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Richard Gasquet en Une de Tennis Magazine à 9 ans : La Une qui l'a poursuivi toute sa vie
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Publié 28/05/2024 à 23:44 GMT+2
Janvier 1996. Alors qu'il n'a que neuf ans, Richard Gasquet est propulsé en Une de l'édition de février de Tennis Magazine, mensuel de référence à l'époque. Le sous-titre est explicite : "Le champion que la France attend ?". Cette Une, le Biterrois l'a longtemps regrettée avant d'apprendre à vivre avec. Si le temps a fait son œuvre, elle continuera de faire partie de son histoire.
La Une de Tennis Magazine alors que Richard Gasquet avait 9 ans (montage Eurosport)
Crédit: Quentin Guichard
Son bonheur était communicatif. Comme au Rolex Paris Masters en novembre dernier, Richard Gasquet avait mis le public parisien dans sa poche. Mais, cette fois-ci, il a su conclure, dimanche, pour s'offrir un moment à part, suspendu, qui restera. Sa célébration, à terre, témoignait du soulagement qui pouvait habiter un joueur de 38 ans en recherche de derniers frissons. "Je ne sais pas si c’est le meilleur moment de ma carrière, mais en tout cas c'est un moment… Voilà, j'ai 38 ans quasiment, rappelait-il. C'est une très belle victoire. Je ne domine personne aujourd'hui. Je sais que tous les matchesvont être difficiles. Je sais que je m'entraîne, que c'est dur mais il y a la passion de jouer."
Cette passion, c'est sans doute le fil rouge d'une carrière longue de 22 ans selon le décompte de l’ATP. Officiellement, tout a débuté à Monte-Carlo 2002 quand, à 15 ans et 10 mois, il tapait Franco Squillari, 54e mondial et demi-finaliste sortant de Roland-Garros pour devenir le plus jeune joueur de l'histoire à gagner en Masters 1000. Officieusement, pourtant, tout avait commencé six ans plus tôt.
Janvier 1996 : pour son numéro de février, Tennis Magazine, référence pour les passionnés à l'époque, affiche son visage poupon et son geste de revers, déjà si reconnaissable, en Une. "Le champion que la France attend ?" : difficile de faire titre plus accrocheur. Cette Une, Gasquet l'a longtemps mise à distance. Sans être un fardeau, au vu de son évolution, elle ne fut vraiment pas un cadeau. En 2019, pour le podcast Echange, il était revenu sur la genèse de ce reportage devenu un peu trop collant.
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La Une de Tennis Magazine alors que Richard Gasquet avait 9 ans (montage Eurosport)
Crédit: Quentin Guichard
La surprise de se voir en Une
"L'histoire avec Tennis Magazine, c'est un peu pénible, expliquait-il. Ils avaient appelé mes parents en disant qu'ils voulaient juste faire un reportage. Ce qu'il se passe, c'est que je recevais le magazine tous les mois à la maison. En le recevant, je vois ma tête en Une. Ils ne nous avaient pas prévenus, je ne savais absolument pas que j'allais faire la Une. Ça m'a mis mal à l'aise. Moi j'étais plutôt introverti. Donc je dirais même très mal à l'aise. Aussi jeune, ce n'est pas du tout agréable. Ce n'est pas un truc sympathique."
Un enfant de neuf ans en Une : Jean Couvercelle, fondateur et directeur du magazine, et Guy Barbier, auteur du reportage, disparu depuis, avaient évidemment pris la mesure des critiques à venir. "On l'a fait avec toutes les précautions d'usage, se justifiait Couvercelle auprès de Tennis Legend en 2022. On savait bien qu'il y aurait quelques contestations par rapport à cette mise en avant." Même 28 ans après, l'effet est toujours le même auprès de ceux qui découvrent celle-ci. De manière surprenante, Lucas Pouille n'en avait jamais entendu parler avant nos questions. "C'est violent quand même" fut sa réaction à la vue de celle-ci.
