Lars Burgsmüller, premier adversaire de Rafael Nadal à Roland-Garros en 2005 : "C'était juste épuisant"

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C'est la der pour Rafael Nadal. L'Espagnol aux 14 couronnes à Roland-Garros s'apprête à disputer sa dernière édition du Grand Chelem français, avec un premier tour explosif face à Alexander Zverev. C'est face à un autre joueur allemand, Lars Burgsmüller, que Rafa avait débuté sa fabuleuse histoire Porte d'Auteuil en 2005. Pour Eurosport, l’Allemand se remémore ce petit moment d'histoire.

Players' Voice - Lars Burgsmüller, le premier adversaire de Rafael Nadal à Roland-Garros, en 2005

Crédit: Eurosport

Marcel couleur citron vert, pantacourt trois-quarts blanc, bandeau blanc : emblématique tenue. Dès son entrée en scène à Roland Garros en 2005, Rafael Nadal accrochait l'œil. C'est avec cet "outfit" que le Majorquin allait marquer les esprits la même année, en remportant, à seulement 18 ans, sa première couronne parisienne. Mais avant le sacre final, il y eut la grande première. Et un premier tour passé à la postérité malgré le relatif anonymat de son adversaire.
En face de lui, ce jour-là, se trouve Lars Burgsmüller. Polo couleur vin rouge, pantacourt blanc, serre-poignet blanc. Un Allemand de 29 ans, 96e mondial, qui tentera de tenir tête à la force de la nature qu'est Nadal. En vain. Si l'Allemand a eu ses chances, notamment dans le deuxième set, il finira par s'incliner, comme beaucoup d'autres après lui ici (6-1, 7-6, 6-1).
Une déception pour l'Allemand. Pour Nadal, en revanche, c'est la première étape d'une domination sans nulle autre pareil à Paris. Moins de deux semaines plus tard, l'Espagnol soulèvera pour la première fois le trophée du vainqueur de Roland-Garros. 13 autres titres suivront à Paris, soit 22 titres du Grand Chelem au total.
19 ans plus tard, Nadal s'apprête à disputer son dernier Roland-Garros. Burgsmüller, lui, est docteur en médecine et travaille en radiologie dans un hôpital d'Essen. Il raconte son histoire pour Eurosport.

Player's Voice par Lars Burgsmüller

Chers amateurs de tennis,
Que Rafael Nadal devienne un jour le "roi de la terre battue", personne ne l'avait imaginé à l'époque. Pour moi, il s'agissait "simplement" d'un match du premier tour d'un tournoi du Grand Chelem contre un jeune Espagnol de 18 ans.
C'est vrai que les gens parlaient déjà beaucoup de Nadal en 2005. J'avais eu le douloureux plaisir de jouer contre lui à Indian Wells l'année précédente (défaite 6-2, 6-3, ndlr). J'avais donc déjà eu l'occasion de constater qu'il pouvait devenir la prochaine grande star du tennis. Cependant, je ne pense pas qu'on s'attendait à ce qu'il ait une telle carrière à l'époque. Et bien sûr, je n'ai pas réalisé l'ampleur qu'elle prendrait rétrospectivement, avec les 14 victoires de Nadal à Roland-Garros. À l'époque, j'étais simplement déçu. J'avais perdu au premier tour. Merde.
Presque un peu agaçant en tant qu'adversaire
Lorsque nous nous sommes rencontrés un an plus tôt à Indian Wells, je ne le connaissais pas encore vraiment. Mais j'ai vite été impressionné par ce jeune joueur qui jouait chaque échange comme s'il s'agissait du cinquième set. Je me souviens que je trouvais cela presque un peu agaçant en tant qu'adversaire. J'étais submergé par son intensité, sa puissance.
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Rafael Nadal en 2005 lors de son 1er tour à Roland-Garros

