Roland-Garros 2024 - Finale dames | Swiatek, un (petit) air de Nadal
Par Laurent Vergne
Publié 07/06/2024 à 23:49 GMT+2
Grande favorite du tournoi, Iga Swiatek est au rendez-vous de la finale, face à la surprenante Jasmine Paolini. La Polonaise peut conquérir samedi un quatrième titre à Roland-Garros, à seulement 23 ans. Sa domination presque totale sur sa surface préférée n'est pas sans rappeler celle de son idole Rafael Nadal, sans savoir bien sûr si elle atteindra les mêmes proportions délirantes.
Iga Swiatek.
Crédit: Getty Images
Comparaison n'est jamais raison. Encore moins quand on s'avise de vouloir mettre qui que ce soit dans les pas de Rafael Nadal sur terre battue. Rien ni personne ne peut être comparé à ce que l'Espagnol a accompli sur cette surface. Mais les tentations existent parfois. C'est sans doute dans le tennis féminin que l'on trouve un petit quelque chose de nadalien, à travers les traits du jeu et les résultats d'Iga Swiatek.
La Polonaise est loin de dégager la même impression de suprématie que celui qui, et ce n'est certainement pas un hasard, a été son idole en grandissant. Nadal, au sommet de sa splendeur, perdait un match sur terre tous les 36 du mois à condition qu'ils tombent un 29 février. Rarement, donc. Swiatek n'est pas aussi imperméable à la défaite sur la brique pilée, et quand on lui soumet l'idée d'une telle comparaison, elle oscille entre "je suis flattée" et "je suis gênée".
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Rafa Nadal et Iga Swiatek
Crédit: Getty Images
Mais il y a un domaine dans lequel le rapprochement a du sens : comme Nadal, elle sait jouer au tennis sur d'autres surfaces, particulièrement sur dur en ce qui la concerne, mais la terre sublime son jeu. "Cette surface rend mon jeu meilleur, a-t-elle résumé jeudi après sa victoire contre Coco Gauff. Je peux utiliser davantage mon lift. Je peux être plus efficace en défense parce que c'est un peu plus lent, mais en même temps, cela me pousse à être plus agressive. Donc tout ça me convient parfaitement."
"Je n'aime pas comparer les noms et les gens, nous souffle notre consultant Alex Corretja, mais Iga, c'est un peu comme Rafa quand il était au top, dans le sens où si vous voulez espérer la battre à Roland-Garros, vous devez être à 100% pour avoir ne serait-ce qu'une chance. Et encore. Au final, quoi qu'il arrive, l'issue du match dépend davantage d'elle que de vous."
Iga Swiatek est un peu plus fragile que Nadal notamment parce que les formats diffèrent. Le Majorquin était presque imbattable sur terre, mais à Roland-Garros, sur la longueur, en trois sets gagnants, il devenait quasiment intouchable, hors de portée du commun des mortels, à l'exception, peut-être, de Novak Djokovic, le cas Söderling relevant d'autre chose, davantage de l'ordre de l'exception. Swiatek, elle, ne bénéficie pas de cette "protection" supplémentaire.
Elle a déjà été battue ici à Roland-Garros, à 18 ans avant le début de son règne (en huitièmes de finale, par Simona Halep) puis en 2021 en quarts, vaincue par Maria Sakkari. Cette année, il n'a manqué qu'un tout petit point à la revenante Naomi Osaka pour déboulonner la double tenante du titre dès le 2e tour. Malgré tout, venir à bout de la native de Varsovie sur les courts de la porte d'Auteuil s'apparente à un exploit. "Très haute", sourit-elle d'ailleurs quand on lui demande de qualifier son niveau de confiance sur terre. Elle manie plutôt bien l'art de l'euphémisme.
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Iga Świątek à Roland-Garros
Crédit: Getty Images
Samedi, contre Jasmine Paolini, elle peut décrocher son quatrième titre ici, à seulement 23 ans et quelques jours. Quatre titres, comme Justine Hénin, par exemple. Si jeune, c'est assez fou et, à 23 ans, Nadal comptait lui aussi quatre couronnes parisiennes. De là à envisager le même type de destin, il y a bien plus qu'un pas et ce n'est sûrement pas elle qui se risquera à tenter de les franchir. "On verra dans 14 ans si mon parcours est similaire au sien. Je ne me comparerai jamais à Rafa, parce qu'il est au-dessus de tout le monde, il est une légende absolue", martèle la numéro un mondiale.
Voilà qui est raisonnable. Si le palmarès de Nadal à Roland-Garros est ce qu'il est, c'est qu'il a combiné à la fois une domination presque absolue jamais vue par le passé sur cette surface ou sur une autre, avec une longévité exceptionnelle qui a requis une motivation de tous les instants et un physique capable de traverser le temps en dépit de soucis récurrents. Remplir toutes ces conditions pendant 15 ou 20 ans n'est pas loin d'une forme de miracle.
Sans atteindre de telles proportions, la mainmise d'Iga Swiatek sur Roland-Garros pourrait toutefois se prolonger au moins quelques années. Elle possède une marge sur la concurrence, ses principales rivales étant à ce jour moins à l'aise qu'elle sur cette surface qu'elle aime tant. Et puis, elle est jeune. A défaut de Nadal, elle pourrait donc fondre sur Steffi Graf (6 titres) et sur Chris Evert (7), la recordwoman des victoires à Paris. Ce serait déjà un sacré pas dans la légende.
Mais chaque chose en son temps. D'abord, ce quatrième sacre, qui lui tend les bras, face à une joueuse que personne n'attendait à un tel niveau. Nadal n'a jamais perdu une finale à Roland-Garros, et il l'aurait encore moins perdue face à un joueur d'un calibre très inférieur au sien sur le papier. Perdre face à Jasmine Paolini constituerait un vrai gros coup d'arrêt pour Iga Swiatek. "Honnêtement, je n'ai pas beaucoup vu ses matches, donc je vais surtout me concentrer sur moi ", avoue-t-elle. Après tout, comme le dit Corretja, l'issue du match dépend d'abord d'elle-même. Ce sera peut-être plus vrai que jamais samedi.
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Paolini-Swiatek, la finale de Roland Garros 2024
Crédit: Getty Images
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