Bienvenue dans la nouvelle ère (Cette fois, nous y sommes)
Par Laurent Vergne
Publié 06/06/2024 à 21:31 GMT+2
Pour la deuxième fois seulement en 20 ans, deux tournois du Grand Chelem vont échapper de manière consécutive au fameux "Big 3." La blessure de Novak Djokovic pourrait prolonger cette série. Entre l'âge et les soucis du champion serbe et la montée en puissance de jeunes loups comme Sinner et Alcaraz, qui semble avoir quelque chose d'irrésistible, les temps sont en train de changer.
Alcaraz - Sinner, le nouveau classique du tennis ?
Video credit: Eurosport
Après plusieurs générations de NextGen et des années d'attente, le tennis masculin est peut-être en train de changer d'époque. Certains diront enfin, d'autres auront du mal à s'y résoudre, mais si la bascule a pris tout son temps pour s'opérer, ce Roland-Garros 2024 a tout pour marquer un avant et un après. Certes, l'Open d'Australie, en sacrant Jannik Sinner, notamment via une victoire en demi-finale contre Novak Djokovic, avait ouvert une brèche importante. Mais le tournoi parisien donne une autre portée à ce sentiment de changement générationnel.
Ce n'est pas tant la sortie dès le premier tour du maître absolu des lieux, Rafael Nadal, qui pèse ici. En revanche, voir Novak Djokovic quitter la porte d'Auteuil, même invaincu, a valeur de tremblement de terre. On pourrait même dire "surtout invaincu". C'est son corps qui a dit stop et c'est sans doute plus significatif encore. Cette génération du Big 3, non contente de dominer le circuit dans des proportions inimaginables, l'a fait sur une durée surréaliste. C'est en couplant cette suprématie quasi-totale à une longévité elle aussi exceptionnelle qu'elle a fait de ce concept de Big 3 quelque chose se situant en dehors de toute norme connue, y compris dans sa temporalité.
Le même syndrome que Federer et Nadal ?
Cela, c'est en train de s'achever. Jusqu'ici, Novak Djokovic semblait y avoir échappé. Mais comme ses deux illustres comparses, il vient d'être rappelé à l'ordre par l'infirmerie. Ce n'est pas une usure psychologique, ou même un effondrement de leur niveau de jeu qui a éloigné Federer et Nadal du haut niveau puis du circuit en ce qui concerne le Suisse. Ce dernier était encore en quarts de finale de Wimbledon à un mois de son 40e anniversaire, malgré un genou en guimauve.
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Alcaraz - Sinner, le nouveau classique du tennis ?
Video credit: Eurosport
N'oublions pas non plus que Nadal venait de gagner un 14e Roland-Garros à 36 ans avant d'atteindre les demi-finales à Wimbledon, quand il a dû dire stop. Depuis, il a été l'ombre de lui-même, quand il a été là, c'est-à-dire pas souvent. Comme Federer, lui seul choisira où, quand et comment il veut raccrocher, mais il paraît définitivement illusoire de l'imaginer à nouveau en vainqueur de Grand Chelem.
Reste Novak Djokovic. Restait Novak Djokovic. Jusqu'ici, on l'imaginait sans problème continuer à surfer sur l'irrésistible vague qui était la sienne ces dernières années. En 2023, à 36 printemps, il est à nouveau passé près du Grand Chelem. Bien sûr, son premier semestre 2024 avait alerté mais sa détermination à briller encore et encore sur les tournois majeurs le maintenait a minima dans la course. La donne vient de changer. Non seulement parce qu'il ne remportera pas Roland-Garros, mais aussi parce que le doute plane sur sa présence à Wimbledon et plus globalement sur l'état dans lequel il pourra chasser ses autres objectifs cette saison.
La place de N°1, c'est fini ?
