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Roland-Garros, J-9 : Lettre ouverte à Rafael Nadal
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Publié 17/05/2024 à 11:07 GMT+2
Viendra, viendra pas ? Rémi Bourrières, lui, a désespérément envie que Rafael Nadal vienne à Roland-Garros. Peu importe ce qu'il y fera ou n'y fera pas. Alors, de quoi peut-il bien avoir peur ? De sortir au premier tour ? Et alors ? Et puis, sait-on jamais... Voici donc un cri du coeur, doublé de ce sentiment profond : Rafa, lui aussi, doit crever d'envie de venir à Paris.
Rafael Nadal lors de Roland Garros 2022
Crédit: Getty Images
Cher Rafa,
Au moment où j’écris ces lignes, Roland-Garros n’est plus qu’à quelques jours et nous sommes toujours pendus à ta décision de savoir si, oui ou non, tu vas venir faire tes adieux au tournoi qui t’a fait roi, ou si tu vas choisir d’en rester définitivement là, sur ce 14e titre conquis il y a deux ans, en 2022, sur un pied. Les derniers échos venant de Majorque laissent entrevoir une tendance au oui mais en réalité, on n’en sait pas vraiment plus et ton silence dans cette dernière ligne droite deviendrait presque assourdissant à force de ne cesser d’alimenter le suspense.
J’imagine qu’ayant beaucoup à faire en ce moment, tu as raté avec effroi l’Eurovision samedi dernier, surtout que tu venais de subir à Rome, face à Hubert Hurkacz, une défaite assez indigne de ta grandeur passée sur terre battue. Tu n’as donc sans doute pas vu notre représentant tricolore, Slimane, terminer à une honorable 4e place de cet étrange télé-crochet mélangeant wokisme et mode Art Déco, sur vague fond musical, avec une chanson pour le coup à peu près normale, on a presque envie de dire une belle chanson, dans laquelle il supplie celle que l’on devine être son ex de revenir à Paris, parce que leur histoire est peut-être terminée, d’accord, mais parce que, vois-tu, il l’aime encore.
Bon, je m’égare un peu – c’est l’émotion – et les tribulations d’un concours remporté qui plus est par un Suisse ne t’intéressent certainement guère, mais tu as compris l’idée : moi aussi, j’ai envie de t’écrire ici une supplique pour que tu reviennes à Paris cette année, ta dernière – a priori – sur le circuit : entre nous, entre toi et moi, entre toi et la France, l’histoire ne peut pas se terminer comme ça, sans un ultime au revoir, un ultime frisson, un ultime sanglot.
L’hésitation qui est la tienne actuellement, nous la comprenons tous, nous la respectons tous. Juste, nous ne l’aimons pas. Je ne vais bien sûr pas parler au nom de tous les passionnés de tennis de ce pays, certains ont peut-être envie de garder le souvenir heureux de ton sourire. Mais il me semble bien, à lire ici ou là, que nous sommes une immense majorité à avoir envie que tu viennes. Pardon, pas envie ; besoin serait un mot plus juste. Juste pour te voir jouer, une dernière fois. Pour te rendre l’hommage que tu mérites. Peut-être pour t’y fêter une énième fois ton anniversaire, si tu atteins la deuxième semaine. Pour te dire au revoir, tout simplement.
Bien sûr, si ce n’est à Roland-Garros, ce sera certainement aux Jeux Olympiques, dans deux mois. Mais ce n’est pas pareil. Ce sera le même stade mais pas le même décorum, pas le même tournoi, pas le même enjeu, pas le même contexte, pas le même public non plus. Quelque part, cela ferait presque bizarre d’organiser ton pot de départ à ce moment-là, dans ce contexte un peu hors du temps, cet événement certes de dimension planétaire mais qui n’a pas encore trouvé son plein rayonnement en ce qui concerne le tennis. Un peu comme si on faisait la fête chez toi, mais avec des invités inconnus. Non, c’est à Roland-Garros et nulle part ailleurs que l’on a envie de célébrer tes adieux.
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"Oui, Nadal doit venir jouer à Roland-Garros"
Video credit: Eurosport
Pourquoi cette envie, ce besoin irrépressible de te dire au revoir, quand on pourrait aussi se réjouir, après tout, de garder de toi le souvenir heureux d’un dernier sacre ? Bonne question, je me la suis posée aussi et plutôt que de me lancer, pour tenter d’y répondre, dans une onéreuse thérapie non remboursée par la Sécurité sociale – un organisme français parfois assimilé, pour blaguer, à ton jeu de fond de court, mais en beaucoup moins rentable -, je suis allé chercher les réponses sur Google en tapant les mots-clés adéquats : "l’importance de dire au revoir à quelqu’un".
