C'est peut-être la grande affaire de ce début de quinzaine. Le public de Roland-Garros, plus acteur qu'il ne l'a peut-être jamais été, pèse sur les débats. Et si cinq Français ont réussi à rallier le troisième tour, il n'y est sans doute pas étranger. Pour ne citer que lui, Gilles Simon ne s'en serait probablement jamais sorti face à Pablo Carreno Busta au premier tour sans la folie douce nocturne du Simonne-Mathieu. Affronter un Français ou une Française à Paris, porte d'Auteuil au printemps ou à Bercy à l'automne, ce n'est peut-être pas le plus gros challenge sportif qui soit, mais c'est la menace de passer un moment assez inconfortable.
Daniil Medvedev n'a pas encore croisé d'autochtone cette année à Roland. Mais le Russe, dont le bilan global contre les Bleus sur le circuit n'est pas loin d'être catastrophique (y compris sur la terre battue parisienne, où il a perdu trois fois au premier tour lors de ses trois premières participations), n'est pas le plus mal placé pour témoigner. Lors du dernier Rolex Paris Masters, il avait dû se boucher les écoutilles et faire abstraction du contexte en quarts de finale contre Hugo Gaston.
Roland-Garros
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Ne pas sous-estimer l'impact

"Jouer contre un Français à Roland-Garros, c'est l'une des choses les plus dures à faire dans le tennis, a même assuré le numéro 2 mondial jeudi. Les trois premières fois que j'ai perdu à Roland-Garros, c'était contre des Français. De fait, c'était difficile. Je peux vous dire que le public n'était pas là pour me soutenir." Mais avec l'expérience et la force de l'habitude, Medvedev a fini par s'habituer et presque à prendre du plaisir. "Je dirais qu'au début, je n'aimais pas jouer en France. Mais maintenant, j'adore ça". Même s'il n'est pas forcément pressé de recroiser la route d'un Français sur ses terres.
Certains sous-estiment parfois l'impact de la foule parisienne sur la destinée d'un match. Avant d'affronter Alizé Cornet jeudi soir au deuxième tour, Jelena Ostapenko avait même confié que la perspective de jouer face à une foule "hostile" lui convenait très bien : "Je préfère quand j'ai le public contre moi parce que ça m'oblige à être plus concentrée." Certes. Mais la Lettone, battue en trois sets sur le Chatrier, a quitté le court furibarde après s'être bouchée les oreilles sur la balle de match comme pour manifester sa désapprobation.
Peut-être aurait-elle dû se replonger dans l'édition 2017, celle de sa consécration surprise. Cette année-là, Garbine Muguruza, éliminée par Kristina Mladenovic en huitièmes de finale, avait fini au bord des larmes. "Ils peuvent être très durs, avait jugé la championne espagnole. Ils sifflent facilement. Ils vous énervent, vous déconcentrent. Quand le public est contre vous ici, ça peut devenir très difficile." Et c'était il y a cinq ans. Depuis, les spectateurs de Roland sont devenus plus supporters que jamais lorsqu'un des leurs est sur le court.

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Isner : "Une super expérience de vivre ça à Roland-Garros"

Où sont les limites ? Ont-elles été dépassées ? Chez ceux qui se sont retrouvés aux premières loges depuis le début de la semaine, les avis divergent. Curieusement (ou pas), l'opinion tient souvent à... la nature du résultat. Eliminé d'entrée au super tie-break du cinquième set par Hugo Gaston, Alex De Minaur avait peu goûté l'atmosphère en mode "coupe Davis" du Suzanne-Lenglen. "Il y a une différence entre une bonne ambiance et le soutien excessif à son joueur, avait estimé l'Australien. Mais il y a une ligne à ne pas dépasser. Quand les gens me regardent droit dans les yeux en me disant des trucs, la limite est franchie." Jelena Ostapenko ou Pablo Carreno Busta n'avaient donc pas l'air très heureux non plus.
A l'inverse, Casper Ruud, vainqueur en quatre sets acharnés de Jo-Wilfried Tsonga sur le Central lors du dernier match de la carrière du Manceau, jure que le public, même turbulent, ne s'est à aucun moment mal comporté avec lui. "Forcément, 98 % du public était acquis à la cause de Jo, mais il y avait aussi du respect pour moi, a-t-il dit. Ils n'étaient pas en train de me chahuter non plus. Ils se sont bien comportés avec moi. Les Français sont très passionnés de tennis, mais ils font preuve également de beaucoup de respect pour les deux joueurs."
John Isner se tient sur la même ligne que le Norvégien. Lui aussi s'est coltiné un Tricolore pour son entrée dans le tournoi. C'était dimanche dernier, sur le Lenglen, contre Quentin Halys, pour un succès en quatre sets. "J'ai trouvé le public super, avait confié le géant américain. Les fans sont passionnés ici et je pense que les joueurs aiment ça. Ils chantent, ils crient, comme dans un match de football et c'est une super expérience de vivre ça à Roland-Garros. Moi, ça m'a amusé. J'ai essayé de rester concentré, mais franchement, je suis très content d'avoir vécu cette ambiance."

Des fans français sur le Suzanne-Lenglen encourageant Hugo Gaston

Crédit: Getty Images

Passer outre ou, mieux, s'appuyer sur cette hostilité

C'est aussi une façon de gagner le respect du public local, selon Casper Ruud. "Quand j'avais affronté Benoît Paire sur le Simonne-Mathieu (en 2021, NDLR), l'ambiance était terrible aussi, évoque le numéro 8 mondial. Mais si vous vous battez, le public va vous respecter et il va apprendre à vous apprécier."
Si la colère est mauvaise conseillère, l'aigreur ne sert jamais la cause de celui qui la porte. La meilleure réaction, c'est celle d'un Alcaraz à Bercy l'an passé. Emporté par Hugo Gaston et plus encore par une foule particulièrement agitée et dissipée, le jeune Espagnol aurait eu de sacrées circonstances atténuantes s'il s'était plaint après coup. Mais du haut de ses 18 ans, il s'était montré d'une rare intelligence : "Je savais que ce serait difficile de composer avec une telle atmosphère mais je n'avais pas imaginé que ce serait aussi lourd. Ça m'a fait mal de ne pas parvenir à gérer cette pression. (…) Mais je suis sûr que je reviendrai plus fort."
En réagissant de la sorte, Carlos Alcaraz ne rejetait pas la faute sur le public mais sur lui-même. Quel que soit le contexte d'un match, c'est au joueur de trouver les moyens de s'en sortir. Demandez à Novak Djokovic, qui a joué quelques finales de Grand Chelem face à Roger Federer (lequel n'a pas besoin de jouer en Suisse pour être comme à la maison) avec un stade presque intégralement contre lui avant de partir avec le trophée sous le bras. Il faut passer outre, voire s'appuyer sur cette hostilité. Tout ceci est bien sûr plus simple à conseiller qu'à mettre en pratique, mais c'est aussi un des aspects de la force de caractère d'un grand champion. Voilà pourquoi ce n'est pas à la portée de tous.

Poignée de mains entre Carlos Alcaraz et Hugo Gaston après la victoire du Français en 8e de finale au Rolex Paris Masters

Crédit: Getty Images

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