Roland-Garros 2024 - Demi-finales | L'antisèche : Alcaraz - Sinner, Drôle de drame
Par Laurent Vergne
Publié 07/06/2024 à 20:05 GMT+2
Carlos Alcaraz est venu à bout de Jannik Sinner après un combat de plus de quatre heures et cinq sets (2-6, 6-3, 3-6, 6-4, 6-3) parfois déroutant et décousu. Les deux jeunes champions ont tangué à tour de rôle, entre nervosité, crampes et passages à vide. Mais l'Espagnol a une fois de plus affiché de formidables qualités de combattant pour porter l'estocade finale.
Alcaraz - Sinner, une demi-finale déroutante.
Crédit: Getty Images
Le pourquoi du comment
Ce ne fut pas le sommet de tennis que l'on pouvait espérer, peut-être parce que ces deux-là avaient placé la barre très haut, peut-être trop, lors de leurs premières confrontations. Y compris en Grand Chelem. Carlos Alcaraz et Jannik Sinner ont déjà mieux joué que ce vendredi, et, en prime, ils ont souvent eu du mal à accorder leurs violons pour hausser leur niveau de jeu en même temps. Mais les deux derniers sets ont tout de même valu le détour et, de toute façon, cela importe peu au vainqueur du jour. Alcaraz est en finale, c'est tout ce qui compte pour lui.
Mais tout de même, on ne s'attendait pas forcément à ça. A ce duel où, de l'aveu même de l'Espagnol, les deux protagonistes ont crampé au fil de l'après-midi. Des crampes de stress, celles dont Alcaraz avait déjà été victime l'an dernier au même stade de la compétition contre Novak Djokovic. Celles de Jannik Sinner ont été visibles à l'œil nu. Physiquement, elles l'ont probablement davantage pénalisé et à ce drôle de "jeu", ce drôle de drame, c'est Alcaraz qui a su le mieux, ou le plus rapidement, dompté ses démons.
Pourtant, on a bien cru que cette demi-finale allait lui glisser entre les doigts, tant il est apparu tendu dans la partie initiale du match (il s'est tout de même retrouvé mené 6-2, 2-0), tant Sinner s'est montré impérial pendant près d'une heure, et tant il (Alcaraz) a cafouillé son tennis dans le troisième set au moment où il semblait destiné à prendre le dessus, notamment dans le combat. Mais le jeune matador de Murcie a eu l'immense mérite de surmonter ses propres limites du jour.
Personne ne fut parfait vendredi, tout le monde fut très humain et après quasiment deux décennies d'une forme d'anormalité, presque de "monstruosité" du Big 3 dans le domaine de la gestion des événements, c'est après tout assez rafraichissant. Puis, tout ne peut pas s'écrire dans la simplicité. Comme Alcaraz l'a dit au micro sur le court (voir ci-dessous), "il faut trouver de la joie dans la souffrance." Sur ce plan, il a été servi.
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Carlos Alcaraz est en finale à Wimbledon.
Crédit: Getty Images
Le moment clé
Cette demi-finale a parfois semblé décousue. Ce fut à toi, à moi, pour le meilleur et parfois pour le pire. Résultat, les hauts et les bas ont été nombreux de part et d'autre. Mais le dernier point de bascule a été le plus significatif. Justement parce qu'il fut le dernier. Une sorte de rivière sans retour cette fois. 4e set, 5-4 Alcaraz. Sinner au service. 30-15 sur son engagement en faveur de l'Italien qui commet une sorte de "Djoko smash" d'école.
Une faute, grossière, qui va peser lourd puisque deux points plus tard, Alcaraz aura réussi le break synonyme de gain du 4e set. Mais s'il a bénéficié de cette cagade de son adversaire, le protégé de Juan Carlos Ferreo a été énorme sur ce 10e jeu, où il a su prendre des risques et mettre une pression constante. Pile quand il le fallait. Derrière, son break d'entrée de manche finale a fini de faire pencher la balance de son côté.