Tous les symboles sautent aux yeux. Pour la première fois depuis 2004, les quarts de finale de Roland-Garros se sont tenus sans au moins un des trois membres du Big 3. Ils avaient même figuré dans toutes les finales de 2005 à 2023. En Grand Chelem, depuis 2004, il n'y avait eu qu'une seule fois un enchaînement de deux tournois du Grand Chelem sans voir le nom de l'un d'eux au palmarès. C'était en 2016, avec les victoires de Murray à Wimbledon et Wawrinka à l'US Open. Mais l'Ecossais et le Vaudois devenaient tous les deux des triples vainqueurs en Grand Chelem, ils avaient dépassé ou allaient atteindre la trentaine et étaient bien plus installés. On parlait même de Big 4 à l'époque.
Quoi qu'il en soit, cela nous ramène huit années en arrière. Ce n'est donc pas anodin et après Melbourne et Paris, Londres pourrait donner une ampleur inédite à cette série. Pour être clair, il n'est absolument pas l'heure d'enterrer Novak Djokovic. Après tout, sa dernière phase de domination est encore proche de nous et, quand il est sur le terrain, le battre en trois sets gagnants demeure une tâche insurmontable pour l'immense majorité du circuit, et éminemment complexe pour quasiment tout le monde. Mais une lésion du ménisque, à 37 ans, c'est forcément une alerte sérieuse et inquiétante.
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"Ce n'est pas la programmation qui a posé problème pour Djokovic et les autres, c'est la météo"
Video credit: Eurosport
Il paraît déjà raisonnable de penser que nous vivons la dernière semaine avec le champion serbe au sommet du classement ATP. Il s'en moque et cela relève du symbole, pour lui comme pour nous. Mais si la place de numéro un mondial n'était plus un objectif en soit pour le Djoker, il l'occupait encore, et se dire que ceci est sans doute fini pour toujours, c'est tout de même quelque chose. Même s'il revenait à son meilleur niveau après son opération, il sera à coup sûr plus précautionneux que jamais et centrera encore plus ses ambitions sur une poignée de rendez-vous. Ce n'est que difficilement compatible avec un retour mathématique au pouvoir.
La Next, Next Gen est à la hauteur
Si Djokovic peut encore tout à fait ambitionner d'agrémenter son gigantesque palmarès de quelques titres supplémentaires, y compris en Grand Chelem, nous entrons au minimum dans l'ère du partage. D'abord en raison des interrogations autour de son physique à court, moyen et long terme, mais pas seulement. Il y a lui et il y a les autres. Or cette fois, la Next, Next, NextGen est à la hauteur. Surtout Carlos Alcaraz et Jannik Sinner.
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Il a fini comme un grand : la balle de match de Sinner face à Djokovic
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Mathématiquement, grâce à eux, nous sommes déjà dans cette ère du partage. Sur les six derniers tournois du Grand Chelem, ils en ont remporté trois et Djokovic tout autant. Le premier couronnement de l'Espagnol, à 19 ans, en appelait d'autres. Il en va de même pour l'Italien. Ils sont lancés et, sauf problèmes physiques majeurs (ils ont l'un et l'autre déjà connu quelques pépins), on les imagine mal faire machine arrière.
Un cran derrière, mais pas si loin, les Zverev, Medvedev, Ruud, Rune et Cie donnent à l'ensemble de la concurrence une densité non négligeable. Pour reprendre sa marche en avant, Djokovic devra composer avec. Pas simple, encore moins en relevant de blessure, encore moins en étant sevré de titres depuis des mois. Même si seuls comptent pour lui les quatre Majeurs (et les J.O.), "Nole" a toujours été habitué à être sur une dynamique. En 2024, il l'a égarée. Il peut la retrouver, mais ce sera un sacré défi. Il y a longtemps qu'il n'avait pas charrié autant d'incertitudes. Au vu de l'affirmation des nouveaux cadors, de ses propres problèmes ces derniers mois et du point d'interrogation sur son genou, il lui sera compliqué (impossible ?) de redevenir aussi dominateur qu'en 2021 ou 2023. Djokovic doit apprendre à partager. Mais on ne l'imagine pas disposé à tout laisser. Son prochain défi s'annonce périlleux. Sera-ce le dernier ?
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