"Ils sont contents, j'ai réussi à pleurer". Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment Jo-Wilfried Tsonga, que l'on a toujours su entier, pouvait contenir cette émotion ? Il s'est passé tellement de choses ce mardi dans un court Philippe-Chatrier pas toujours plein mais jamais avare de bruit et de fureur pour son "Jo-Wil". Ce 1er set décroché à la surprise générale, ce 2e accroché mais lâché, ce break à 5-5 et cette blessure dans le 4e et finalement dernier. Une saloperie du destin. Et pourtant, "d'une certaine manière, c'est la façon dont je voulais finir", avoue un Tsonga qui s'est retourné, ainsi que ses proches, sur son voyage dans le tennis professionnel.
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Comment résumer les presque vingt années de carrière de Jo-Wilfried Tsonga ? Son frère, Enzo, s'y est essayé dans les entrailles d'un Philippe-Chatrier qu'il a foulé pour rendre hommage à son aîné à l'occasion d'une superbe cérémonie. "Il nous a fait rêver, dit-il. Quand on était petits, on avait des posters de grands joueurs dans notre chambre. Lui est devenu l'idole de certains." Il n'y avait qu'à ressentir l'ambiance du Central de Roland-Garros pour se convaincre qu'Enzo dit vrai. Les "Merci Jo" ont fusé, une, et même deux, Marseillaises ont été entonnées, une rareté dans un stade de tennis.
Il voulait finir en tant que Jo-Wilfried Tsonga
"Il s'est fait honneur à lui-même, sourit Noura, son épouse. Il a beaucoup dit qu'il voulait finir en tant que Jo-Wilfried Tsonga, joueur de tennis et je pense que c'est ce qu'il a fait. La blessure fait aussi partie de lui. C'était écrit quelque part." Peut-être oui. Ces meurtrissures du corps qui ont parfois ralenti sa carrière, Tsonga les a "apprivoisées" selon ses propres mots.
"J'avais envie de finir comme ça sur le court à tout donner, blessé ou pas, a assumé le héros du jour. Je me suis fait mal sur la balle de break, sur le dernier coup droit à 5-5. Quand je vais servir et que je me rends compte que je ne peux plus lever l'épaule, j'appelle le kiné mais je savais que je resterais sur le court. Je suis allé au bout, de toute façon il n'y aurait pas eu de deuxième match." Une manière de dire qu'une qualification n'aurait rien changé pour un Tsonga qui n'a même pas été capable de porter son fils quand celui-ci le lui a demandé après la rencontre.

Tsonga : "Le voyage entier a été cool"

Au moment de narrer une carrière magnifique, mais aussi douloureuse d'une certaine manière, le meilleur Français de sa génération ne garde que du bon, promis. "Le voyage entier a été cool, bon à vivre. Même les mauvais moments, les moments tristes, a-t-il insisté. Le plus important pour moi a été de vivre ça avec des gens autour de moi, de partager la tristesse, le bonheur. Ce dont je vais me souvenir, pour sûr, ce sont les relations avec les gens. C'est ce qui restera." Ceux qui l'ont côtoyé ne disent pas autre chose. "Je vais retenir le bonhomme, assure Eric Winogradsky. Jo, c'est ça. Ce qu'il veut garder, ce sont les émotions qu'il a eues et qu'il a pu partager avec les gens."
"J'ai savouré la Marseillaise, j'ai tout savouré, remet encore un Tsonga évidemment ému. Je sentais que les gens étaient venus pour passer un grand moment. C'était à moi de leur offrir, de les faire vibrer. [...] Je me demande si ce n'est pas le plus beau moment de ma carrière".
Winogradsky, l'entraîneur du début de la carrière du joueur esquisse à la suite une autre facette du personnage : l'ambition. "Quand il était plus jeune, il avait formalisé son projet. Il avait dit que ce qui l'intéressait, c'était de jouer sur les plus grands courts face aux meilleurs joueurs." Thierry Ascione, un autre de ses coachs, qui l'a longtemps accompagné, va dans le même sens : "Il avait une ambition de dingue mais pas mal placée. Je me souviens que quand il était entre junior et professionnel, je lui proposais de faire des Futures, lui me disait, en gros, 'tu me fais chier avec tes Futures'. Il savait où il voulait aller et je pense qu'il a réussi."
L'une des plus belles ambiances de ma carrière et elle arrive sur le dernier match
Et le joueur lui-même, que retiendra-t-il ? "Je pense que ce qui va me manquer c'est l'adrénaline de monter sur un grand court, l'adrénaline quand t'as 15 000 personnes qui crient ton nom et qui te portent sur le terrain, s'enflamme Tsonga. Ce qui s'est passé aujourd'hui est assez improbable. C'était la folie, c'est l'une des plus belles ambiances de ma carrière et elle arrive sur le dernier match. Je ne pouvais pas demander plus beau scénario".

Jo-Wilfried Tsonga après son dernier match en carrière, sur le Philippe-Chatrier

Crédit: Getty Images

"J'ai tout aimé dans ma carrière, tout sans exception, poursuit-il. C'est ce que je disais sur le court, tout ce que j'ai vécu m'a fait grandir. J'ai appris plein de choses, je me suis nourri de tout. Tout m'a fait grandir, même les choses négatives. Ça a fait de moi quelqu'un de raisonné et quelqu'un de bien, j'espère."
Quelqu'un, en tout cas, qui aura marqué le public français - l'ambiance de mardi l'a prouvé – et le tennis tricolore - Roland-Garros ne s'y est pas trompé en l'honorant après sa défaite -, et plus largement son sport - Djokovic, Nadal, Murray et Federer l'ont dit. Jo-Wilfried Tsonga va rester dans le tennis au travers de son académie pour transmettre tout ce qu'il a appris aux futures générations. Son héritage va perdurer en dehors des courts. Sur ceux-ci, il avait déjà assuré son passage à la postérité.
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