Roland-Garros 2026 - Mats Wilander parle de Monfils : "Gaël aurait dû gagner Roland-Garros"
Par Laurent Vergne
Mis à jour 25/05/2026 à 19:14 GMT+2
Encore un départ qui file un coup de vieux et va laisser un sacré vide. Gaël Monfils, opposé à Hugo Gaston lundi au premier tour, s'apprête à jouer son 19e et dernier Roland-Garros. À défaut de titre, ou même de finale, le Français aura été un générateur de souvenirs. Pour Mats Wilander, peut-être Monfils aurait-il pu aller soulever la coupe des Mousquetaires.
Bahrami : "Pour moi, Monfils était le seul joueur qui pouvait gagner Roland-Garros"
Video credit: Eurosport
Mats Wilander conservera toujours un lien particulier avec Roland-Garros et le tennis français. Parce qu'il est né en tant que champion ici, un jour de 1982, décrochant le premier de ses sept titres du Grand Chelem à seulement 17 ans et une poignée de mois. Parce que, un an plus tard, cette fois dans la peau du finaliste vaincu, il était le témoin privilégié du sacre de Yannick Noah, dont il allait devenir proche. Il ne lui en a jamais vraiment voulu de l'avoir privé du doublé, tant il aura été heureux de prendre part, à sa façon, à cette page d'histoire.
- Suivez le Giro 2026 en exclusivité sur Eurosport et HBO Max !
- "Mon Gaël à moi" : Notre série complète
Depuis, la France n'a toujours pas trouvé de successeur à Noah (chez les hommes, Mary Pierce ayant été couronnée chez les femmes en l'an 2000). Wilander, lui, est resté attaché à Roland-Garros, bien évidemment. Il aimerait vivre, même par procuration plus lointaine, une nouvelle victoire d'un Bleu porte d'Auteuil, histoire de retrouver les effluves de sa jeunesse. La génération dite des "Mousquetaires" n'aura pas été en mesure d'atteindre de tels sommets. Jo-Wilfried Tsonga a atteint à deux reprises les demi-finales, en 2013 et 2015. Gaël Monfils l'avait précédé dès 2008. Il n'avait que 21 ans, il incarnait déjà le présent, mais constituait plus encore une promesse d'avenir.
2008, faux-semblant et maldonne
À l'heure de la der des ders, la "Monf'" va offrir un dernier tour de piste. Comme tout le monde, Mats Wilander a beaucoup aimé Monfils. Le joueur et le mec. Alors, comme tout le monde, le consultant d'Eurosport éprouve une pointe de nostalgie. "L'émotion qui nous envahira lors des adieux à Gaël Monfils sera donc bien réelle", assure-t-il. Pour des raisons évidentes, il ne peut s'empêcher de tisser un fil entre Noah et Monfils, par-delà les époques : "J'étais évidemment présent lors de la victoire de Yannick Noah en 1983, et on ne peut s'empêcher de comparer l'amour que le public portait à Gaël Monfils à celui qu'il portait à Yannick Noah. C'était très similaire. Tous deux étaient des joueurs spectaculaires, avec un style de jeu unique sur terre battue."
Il y a tout ce qui les unit, et ce qui les séparera pour l'éternité, que Wilander résume d'une implacable évidence : "Tous les deux pouvaient gagner Roland-Garros. Yannick y est parvenu. Gaël, non." Ou plutôt si, mais chez les juniors, en 2003, l'année de son Petit Chelem dans cette catégorie. Cinq ans plus tard, il déboulait donc dans le dernier carré sur la terre battue parisienne. C'était quatre mois après la finale de Jo-Wilfried Tsonga à l'Open d'Australie. L'année précédente, Richard Gasquet s'était lui aussi hissé en demie à Wimbledon, en sortant notamment Andy Roddick. Le tennis français était jeune, pétillant et déjà très fort.
Mais pour Monfils comme pour d'autres, ces premiers bourgeons auront eu valeur de point culminant, en tout cas en matière de performance en Grand Chelem. Aux yeux de Mats Wilander, ce Roland-Garros 2008 a même d'une certaine manière fait office de maldonne pour le Parisien. "En 2008, je me souviens que tous mes amis français me disaient : 'Gaël Monfils va gagner Roland-Garros !' Je les prenais pour des fous, sourit aujourd'hui le Suédois. Il a perdu contre Federer en demi-finale." Derrière, il y aurait de toute façon eu Rafael Nadal, intouchable, invincible, qui allait réduire Federer himself au rang de sparring-partner niveau 15/4 lors d’une finale en forme de boucherie. Monfils n’y aurait pas résisté.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/01/20/image-04615a01-8a5b-4f53-afb7-18ac62cd13e7-85-2560-1440.png)
Monfils : "Jouer fatigué, j'ai fait ça toute ma vie"
Video credit: Eurosport
Les souvenirs liés à Gaël Monfils resteront à jamais gravés dans ma mémoire
Sauf que le désir de revivre une aventure à la Noah 25 ans plus tard avait décuplé les habituelles enflammades printanières. La faculté de Monfils à irriguer l'enthousiasme dans les veines de la foule avait fait le reste. "À l'époque, reprend Wilander, on ne savait pas vraiment de quoi Gaël Monfils était capable, si ce n'est que son niveau était incroyable. Conséquence, je pense que les attentes placées en lui concernant Roland-Garros ont parfois injustes par la suite." Et excessives. La fameuse maldonne. Cela appelait un après, qui jamais ne vint. Deux quarts de finale supplémentaires (2009, 2014), puis rideau.
Alors, l'histoire de Monfils à Roland-Garros est-elle celle d'une histoire d'amour qui, sans finir mal, ne se termine pas aussi bien qu'espérée ? Faut-il parler de regrets ? Voire d'échec ? "Gaël aurait dû gagner Roland-Garros une année", tranche le triple vainqueur du tournoi, avant de tempérer aussitôt : "Cela ne signifie pas pour autant qu'il a déçu, car je pense que Gaël jouait sous une pression énorme à Roland-Garros, et il l'a plutôt gérée avec brio."
À défaut d'assouvir des ambitions peut-être un peu trop grandes pour lui, celui qui, au plus haut, a atteint la 6e place mondiale, a suscité de l'espoir et offert, à sa manière, de la joie. Ce n'est pas si mal. "J'admire sa réussite précoce et la façon dont il a su toucher le public français au fil des ans, Ce n'est pas une année précise que je retiendrai, à part 2008, mais on a toujours dit : 'Gaël a une chance, Gaël Monfils peut gagner Roland-Garros.'" Son charisme, son côté spectaculaire, et certains matches inoubliables, épique, tel est son legs. Il n'est pas interdit de penser que ce n'est pas assez. Il est aussi possible de voir le verre à moitié plein. C'est le cas de Mats Wilander quand il promet que "les souvenirs liés à Gaël Monfils resteront à jamais gravés dans ma (sa) mémoire."
Sur le même sujet
Publicité
Publicité