On n'est pas finaliste de Grand Chelem par hasard. Pourtant, il faut l'avouer, bien malin qui aurait pu prévoir l'affiche du dernier match de ce Roland-Garros 2021 dans le simple dames. Anastasia Pavlyuchenkova et Barbora Krejcikova, qui de manière assez cocasse se suivent au classement mondial aux 32e et 33e places, n'avaient pas franchement des têtes de favorites avant cette quinzaine. Les observateurs attentifs des choses du tennis auraient plutôt parié sur Iga Swiatek, Ashleigh Barty ou encore Aryna Sabalenka.
Mais les têtes sont tombées tour après tour, alors que Krejcikova et Pavlyuchenkova ont avancé. La Tchèque de 25 ans, sûrement inconnue du grand public, reste même sur 11 victoires puisqu'elle a remporté le premier titre de sa carrière à Strasbourg, la semaine précédant ces Internationaux de France. C'est donc en grande confiance qu'elle avait débarqué à Paris, d'autant qu'elle avait aussi obtenu des balles de match face à Swiatek en huitième de finale à Rome.
Mais de là à croire en ses chances de victoire finale, sûrement pas. "Je n'ai jamais imaginé que je serais une finaliste en Grand Chelem. Je n'arrive pas à y croire", a confié l'intéressée après sa victoire au bout du suspense contre Maria Sakkari (7-5, 4-6, 9-7).
Roland-Garros
Krejcikova est allée au bout de son rêve
12/06/2021 À 15:10

Barbora Krejcikova à Roland-Garros en 2021

Crédit: Getty Images

Disciple de Novotna, Krejcikova s'est aguerrie grâce au double

Cette incrédulité, qui peut être interprétée comme un manque de confiance en soi, est d'ailleurs peut-être la raison de cette éclosion tardive. Née à Brno, elle a longtemps vu dans le tennis un plaisir enfantin, ne s'autorisant à envisager une carrière professionnelle qu'à 16 ou 17 ans. Pourtant la jeune Barbora ne manquait pas de talent, à tel point que la légende locale Jana Novotna l'a prise sous son aile.
La championne de Wimbledon en 1998, disparue des suites d'un cancer il y a près de quatre ans, a eu une influence certaine sur la technique léchée de Krejcikova qui ne manque jamais une occasion de lui rendre hommage. "Avant et après chaque match, je sens qu'elle est là, qu'elle veille sur moi."
Si la Tchèque a mis un certain temps avant de croire en elle en simple, elle a rapidement donné une idée de ses qualités en double. Avec sa compatriote Katerina Siniakova, elle a déjà été sacrée à Roland-Garros et Wimbledon en 2018. Et les deux joueuses disputeront encore la finale de l'épreuve cette année après leur victoire expéditive en demi-finale vendredi contre la paire Pera/Linette (6-1, 6-2). Krejcikova est donc en lice pour un fabuleux doublé, ce qui n'a sans doute pas nui à sa confiance tout au long de la quinzaine.

Krejcikova comme Karatsev : une prise de conscience et un envol avec la pandémie

A l'image d'un Aslan Karatsev chez les messieurs, elle a bien mis à profit l'interruption du circuit à cause du coronavirus. Il y a huit mois, avant l'édition 2020 de Roland-Garros, elle pointait à la 114e place mondiale. Sur la terre battue parisienne, elle avait déjà donné un bel aperçu de ses progrès en atteignant la seconde semaine pour la première fois de sa carrière en Majeur. "J'ai toujours voulu jouer les grands tournois, affronter les meilleures joueuses. Finalement, ça m'a pris assez longtemps. Mais c'est le bon moment en fait. Surtout sur le plan mental en fait, j'ai vraiment mûri. J'apprécie beaucoup plus les choses, après tout ce que j'ai traversé, et avec cette pandémie aussi", a-t-elle estimé.
Cori Gauff et Maria Sakkari, ses deux dernières victimes, ne diront pas le contraire. Contre la première, elle a su écarter cinq balles de premier set crucial, et face à la seconde, elle a même sauvé une balle de match. Dans les moments chauds, Krejcikova a désormais la tête froide. Une évolution autant due à certaine prise de recul qu'à ses années d'expérience sur le circuit. Même si cette finale à Roland vient finalement assez tôt la concernant, puisqu'il ne s'agit que de sa cinquième participation à un tableau final de Majeur en simple.

