un peu obligé, tu ne peux pas toujours être comme un petit enfant, tu dois quand même être concentré sur ce que tu dois faire, c'est un travail. C'est ce que je j'apprends.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité