Voilà, c'est fini. Jo-Wilfried Tsonga a joué et perdu mardi le 705e et dernier match de sa carrière. Comme prévu. Casper Ruud, 8e mondial et peut-être même un peu plus pour les seules affaires terriennes, était sur le papier beaucoup trop fort pour le désormais retraité français. Sur le court, ce fut autre chose. Parce que, sur l'envie, l'émotion, l'engagement, la grinta, Tsonga a réussi à rallumer une dernière fois la flamme du feu sacré pour bousculer pendant quatre sets et près de quatre heures le Norvégien. C'était du Jo comme on ne l'avait plus vu depuis des lustres et ça a fait du bien. A lui. A nous, aussi.
Mais la marche a fini par être trop haute. Dès que Ruud a recollé à un set partout, un parfum de Pink Floyd, de Hey You, a flotté sur le Chatrier.
It was only fantasy
The wall was too high, as you can see
No matter how hard he tried, he could not break free
Roland-Garros
Debru, invité spécial de DiP Impact : "Je ne veux pas recopier d'autres joueurs"
14/06/2022 À 19:27
C'était juste un rêve. Le mur était trop haut comme tu as pu le voir. Peu importe ce qu'il essayait, il n'a pas pu s'en sortir.

Casper Ruud, associé à jamais à Jo-Wilfried Tsonga pour un grand moment d'émotion.

Crédit: Imago

Une victoire relevait effectivement du rêve, mais on a presque envie de dire "peu importe." Le meilleur joueur français de ce début de XXIe siècle, celui qui, pour l'ensemble de son œuvre, inaboutie peut-être mais indéniablement riche, mérite de se caler dans la roue de Yannick Noah dans la hiérarchie du tennis masculin français de l'ère Open, a trouvé le moyen de faire de cette dernière un moment inoubliable. Beau et cruel à la fois. Mais plus beau que cruel.
Lorsqu'il a breaké blanc à 5-5 dans le quatrième set, Roland-Garros a explosé. C'était fort. Mais c'était fini. Le public ne le savait pas encore. Lui, si. Sur ce coup droit synonyme de break, l'épaule de JWT a lâché. "Drôle" de fin de match, entre résignation et émotion. Tsonga, sanglots sur le visage, n'a pas vraiment pu jouer les onze derniers points de sa carrière. Paradoxalement, ils resteront pourtant inoubliables.
Au moment du break, je rêvais presque d'une sortie à la Connors contre Chang en 1991 à Roland. Agonisant, le vieux lion Jimbo avait recollé à deux sets partout avant d'abandonner dès le début de la manche finale, non sans avoir mis un point d'honneur à en gagner le premier point. Histoire de dire : "quand je suis parti, j'étais devant". C'était à la fois époustouflant de morgue et d'audace de la part de Connors, qui avait fini sous perfusion.
Tsonga, lâché une dernière fois par son corps, n'a pas eu cette opportunité, qu'il n'aurait de toute façon pas saisie, parce qu'il fallait s'appeler Connors pour oser ça et il n'y a jamais eu qu'un seul Connors.
Mais tout le monde se souviendra de cette fin. La crainte, c'était qu'il prenne trois petits sets, grappille une poignée de jeux sans pouvoir rivaliser. C'était même le plus probable, le plus logique. Mais il était encore un joueur, pour quelques heures. Dans la tête et dans le bras, il a même joué top 10 mardi, les yeux dans les yeux avec un de ses membres. Dans la tête et dans le bras, il était prêt à rester cinq heures sur le court. Le reste du corps ne l'était plus. Mais s'il lui a dit stop, c'est parce que, avant cela, il avait mis un point d'honneur à livrer un sacré combat.
Si le match a été très digne pour une grande dernière, la cérémonie organisée dans la foulée sur le court central de Roland-Garros est venue témoigner de la place spéciale qu'occupait Jo-Wilfried Tsonga dans le tennis français. Elle a fait exploser la jauge émotionnelle. La présence de ses proches l'a refait pleurer. Celle de ses potes, jusqu'à Gaël Monfils, absent à Paris cette année, lui a rendu le sourire, tout comme les témoignages enregistrés des plus grands. Federer, Nadal, Djokovic, Murray. Jo-Wilfried Tsonga a réussi sa sortie mardi. A tous points de vue. Et s'il n'y avait qu'un seul Connors, il n'y avait aussi qu'un seul Tsonga. Et le tennis français mesure déjà le vide qu'il laisse.

Jo-Wilfried Tsonga et Gaël Monfils lors de la cérémonie-hommage au premier, à Roland-Garros.

Crédit: Getty Images

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