L'historique fondateur et dirigeant pendant près de 40 ans assume tout. "On avait entendu parler de ce petit garçon qui jouait formidablement bien, avec un style déjà bien avancé, rembobinait-il encore. Donc, par curiosité, on s'était dit qu'un reportage pouvait être intéressant. On a pris contact avec ses parents, évidemment, pour pouvoir venir le voir. C'est Guy Barbier qui a été là-bas et qui a été séduit par le talent inouï de Richard. On a fait un reportage complet. Quand Guy est revenu, l'idée est venue de le mettre en couverture car c'était quelqu'un qui, visiblement, pouvait aller très loin. Et qui représentait, aussi, au nom des jeunes joueurs qui veulent se lancer dans le tennis, un exemple parmi d'autres. C'est pour ça qu'on n'a pas mis son nom en entier. Evidemment, ça ne trompait personne. Mais c'était plus pour dire : 'c'est un gamin parmi d'autres mais celui-là est différent'."
Différent et donc très attendu. Si la secousse n'a pas été immédiate après la parution de la Une, elle a participé à la construction d'une légende. Celle du "petit Mozart du tennis" – terme que détestent les deux parties -, d'un surdoué en passe de mettre fin à la disette française en Grand Chelem. C'est à Monte-Carlo que le monstre est devenu concret pour Gasquet. "Jeune, ça allait car je ne m'en rendais pas trop compte, expliquait-il. C'est plus après, notamment à Monaco… En fait, ça a créé beaucoup d'attentes. J'ai gagné assez jeune, ce n'était pas évident à gérer. "
Ami de Gasquet et admirateur du joueur, Lucas Pouille a pu constater à quel point l'engrenage médiatique, surtout dans l'Hexagone, est parfois redoutable. "En France, dès qu'un joueur joue bien très jeune, on le met très haut, concède-t-il. Peut-être trop vite. Mais Richard avait un vrai talent. A 16 ans, il gagne un match à Monte-Carlo. Il a été devant Rafa mais après l'écart s'est creusé entre les deux. Est-ce qu'on l'a mis trop haut ? Je pense que c'est à la hauteur de l'espoir que les Français ont d'avoir un vainqueur en Grand Chelem."
Tous les acteurs interrogés sont cependant unanimes sur une chose : que la Une ait gêné Gasquet est une réalité. Dire qu'elle a freiné son ascension est un non-sens. "Quand j'ai commencé à l'entraîner, il avait déjà 17 ou 18 ans donc l'effusion du tout début était déjà un peu passée, témoigne Éric Deblicker. Il a progressé, il a gravi les étapes. Cette Une, il ne l'abordait pas. Elle ne l'a pas particulièrement empêché."
Symbolique d'une attente trop longue et d'une presse impatiente
Alors, pourquoi ce choix a-t-il autant été commenté ? Pourquoi continue-t-il de faire parler ? Sans doute parce qu'il symbolise à merveille la relation entre la presse française et ses héros. Cette attente, déjà trop longue en 1996, est devenue une éternité en 2024. Et, fatalement, la pression va crescendo. Dès qu'une micro-secousse apparaît, c'est une vague d'espoir incontrôlable qu'il faut savoir gérer pour les principaux concernés.
"En fait, au moindre résultat, on te met tout de suite en avant en disant : ‘Ça y est, c'est peut-être lui ?' Mais avant que ça soit lui, il faut qu'il se passe des choses, il y a du boulot à faire, témoigne Lucas Pouille. Et dès qu'il y a un résultat qui ne va pas… C'est peut-être le jeu des médias aussi. Pour moi, on met en avant trop tôt, trop vite mais, surtout, on n'accepte pas les échecs derrière pour y arriver."
"Les étapes, il faut les franchir au fur et à mesure, confirme Deblicker. Le plus important pour le joueur, c'est qu'il aille au bout de lui-même, de ses rêves, de ses ambitions et ses projets." De ce point de vue, Gasquet aura été au rendez-vous de son histoire. 16 titres, une longévité légendaire dans le Top 100, des incursions régulières dans le Top 10, trois demi-finales de Grand Chelem et cette lucidité, à l'heure du bilan, de reconnaître ses limites face au monstre à trois têtes ayant martyrisé le circuit pendant ses plus belles années.
Peut-être aurait-il signé, à 9 ans, pour pareil parcours professionnel alors qu'il dominait sa génération. Sans doute aurait-il préféré une exposition moins précoce et moins "mythique". Mais la légende de "Ritchie" s'est construite ainsi.
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