Crédit: Getty Images

J'étais donc prévenu pour Roland-Garros. Ma stratégie était de jouer plus risqué que d'habitude. Je savais que je ne pouvais pas entrer dans de longs rallyes avec lui. Je n'allais pas tenir le coup. Je me souviens que nous avons joué sur l'un des grands courts, mais pas sur le court central (sur le court N°1, disparu depuis, NDLR). Je me souviens aussi que si deux ou trois échanges s'étaient mieux déroulés, j'aurais pu gagner le deuxième set. Je menais 3-1 dans le tie-break et j'ai commis quelques erreurs bêtes. Avec un peu plus de chance... Mais quand j'ai perdu le tie-break et que j'ai été mené deux sets à zéro, j'ai compris que ça allait être très dur pour la suite.
 Ce qui est terrible avec lui, c'est que vous avez l'impression qu'il faut gagner plusieurs fois le point. Vous faites un premier coup qui doit être gagnant et puis non. Ensuite, bis repetita, il faut refaire ce coup une deuxième fois. Et souvent une troisième fois. C'est épuisant. Vous êtes obligés de prendre des risques tactiquement mais ça a évidemment des conséquences sur votre jeu. Parfois, je suis monté trop vite, j'ai couru vers l'avant un peu à l'aveugle - et j'ai été puni. En fin de compte, il était tout simplement trop fort.

"Avec lui, on ne peut jamais vraiment savoir quel est le score"

Les angles, les effets, plus son excellent jeu de jambes : Rafa avait tout ce qu'il fallait au début. Sa capacité à frapper des coups gagnants, même dans les situations les plus difficiles, ne m'a pas seulement impressionné. Elle est restée inégalée pendant les 20 années qui ont suivi. Je ne peux toujours pas énumérer ses faiblesses ou dire que si vous jouez contre lui d'une manière ou d'une autre, vous gagnerez. C'est impossible. Il n'y a pas de formule magique contre lui.
En 2005, on ne savait pas encore tout cela. Je me souviens seulement que j'étais très déçu de la défaite parce que je me sentais beaucoup plus fort à l'entraînement que pendant le match. Mais c'est peut-être aussi une partie du secret de sa réussite : il rend son adversaire plus faible. Tout simplement parce que c'est Nadal.
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Rafael Nadal en 2005 lors de son 1er tour à Roland-Garros

Crédit: Getty Images

Déjà à l'époque, son art consistait à jouer chaque point comme si c'était le dernier. A fond. Chaque point. Chaque. Chaque. Point. Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué mais, avec Rafa, on ne peut jamais vraiment savoir quel est le score. Là où d'autres laissent échapper quelques mimiques ou signaux corporels, lui est toujours le même. Toujours concentré. Il est dans une forme de routine à chaque point. Concentré sur ses rituels. Ça aussi, c'est épuisant. Et impressionnant.
Par la suite, j'ai regardé des extraits de mon match contre Rafa ici et là. Des échanges individuels. J'aimerais être encore aussi agile aujourd'hui ! Mais je dois aussi admettre que je suis un peu fier quand je me vois comme ça. Lorsque vous êtes en tournoi et que vous ne vous appelez pas Nadal, vous rentrez chez vous presque chaque semaine avec un mauvais sentiment et une défaite dans vos bagages. Ce n'est qu'en vieillissant que l'on peut vraiment apprécier ce que l'on a accompli.

Une petite histoire dans la grande

Cette année, je vais aller à Paris en tant que spectateur. Je veux montrer à mes enfants, âgés de 14, 12 et 8 ans, ce qu'est un Grand Chelem. Parmi les joueurs actuels, j'aime beaucoup regarder Jannik Sinner, j'aime sa façon de jouer. Les matchs avec Carlos Alcaraz sont bien sûr toujours spectaculaires. Et j'aime aussi regarder Alexander Zverev.
Pour la probable dernière apparition de Rafael Nadal à Paris, j'espère simplement qu'il pourra jouer sans douleur. Il devrait jouer à fond. Il serait dommage qu'il doive abandonner à un moment donné parce que son corps ne peut plus faire face. C'est pourquoi j'aimerais lui dire ça : "Vas-y, Rafa ! Vas-y, Rafa ! Quitte le terrain la tête haute."
Je suis bien sûr fier de faire partie de cette histoire - même si elle n'est qu'une petite histoire et qu'elle n'a pas été très fructueuse pour moi. Aujourd'hui encore, il m'arrive de recevoir des demandes d'interviews de différents pays pour parler du match contre Nadal. Il arrive aussi qu'un patient me demande si j'ai déjà joué au tennis…

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