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Nadal : "Beaucoup de gens travaillent aussi dur que moi et n'ont pas ma chance"

Nadal : "Beaucoup de gens travaillent aussi dur que moi et n'ont pas ma chance"

Le 11/06/2018 à 09:21Mis à jour Le 11/06/2018 à 09:29

ROLAND-GARROS 2018 – Rafael Nadal a encore repoussé ses propres limites en décrochant son 11e titre sur la terre battue parisienne. Il n'ignore pas que ses accomplissements ne sont pas vraiment dans la norme, mais il ne veut pas s'attacher aux chiffres. En fait, Nadal s'estime surtout très chanceux de pouvoir vivre tout ça.

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Rafael Nadal n'aime pas les chiffres. Ce n'est pas son truc. Il n'est pas spécialement non plus un homme de paroles. Alors, mettre des mots sur ses délirantes statistiques n'est pas l'exercice qu'il affectionne le plus. Mais de quoi peut-on bien parler d'autre à un homme qui vient de remporter Roland-Garros pour la onzième fois ? Cinq titres de plus que Borg. Huit de plus que Lendl ou Wilander. Parce que cela dépasse presque notre entendement, on cherche à comprendre. "Gagner onze fois ici, c'est... beaucoup", dit-il comme une évidence. Imparable.

Il le sait, Nadal, que c'est énorme, gigantesque. Que ça le place dans une dimension à part. Il n'aime pas admettre ce genre de choses, mais il ne peut qu'en convenir. "Ce que je pense de ces 11 titres ? s'interroge-t-il. Probablement la même chose que vous. Je n'aime pas beaucoup dire ça, mais c'est vraiment unique, quelque chose dont vous ne pouvez même pas rêver. Mais c'est arrivé et je ne peux que remercier la vie de m'avoir offert ça." On lui rétorquerait bien que la vie, comme la chance, n'a pas grand-chose à voir avec tout ça, mais il n'en démord pas : "beaucoup de gens travaillent aussi dur que moi et n'ont pas ma chance."

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" Je suis arrivé sur terre battue avec beaucoup de doutes"

Son bonheur à lui n'est donc pas dans l'accumulation des trophées, mais dans la quête de chacun d'entre eux. Il sourit quand on lui parle de ces onze Roland-Garros car, pour lui, il vient d'en gagner un. Celui de 2018. "Laissez-moi le savourer", implore le Majorquin. S'il profite de chacun, c'est peut-être parce que, comme il aime le rappeler, et contrairement à ce que son CV pourrait laisser penser, tout n'a pas été qu'un long fleuve tranquille. "C'est vrai que dans ma carrière, j'ai accompli bien plus que je n'aurais pu rêver. Mais j'ai aussi connu des moments difficiles, rappelle-t-il. J'ai eu beaucoup de blessures."

Surtout ces dernières années, chaque grand titre lui apparait donc comme une sorte de bonus, et ce Roland-Garros 2018 tout particulièrement. Car pendant six mois, Nadal a galéré. Sa fin de saison 2017 et plus encore le premier trimestre 2018 ont été gâchés par des blessures. "En Australie, par exemple, j'avais l'impression d'être en bonne position pour me battre pour le titre, dit-il. Mais j'ai dû me retirer contre Cilic [en quart de finale, NDLR]. Puis à Acapulco, pareil. Je n'ai pas pu jouer à Indian Wells et Miami. Je suis arrivé sur terre battue avec beaucoup de doutes." Tout ça parait loin tant il a gloutonné le printemps terrien comme si de rien n'était.

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Les souvenirs plus que les chiffres

Voilà pourquoi même si, vu de l'extérieur, ce onzième titre n'a pas la même signification symbolique que la quête de l'historique decima, pour Rafael Nadal, il constitue "un moment très spécial." Voilà pourquoi il a craqué "à la Federer" après la finale lors de la cérémonie protocolaire. "Au total, je n'avais pas joué un tournoi entier pendant cinq mois, depuis Shanghai. Ça fait beaucoup. Alors gagner à Monte-Carlo, Barcelone, Rome et évidemment encore plus ici à Paris, c'est vraiment incroyable. J'avais tout ça en tête, et quand le public m'a acclamé lors de la remise du trophée, c'était un moment très émouvant, difficile à décrire."

Aux chiffres, il préfèrera toujours ces moments. "Les souvenirs sont éternels et j'ai la chance d'avoir beaucoup de souvenirs incroyables dans ce tournoi", admet le numéro un mondial. Et pas seulement sur le court. Pas seulement via ces victoires. Roland-Garros, c'est sa maison et il y revient comme on rentre chez soi. "Ce ne sont pas seulement les titres et les victoires, assure Rafa. Depuis la première fois que je suis venu ici, je prends plaisir à voir les gens qui travaillent à Roland-Garros. Les hommes et les femmes qui sont là, je suis content de les voir chaque jour. Je me sens proche d'eux."

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Pas de chasse au Roger

Reparlons chiffres, quand même, au risque de le chiffonner. Et maintenant ? 11 titres à Roland. 17 titres majeurs cumulés. Depuis un an, avec Roger Federer, ils ont tout trusté. Trois Majeurs chacun. De 17-14, ils sont passés à 20-17. Mais cette course-là, vous l'aurez deviné, ne le passionne pas. "Je n'ai jamais été dingue de ce genre de trucs, balaie-t-il. Bien sûr, je serais heureux d'avoir 20 titres comme Roger dans le futur, ou même encore davantage, mais pour être honnête, ce n'est pas dans mon esprit. 17, c'est déjà incroyable et je me sens chanceux d'avoir pu vivre tout ça."

Ne comptez donc pas sur lui pour compter, et encore moins pour se comparer à Federer. "Si vous êtes dans cet état d'esprit-là, vous pouvez vous frustrer. Il y aura toujours quelqu'un qui aura plus d'argent que vous, ou quelqu'un avec une plus grande maison, ou plus de titres du Grand Chelem, c'est pareil, c'est la même chose, explique-t-il. Je ne veux pas vivre comme ça. Il faut suivre son chemin, et être heureux de ce qu'on a." Le tout dit avec la Coupe des Mousquetaires posé devant lui. Sa Coupe des Mousquetaires. Il aurait mauvaise grâce à ne pas être heureux de ce qu'il a, le Rafa.

Rafael Nadal, le trophée de Roland-Garros dans les bras.

Rafael Nadal, le trophée de Roland-Garros dans les bras.Getty Images

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