Improbable, Cecchinatto ? Oui, mais il n'est pas le premier

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ROLAND-GARROS 2018 - Personne n'attendait Marco Cecchinato en demi-finale à Paris. Même pas l'intéressé lui-même. Mais le Grand Chelem réserve parfois des destins de conte de fées. Roland-Garros, notamment. La preuve avec ces cinq surprises colossales. Beaucoup, malheureusement, ont été sans lendemain. Le réveil est souvent difficile pour les Cendrillons du Grand Chelem.

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Crédit: Eurosport

Marco Cecchinato en demi-finales de Roland-Garros, voilà qui valait une gigantesque cote il y a dix jours. L'Italien, rappelons-le, n'avait encore jamais remporté le moindre match en Grand Chelem avant de briller de mille feux dans cette édition 2018. Mais il n'est pas le premier à sortir de nulle part pour vivre une quinzaine de rêve sur la terre battue de la Porte d'Auteuil. La preuve avec ces quelques exemples dans l'ère Open.

Christophe Roger-Vasselin (Demi-finaliste - 1983)

A l'époque, il était... Plus tout à fait un perdreau de l'année puisqu'il allait fêter ses 26 ans. Christophe Roger-Vasselin, 139e mondial, dispute alors son huitième Roland-Garros, où il n'a atteint qu'une fois le troisième tour. C'est son meilleur résultat en Grand Chelem. Surtout, lors des huit mois précédant ce Roland-Garros 1983, il n'a remporté qu'un seul match en huit tournois. C'est dire s'il n'est pas attendu...
Son tournoi : Son accession aux quarts de finale (en battant Heinz Gunthartd en cinq sets après avoir été mené deux manches à rien) était déjà un exploit colossal, mais c'est évidemment son succès face à Jimmy Connors pour accéder au dernier carré qui va frapper les esprits. CRV rend complètement dingue Jimbo, alors numéro un mondial, et le plie en trois sets (6-4, 6-4, 7-6). Le public parisien le connaissait si peu que certains lancent des "Allez Roger", pensant que c'était son prénom. 35 ans plus tard, plus aucun Français n'a battu un numéro mondial à Roland-Garros. Au tour suivant, il s'effondra face à Yannick Noah, qui lui colle deux 6-0 dans la seule demie 100% française à Paris dans l'ère Open.
Et après ? Pour Christophe Roger-Vasselin, ce sera la double peine. D'abord parce que son tournoi, aussi formidable fut-il, reste éclipsé par le sacre de Yannick Noah. Ensuite parce qu'il ne confirmera pas cette performance. Son succès contre Connors restera le dernier de sa carrière en Grand Chelem et le papa d'Edouard prendra sa retraite en 1985, à l'âge de 28 ans.

Mikael Pernfors (1986 - Finaliste)

A l'époque, il était... Inconnu du grand public, et avec quatre Suédois dans le Top 10 mondial (Wilander, Edberg, Nystrom, Jarryd), difficile de se faire une place au soleil de la Baltique. Mais il commence à pointer le bout du nez. Quand il arrive à Paris, Mikael Pernfors est 27e à l'ATP. Mais à 22 ans, ce n'est que son troisième tournoi du Grand Chelem et il a été sorti au premier tour les deux premières fois. Quant à sa préparation sur terre en ce printemps 1986, elle a été sommaire : en Europe, il ne s'aligne qu'à Nice et Monte-Carlo, pour deux défaites d'entrée.
Son tournoi : Sa place en finale, Pernfors va se la tailler au gré d'un parcours fantastique. Il commence par sortir Edberg au 2e tour. Même s'il est encore allergique à la terre à l'époque, c'est un match qui le débloque psychologiquement. En huitièmes, il éliminé l'Argentin Martin Jaite, grand spécialiste de la terre battue et 15e mondial. Puis c'est au tour de Becker en quarts et d'Henri Leconte en demie de tomber. Fait saillant, contre Edberg, Becker et Leconte, Pernfors a perdu le premier set, affichant une résilience certaine. Tout Roland-Garros se prend d'affection pour ce trublion sympathique. Sauf qu'en finale, Ivan Lendl n'a pas envie de rigoler : 6-3, 6-4, 6-2.
Et après ? Propulsé aux portes du Top 15 après sa finale, il atteindra furtivement le Top 10 en septembre 1986 après un huitième à Wimbledon et une demie à Cincinnati. Mais Roland-Garros restera globalement sans lendemain. Pernfors ne gagnera d'ailleurs plus un seul match à Paris après 1986...

