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L'œil de Roland : Il y avait bien une Guga dans la salle, elle s'appelait Jelena

L'œil de Roland : Il y avait bien une Guga dans la salle, elle s'appelait Jelena

Le 10/06/2017 à 19:34Mis à jour Le 10/06/2017 à 22:29

ROLAND-GARROS 2017 – Si le tableau messieurs a été verrouillé une fois de plus par les habituels ténors du circuit et plus encore du Grand Chelem, le tournoi féminin a consacré samedi une jeune femme de 20 ans totalement inconnue il y a 15 jours. L'avènement de Jelena Ostapenko n'est pas sans rappeler celui d'un certain Gustavo Kuerten voilà tout juste 20 ans.

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Comme lui, elle était totalement inconnue du grand public avant le début du tournoi. Rien, dans ses résultats récents comme dans son petit passé à Roland-Garros, où elle n'avait jamais gagné un match, que ce soit en juniors, en qualifications ou dans le grand tableau, ne permettaient d'envisager de près ou de loin une telle consécration. Les rapprochements ne manquent pas entre Guga et sa lointaine petite sœur lettone. L'âge (20 ans), le classement anodin (47e pour elle, 66e pour lui), l'absence totale de palmarès avant de débouler à Paris, et cette forme d'insousciance qui caractérise la jeunesse.

Le parcours de Gustavo Kuerten possédait certes une envergure supplémentaire, puisqu'il avait dominé notamment Evgueni Kafelnikov, tenant du titre, et Sergi Bruguera, double lauréat du tournoi. Ostapenko n'a pas un tableau de chasse aussi impressionnant à présenter. Mais quelle importance ? Elle aura bel et bien été à cette édition 2017 ce que fut Kuerten à 1997 ou Michael Chang à 1989, même si l'Américain, plus jeune vainqueur qu’eux, était paradoxalement déjà plus connu et plus installé.

Deux choses frappent particulièrement chez Jelena Ostapenko : son jeu et son caractère. La combinaison de ces deux éléments l'a amené jusqu'au sommet samedi. Avec cette jeune femme, la prise de risques maximale et permanente est une sorte de leitmotiv, presque d’être sur le court. Elle frappe sur tout ce qui bouge. Coup droit, revers, retours. A fond, tout le temps. Cela donne un cocktail détonnant, pas très rationnel et ô combien dangereux, à la fois pour elle et pour l'adversaire. La finale face à Simona Halep aura à ce titre parfaitement résumé la quinzaine de le protégée d'Anabel Medina Garrigues : 54 coups gagnants, 54 fautes directes. Des proportions rarissimes dans le tennis féminin. Ce côté "ça passe ou ça casse" donne tout son sel à la joueuse balte.

Contre Halep, longtemps, ça a cassé. Lorsqu'elle s'est retrouvée menée 6-4, 3-0, elle avait alors commis 14 fautes de plus que de coups gagnants. Il faut quand même une sacrée caboche quand, si jeune, dans un match d'une telle importance, vous parvenez à ne pas sombrer quand l'affaire est à ce point mal engagée. Mais sa force, c'est de ne pas quitter sa ligne de conduite. De toute façon, elle n'a pas de plan B. Alors, autant appliquer le A jusqu'au bout.

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Ce qui m'a fasciné chez Ostapenko samedi, c'est qu'elle a joué de la même façon à 6-4, 3-0 contre elle qu'au moment de la balle de match, où elle a sorti un énième parpaing de sa raquette en revers long de ligne. Insouciance, inconscience peut-être, même, appelez cela comme vous voudrez, mais dans un tel contexte, quel atout magistral !

Son jeu brut de décoffrage et sa personnalité à l'unisson ont en tout cas séduit le public parisien, qui l'a porté avec une réelle ferveur samedi. Comme Guga avant elle. Il est un peu tôt pour savoir si cette tornade peut souffler durablement sur le tennis féminin ou si son sacre tournera au "one shot", fut-il mémorable. Trop tôt pour prédire si elle peut conquérir plus amplement le palmarès de Roland-Garros, et son cœur, tel Kuerten avant elle. Il sera temps de reparler de tout ça.

En attendant, Jelena Ostapenko a donné à ce tournoi féminin décapité pour des raisons diverses par ses principales stars une raison non pas d'être, mais de demeurer et, pour cela, elle doit être remerciée. Elle qui est née le 8 juin 1997, le jour même de la tonitruante victoire de Gustavo Kuerten (quel clin d'oeil, quand même…), aura été "guguesque", jusqu'au bout.

Simona Halep et Jelena Ostapenko

Simona Halep et Jelena Ostapenko Getty Images

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