Pavlyuchenkova, longtemps une joueuse de coups et un espoir déçu

Anastasia Pavlyuchenkova a, elle, dû attendre son 52e tournoi du Grand Chelem pour atteindre ce stade suprême, un record et une statistique qui la placent dans la lignée de joueuses aux accomplissement tardifs, comme Francesca Schiavone. Pourtant, la Russe a rapidement été attendue au tournant. Numéro 1 mondiale chez les juniors, elle atteignait déjà les quarts de finale à Roland-Garros en 2011 à 19 ans seulement. A l'époque, elle avait même mené 6-1, 4-1 justement contre l'expérimentée joueuse italienne avant de s'effondrer. La même année, elle atteignait ce qui reste à l'heure actuelle le meilleur classement de sa carrière à la 13e place.
La suite ? C'est une décennie faite de coups et de déceptions. De l'avis général, Pavlyuchenkova représente un danger pour tout le monde sur le circuit féminin. Avec 37 victoires sur des membres du Top 10 (la dernière en date contre Aryna Sabalenka au 3e tour de ce Roland), elle est la joueuse qui a le plus gagné contre cette élite sans en avoir jamais fait partie. Elle a d'ailleurs atteint les quarts de finale des quatre Majeurs mais jamais mieux.
De quoi douter de son destin. "Si la fille que j'étais à 14 ans me posait une question, elle me demanderait : 'Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps ?' La route a été très longue. Chacun a un chemin différent. Je suis juste heureuse d'être en finale. J'ai beaucoup douté ces dernières années."
J'ai commencé à travailler avec un psychologue, je voulais ne pas avoir de regrets
Avec 13 titres au compteur, la Russe a, à 29 ans, une carrière bien remplie derrière elle. Mais elle était encore bien éloignée de ses ambitions enfantines et adolescentes. Alors pourquoi a-t-elle finalement réussi à briser son plafond de verre ? Il y a évidemment une part de réussite et d'inexplicable, mais aussi un changement d'approche radical de la compétition. "Je ne m'attendais pas à être en finale cette année. On ne peut s'attendre à ces choses-là. Je me suis juste dit en début de saison : 'Tu sais quoi ? Fais tout ce qui est en ton pouvoir pour améliorer ton jeu, ta mentalité.' J'ai commencé à travailler avec un psychologue. Je voulais juste tout essayer pour ne pas avoir de regrets après ma carrière", a-t-elle dévoilé.
Comme Krejcikova qui a su prendre du recul pour se révéler, c'est donc bien mentalement que Pavlyuchenkova a franchi un cap majeur. Après avoir attendu beaucoup d'elle-même en termes de résultats pendant de longues années, elle est parvenue à prendre les choses comme elles viennent, sans se projeter trop sur la suite. C'est grâce à cet état d'esprit qu'elle a su conclure sa demi-finale face à Tamara Zidansek (7-5, 6-3), alors que ses sensations sur le court n'étaient pas optimales sur le plan physique.

Anastasia Pavlyuchenkova à Roland-Garros en 2021

Crédit: Getty Images

Rester dans le moment présent, la clé mentale du succès

"C'était une bataille mentale, c'est sûr. Mais en fin de compte, j'ai tenté de rester constamment dans mon match. Je savais ce que j'avais à faire, donc c'était juste une question de discipline. Dans le dernier jeu, j'étais totalement dans ma bulle, concentrée. J'étais 'ici et maintenant'", a-t-elle révélé. Pas étonnant alors que la célébration de la Russe ait été si contenue dans la foulée : elle était en quelque sorte encore dans son match, dans cet état de concentration idéal pour donner le meilleur de soi avec les armes du moment.
Et si finalement le secret de ces dames était d'avoir su ne jamais se poser trop de questions ? Comme Krejcikova, Pavlyuchenkova a joué le double en parallèle durant cette quinzaine, même si son parcours s'est arrêté mercredi. Au charbon tous les jours, la Russe et la Tchèque ont vécu la quinzaine à fond. La seconde sera d'ailleurs restée dans ce rythme infernal de compétition quotidienne jusqu'à l'apothéose, tandis que la première aura pu récupérer la veille.
"J'aurais voulu être encore engagée en double, parce que j'aime cette routine que nous avions avec Elena (Rybakina, sa partenaire, NDLR). Mais il est peut-être temps de se concentrer sur la finale", a estimé Pavluchenkova. Bénéficiera-t-elle physiquement de ce repos ou ce temps supplémentaire la fera-t-elle trop cogiter ? Réponse samedi en fin d'après-midi.
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