Leconte, 30 ans après : Le "match de mutants" contre Becker
Publié 24/05/2018 à 11:22 GMT+2
C'est l'histoire du dernier joueur français à avoir joué une finale à Roland-Garros. Trente ans déjà. Si les Tricolores ont, depuis, disputé des finales à Wimbledon, à l'US Open ou en Australie, ils n'ont plus jamais atteint le dernier dimanche à Paris. Henri Leconte revient sur cette édition 1988 où il aura tout connu, l'ivresse des sommets et la chute vertigineuse.
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EPISODE II – Après le hors d'œuvre sans goût, le huitième savoureux
Lorsqu'il pénètre sur le central de Roland-Garros ce lundi 30 mai, Henri Leconte ne porte plus seulement ses propres espoirs, mais aussi ceux de tout le tennis français. La veille, Yannick Noah a cédé en cinq sets contre Emilio Sanchez, laissant celui qui est tout à la fois son compère et son rival seul aux manettes. "Inconsciemment, le fait que Yannick ait perdu, ça m'a donné beaucoup de forces, avoue Riton. On se tirait la bourre tous les deux. Je me suis dit 'je suis le seul Français maintenant, je dois être à la hauteur’." Et cette exigence-là va l'exciter, plus qu'elle ne va l'inhiber.
Pour Leconte, ce huitième de finale contre Boris Becker tombe à pic. Par deux fois, à Wimbledon, l'Allemand lui a barré la route d'un possible titre, en quart de finale en 1985 puis en demie un an plus tard. Les deux hommes se connaissent et s'apprécient. "On avait une amitié de longue date avec Boris, rappelle le Français. Quand il avait 15-16 ans, on s'entrainait déjà ensemble avec Ion Tiriac. J'avais de l'admiration pour Boris." Mais ce lundi, il a envie de lui marcher dessus.
Boris Becker n'est pas une terreur de la terre battue. C'est même son maillon faible. N'empêche. L'année précédente, à 19 ans, il a atteint pour la première fois le dernier carré à Roland-Garros. Il se sait donc apte à bien jouer sur cette surface. "Il n'avait pas la morphologie pour la terre battue mais il était quand même capable d'être très performant dessus", juge Leconte. Un mois plus tôt, ils se sont déjà croisés à Hambourg. Un match épique, remporté en trois sets par le Français (3-6, 7-6, 7-6).
"Pour moi, reprend Leconte, c'était un match capital. Je l'avais battu chez lui, à Hambourg, et je savais qu'il voulait sa revanche à Paris. Mais jouer Boris chez moi… j'étais galvanisé." En qualité pure, ce sera un des meilleurs matches de la carrière d'Henri Leconte. Malgré une température fraiche et des averses, les deux hommes vont offrir au public parisien leur meilleur tennis. Peut-être Becker n'a-t-il jamais aussi bien joué sur terre. "Ça a été un match de mutants, de dingos, rigole Leconte. Après ce match, j'avais dit qu'on avait fait des trous dans la terre, tous les deux. Ça frappait dans tous les sens. Chacun à notre manière, on avait un tennis d'attaque."
Le feu d'artifice va s'étaler sur cinq sets. Becker enlève le premier au jeu décisif, puis Leconte mène deux sets à un avant de coincer en fin de quatrième manche. "C'était comme un combat de boxe. On se regardait à chaque changement de côté. Si on avait pu s'en mettre une...". Il plaisante, évidemment. Ces deux-là s'apprécient trop pour en arriver là. Entre eux, c'est une saine violence qui s'exprime sur le court. "Ce n'était pas un match de puristes de terre battue entre moi qui faisait service-volée et Boris avec son gros service, estime Leconte. Mais c'était fort, assez violent, et mentalement, un sacré duel."
Il fait froid et sombre quand débute le set décisif. Becker joue même avec un chandail noir par-dessus son t-shirt. Et comme toujours dans un cinquième set à Roland-Garros, Henri le fou ne se démonte pas. Il réussit le break décisif et s'impose 6-7, 6-3, 6-1, 5-7, 6-4 après une énorme baston. Leconte saute par-dessus le filet et l'accolade entre les deux joueurs témoigne de l'estime réciproque qu'ils se portent. "Je ne pouvais pas faire beaucoup plus aujourd'hui, glissera Becker, bon prince. J'ai juste eu la malchance de tomber sur Leconte dès les huitièmes de finale et il joue le tennis de sa vie. Je ne pouvais pas faire mieux, mais ça n'a pas suffi."
C'est sans doute une des plus grandes victoires d'Henri Leconte à Roland-Garros, avec celle, trois ans plus tôt, contre Yannick Noah. En huitième de finale, déjà. En cinq sets, déjà. "Battre Yannick, dans son jardin, deux ans après son titre, c'était quelque chose", rappelle le gaucher. Son match contre Becker est du même acabit. D'ailleurs, trente ans après, quand on lui demande spontanément quelle est la première image de cette édition 1988 qui lui revient en tête, il n'hésite pas une seconde : "C'est le match contre Becker. Battre Boris en cinq sets à Roland, quel kiffe !" Ce sera sa seule victoire en Grand Chelem face à Boum Boum. "On a souvent reparlé de ce match, parce que je crois qu'il l'a marqué", confie-t-il.
Après un tel match, les balbutiements du début de la quinzaine contre Youl et Oresar paraissent bien loin. Leconte est en quarts de finale, pour la troisième fois en quatre ans. Une bonne habitude. Reste qu'il n'est encore qu'un outsider. Un joker, face aux deux gigantesques favoris que sont Ivan Lendl et Mats Wilander. A eux deux, le Tchécoslovaque et le Suédois ont gagné les quatre dernières éditions et tout le monde s'attend à les voir à nouveau en découdre pour le titre. Mais tout ne se passe pas toujours comme prévu...
A SUIVRE : EPISODE III – Autoroute pour une finale
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