Gustavo Kuerten (Vainqueur - 1997)

A l'époque il était... Un jeune Brésilien de 20 ans montant tranquillement dans la hiérarchie. Après avoir fait ses gammes dans les challengers en 1996, il intègre le Top 100. Mais il peine à faire du bruit sur le circuit principal et après une campagne européenne sur terre décevante en 1997, il décide de rentrer au Brésil avant Roland-Garros pour disputer un challenger à Curitiba. Bien lui en prend. Il s'y impose et débarque à Paris regonflé. Il est alors 66e mondial, soit, pour beaucoup, un anonyme du circuit parmi d'autres.
Son tournoi : Exceptionnel. Avec un enchainement dantesque : en 16es, huitièmes et quarts, Gustavo Kuerten remporte trois matches en cinq sets consécutivement. Il est le seul vainqueur de Roland-Garros dans l'ère Open avec trois succès en cinq sets dans la quinzaine. Plus formidable encore, ses trois victimes sont Thomas Muster, vainqueur en 1995, Andrei Medvedev, puis Evgueni Kafelnikov, numéro 3 mondial. Le Brésilien écarte l'autre sensation du tournoi, Filip Dewulf, dans une des demies les plus improbables de l'histoire. Kuerten parachève son œuvre en balayant en trois sets Sergi Bruguera, qui briguait une troisième couronne à Paris.
Et après ? Guga est un cas à part dans cette liste. Il est le seul dont l'exploit a constitué un tremplin et le début de quelque chose de grand, non un sommet impliquant une rapide redescente sur terre. Kuerten remportera encore deux fois Roland-Garros, en 2000 et 2001, et accèdera à la première place mondiale. Roland-Garros 1997 fut le premier titre de sa carrière. 19 autres suivront donc, avec, outre sa triple couronne parisienne, Monte-Carlo (deux fois), Rome, Hambourg et même le Masters, son plus grand titre hors terre battue.

Filip Dewulf (Demi-finaliste, 1997)

A l'époque, il était... Au-delà de la 100e place au classement mondial. 122e pour être précis. Son meilleur classement, un an auparavant, était 45e. A 26 ans, Dewulf n'est pas au mieux et il doit passer par les qualifications pour intégrer le grand tableau à Roland-Garros…
Son tournoi : Pour la première fois depuis John McEnroe à Wimbledon en 1977, un qualifié va donc atteindre les demi-finales d'un tournoi du Grand Chelem. Filip Dewulf remporte deux matches en cinq sets en première semaine (contre Meligeni puis face à Albert Portas, contre qui il gagne 8-6 au dernier set) avant de signer sa plus belle perf' en huitièmes contre Alex Corretja, alors 7e mondial. En quarts de finale, il domine Magnus Norman, le tombeur de Sampras, avant de coincer contre Kuerten, en quatre sets. Incroyable année 1997, tout de même, puisque deux énormes surprises se sont donc affrontées en demi-finale, Kuerten et Dewulf.
Et après ? Son exploit a marqué le tennis belge, qui n'avait encore jamais eu de demi-finaliste dans un Majeur. Mais de son propre aveu, il manquait d'ambition et n'aimait guère la lumière. Encore quart de finaliste à Paris l'année suivante, il ne s'éternisera pas au plus haut niveau et prendra sa retraite dès 2001.

Martin Verkerk (2003 – Finaliste)

A l'époque, il était... 46e mondial. Le Néerlandais, 24 ans, est tout sauf un spécialiste de terre battue du haut de ses 196 centimètres. Juste avant Roland-Garros, il s'est tout de même hissé en quarts à Rome et en demies à Sankt-Polten, battant au passage Roddick, Niemininen, ou Hrbaty. Il a donc acquis de la confiance. Mais personne ne cite son nom, ne serait-ce que parmi les lointains outsiders. D'autant que, comme Cecchinato, il n'a encore pas gagné un match en Grand Chelem.
Son tournoi : Sa première semaine est laborieuse et il passe même tout près de l'élimination au 2e tour contre Luis Horna. Mais une fois en huitièmes de finale, Verkerk se dresse sur son nuage et n'en redescendra pas avant la finale. Il bat d'abord Schuettler (11e mondial) en trois sets, puis enchaine face à Carlos Moya. Le vainqueur de l'édition 1998 est battu 8-6 au 5e. Mais c'est sans aucun doute sa victoire en trois sets en demie contre Guillermo Coria qui sidère le plus. Mais Juan Carlos Ferrero l'expédie en finale (6-1, 6-3, 6-2), où le carrosse orange est redevenu citrouille.
Et après ? Rien, ou presque. Martin Verkerk ne remportera plus que quatre petits matches en Grand Chelem dans le reste de sa carrière. Il y met un terme à seulement 30 ans, en 2008, à cause d'une blessure à l'épaule qui le gênait depuis trois ans.
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