Les réponses obtenues sont sans équivoque. Exemple : "Être capable de dire au revoir de façon saine réduit les émotions négatives associées à la séparation et facilite l'acceptation du changement." Ou encore : "En disant au revoir, nous avons l’occasion de dire tout ce que nous avons sur le cœur, de régler les éventuels conflits non résolus et de laisser derrière nous les tensions. Cela nous aide à nous libérer émotionnellement et à avancer vers de nouvelles opportunités." Tu vois, si même Doctissimo le dit... Et tout ceci est valable aussi bien pour un deuil que pour une rupture amoureuse ou une retraite sportive.
La démarche est peut-être un peu égoïste, du reste, je l’entends bien. Finalement, c’est sans doute plus nous, public français, qui avons besoin de te dire au revoir que l’inverse. Parce que nous, on s’en fiche bien que tu coures le risque de prendre trois petits sets au 1er tour face à – exemple au hasard - Pedro Martinez. Au pire, cela écornera légèrement tes statistiques effarantes à Roland-Garros, mais ne ternira certainement pas ton héritage, pour reprendre un thème récemment soulevé par Andy Murray.
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Nadal, la chute de Rome : sa balle de match perdue contre Hurkacz
Video credit: Eurosport
Tu sais, mis à part Björn Borg, "l’autre" plus grand joueur de l’histoire d’un tournoi qu’il n’a plus jamais rejoué après son dernier titre en 1981, c’est tout à fait normal de prendre une valise quand on s’en va. Regarde Roger, il a bien quitté Wimbledon – et fini sa carrière - sur une bulle face à (tiens, tiens…) ce cher Hubert Hurkacz. Et il n’est pas le seul. D’autres légendes de Roland comme Mats Wilander, Gustavo Kuerten, Ivan Lendl, Jim Courier ou Sergi Bruguera ont tous quitté la Porte d’Auteuil sur de piteuses éliminations. Qui s’en souvient aujourd’hui ? Même pas moi puisque, là encore, j’ai dû vérifier sur Google…
Que de ton côté en revanche, la perspective d’une déroute finale t’incommode, je peux l’entendre. Tu as toujours dit que si tu revenais un jour à Paris, ce serait pour y être compétitif. Mais à ce stade finissant de ta carrière où ton corps ne te permet plus de mettre sur le terrain cette intensité qui a payé une bonne partie de ta villégiature à Porto Cristo et du yacht luxueux qui l’accompagne, qu’entends-tu précisément derrière le mot "compétitif" ? Gagner le tournoi ? On a tous compris que ce serait compliqué. Atteindre la deuxième semaine ? Passer un tour ? Tenir un match en cinq sets sans devoir te résoudre à l’abandon comme l’avait fait Jimmy Connors en 1991 lors d’un 1er tour mythique face à Michael Chang qui, soi-dit en passant, a contribué à sa légende ?
Je ne sais pas exactement. J’avoue d’ailleurs que ces derniers temps, j’ai eu un peu de mal à te comprendre. Tu avais commencé la saison 2024 en laissant entendre que ce serait ta dernière, sans en dire plus. Puis tu t’étais à nouveau blessé et nous avais laissé mijoter ainsi pendant de longues semaines. Quand tu es réapparu à Madrid, tu m’as pris un peu de court avec cette cérémonie d’adieu qui, pour moi, ne laissait plus aucun doute sur le fait que tu quitterais la scène cette année. Et puis voilà qu’à Rome, tu as de nouveau semé l’ambiguïté en déclinant une cérémonie similaire au motif que tu n'étais pas sûr de ne jamais y revenir. Tu me tues, Rafa ! Comment peux-tu jouer ainsi avec nos nerfs et nos sentiments ?
Bien sûr, dans cette ambivalence du discours, j’imagine qu’il y a aussi la volonté chez toi de ne pas trop en faire, de ne pas faire de chacun de tes derniers pas une sorte de procession bordée d’hommages, en clair une tournée d’adieu larmoyante qui cadrerait mal avec ta volonté première d’être, avant tout, le plus performant possible. Mais maintenant, il est vraiment temps de te poser la question tout de (let’s) go pour Roland-Garros : tu viens ou tu viens pas ? Et si tu viens, sera-ce pour la dernière fois ? Peut-être tergiverses-tu encore, mais au fond, tu as envie de venir, cela crève les yeux. Alors arrête de réfléchir, oublie que tu n’as aucune chance (quoique…) et fonce : vamos à Paris !
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