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Jannik Sinner
Crédit: Imago
La stat à retenir
La dimension physique a probablement joué un rôle très important dans le dénouement de cette rencontre, mais on ne peut mettre totalement de côté la force mentale de Carlos Alcaraz. Même s'il est loin d'avoir respiré la sérénité d'un bout à l'autre, une fois revenu à deux sets partout, le Murcien s'était mis en position de force. Depuis le début de sa carrière, il avait déjà disputé 10 rencontres en 5 sets. Bilan ? 9 victoires, 1 défaite, contre Matteo Berrettini lors de l'Open d'Australie 2022, au super tie-break.
Alcaraz est un formidable "matcheur". Il adore ce genre de combats à rallonge, où son sens inné de la grinta fait merveille. Le voilà donc désormais à 10-1 dans cette configuration, c'est-à-dire en Grand Chelem puisqu'il fait partie d'une génération où les quatre tournois majeurs détiennent le monopole des rencontres en cinq sets. Jannik Sinner a beau avoir remporté la finale du dernier Open d'Australie en 5 sets contre Medvedev, il n'affiche pas les mêmes statistiques : 6 succès mais 8 revers à présent. A noter que 6 de ses 7 dernières défaites en Grand Chelem l'ont été en 5 sets...
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Un match qui restera dans les annales : les temps forts d'un exceptionnel Alcaraz-Sinner
Video credit: Eurosport
La décla : Carlos Alcaraz
"Vous devez vous battre, vous devez souffrir. Comme je l'ai souvent dit à mon équipe, il faut aimer souffrir. Il faut trouver de la joie dans la souffrance. Les matches les plus durs que j'ai joué dans ma courte carrière, c'est contre Jannik. L'US Open 2022, celui d'aujourd'hui. C'est un grand joueur et je pense qu'on va en jouer beaucoup d'autres."
La question : Alcaraz a-t-il fait le plus dur ?
Novak Djokovic contraint de renoncer sur blessure avant les quarts de finale, Jannik Sinner écarté par ses soins en demie, voilà Carlos Alcaraz lancé sur une voie en apparence royale. A 21 ans, il s'apprête à disputer sa troisième finale de Grand Chelem, dans un troisième tournoi différent, après l'US Open et Wimbledon. Il a remporté les deux premières et quel que soit son adversaire dimanche sur le court Philippe-Chatrier, il est raisonnable de penser qu'il aura toutes les raisons d'y croire.
Attention toutefois. Il sera sans doute le légitime favori, au regard de ce qu'il a accompli jusqu'ici dans ses deux premières finales majuscules, et de tout ce que Casper Ruud et Alexander Zverev n'y ont pas encore fait. Mais il affrontera dimanche un joueur d'expérience à ce niveau et s'il a eu le dernier mot dans cette demi-finale, il ne l'a pas non plus survolée d'un bout à l'autre au point de débarquer en finale comme sur un boulevard. Il devra rester sur ses gardes, et il le sera, mais il lui faudra sans doute faire encore plus et encore mieux dimanche.
Il n'en reste pas moins que ce que ce jeune homme continue d'accomplir a de quoi soulever l'admiration. Depuis son titre à Wimbledon l'été dernier, il semblait un peu plus en retrait, notamment face à Jannik Sinner, lequel avait clairement le vent en poupe. Alcaraz est arrivé sur la pointe des pieds à Roland-Garros, sur la pointe du coude même, celui qui le tracasse, mais depuis son match face à Sebastian Korda au 3e tour, il a impressionné. Il n'est plus qu'à une marche d'un sacré tour de force (trois Grands Chelems différents à 21 ans) et jusqu'ici, le moins que l'on puisse dire est qu'il a apporté la preuve de sa capacité à être fidèle aux rendez-vous qu'il se fixe.
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Alcaraz - Sinner, le nouveau classique du tennis ?
Video credit: Eurosport
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