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Stéphane Robert : "J'ai une histoire incroyable avec Federer"
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Publié 10/06/2024 à 23:41 GMT+2
Joueur atypique et personnalité originale, voilà qui pourrait décrire Stéphane Robert, 44 ans et ancien membre du Top 50. Amoureux des voyages et des rencontres, l’intarissable et jovial natif de Montargis a toujours allié ces deux passions à sa carrière de tennisman. Il en ressort de nombreuses anecdotes, notamment avec Roger Federer, et tranches de vie savoureuses.
Stéphane Robert n'a affronté qu'une seule fois Roger Federer sur le circuit : à Indian Wells en 2017
Crédit: Imago
Stéphane, vous avez été joueur professionnel jusqu’en 2022, vous avez arrêté à plus de 40 ans. Est-ce qu’il a été difficile de tourner la page de joueur ?
Stéphane Robert : Oui, j’ai prolongé le plaisir très longtemps. Je me souviens avoir discuté avec un ancien joueur sud-africain, Louis Vosloo, qui entraînait un peu ensuite sur le circuit. Il m’avait dit "joue le plus longtemps possible, c’est ça le mieux". J’ai retenu ce conseil. J’étais comme un poisson dans l’eau sur le circuit, j’adorais cette vie, donc j’ai tout fait pour. J’aurais même pu continuer un peu plus longtemps mais je me suis blessé au genou sur Wimbledon 2018 avant mon 2e tour. J’ai joué quand même, ça a amplifié la douleur, ça m’a mis sur le carreau pendant 2-3 mois et j’ai mis 6 mois à vraiment m’en remettre.
Vous étiez à quel niveau au classement à ce moment-là ?
S.R. : J’étais 135e mondial sur Wimbledon, dans une très bonne forme, je visais de remonter dans le Top 100 pour la quatrième fois (rires), j’adorais faire l’ascenseur. Bon, j’aurais préféré rester dans le top mais j’avais un peu de mal à tenir. Et en 2019, nouveau coup du sort, je me blesse en début d’année en me coupant le pied sur la plage à Nouméa, ça me plante le début de saison. Puis encore une espèce de chute à Taiwan, qui me fait mal sous le pied. Je me suis arrêté parce que jen’étais plus vraiment à 100%. Et comme une joueuse me proposait d’être son coach/sparring-partner, ça m’a mis gentiment sur la touche mais sans regrets, j’avais tout donné. Quand je repense à mon parcours, j’étais -2/6 à 20 ans, 50e mondial à 36. Quand on est -2/6 à 20 ans et qu’on fait ce que j’ai fait, on part la tête haute.
Beaucoup de joueurs, lorsqu’ils arrêtent, sont contents de ne plus voyager et de pouvoir rester chez eux. Vous, vous êtes devenu coach, actuellement du Français Hugo Grenier, et donc vous continuez à voyager. C’est que ça vous plaît toujours…
S.R. : Ça me plait toujours même si c’est plus simple quand on est l’acteur principal. Voyager c’est vraiment une passion.
Depuis toujours ?
S.R. : Depuis 2005. J’avais 25 ans et j’étais un peu dans le dur. Entre 2002 et 2004 j’étais monté 160e mondial, je m’étais mis beaucoup de pression pour monter dans le Top 100. Je ne l’ai pas fait, j’ai pris un coup sur la tête, j’ai perdu la motivation et je suis redescendu 600e mondial. Il fallait que je prenne un deuxième départ et je me suis dit "tu as la chance d’aller dans des villes différentes toutes les semaines, même si tu ne joues pas incroyable, amuse-toi et profite de l’endroit". Parfois je ne pouvais pas, parce que j’étais beaucoup sur le terrain, mais quand j’avais du temps, que j’étais éliminé, je prenais un petit après-midi pour aller me promener dans la ville, visiter, parler à droite à gauche… Et ça, c’est quelque chose que j’ai gardé.
Vous avez plus de temps maintenant pour visiter ?
S.R. : Pas forcément. Quand mon joueur joue bien, je suis très présent sur le terrain et ça peut être frustrant de se dire qu’on est allé dans un endroit et qu’on n’a rien vu. J’étais à Rome récemment et je n’ai rien fait de spécial parce que je n’avais pas le temps. Mais quand c’est entre mes mains et que je le peux, je m’ouvre toujours une petite porte pour profiter des endroits. C’est une vie dans la vie. Voyager comme on voyage, toute l’année, c’est exceptionnel par rapport à quelqu’un de normal qui va aller une fois ou deux en vacances dans l’année. Nous sommes dans des endroits très touristiques et j’essaye d’en profiter à max.
Je me souviens qu’une année en Australie, vous étiez resté après le tournoi pour aller faire une petite tournée de Challengers…
S.R. : Bon, ça c’était pour l’aspect sportif aussi. Je voyais que l’Australie c’était loin, que les Européens et Américains avaient du mal à rester sur place parce qu’ils ont un peu le mal du pays et envie de rentrer. J’y voyais l’intérêt sportif et j’ai bien joué d’ailleurs, j’ai gagné un Challenger et fait finale dans un autre. Donc ça permettait d’aller gagner des points, j’aimais bien l’ambiance, notamment en Tasmanie, j’aimais bien le côté insulaire…
Pourquoi ?
S.R. : Pendant un moment, j’aimais bien me dire que j’allais jouer sur des îles. C’est pour ça qu’on faisait une préparation à l’Ile Maurice, je faisais le Challenger à La Réunion, celui de Nouméa, j’allais jouer en Tasmanie, en Guadeloupe. J’avais joué aussi aux Bermudes en 2004. Ça m’a toujours fait marrer de me dire "tiens, tu vas faire un tournoi sur une île, c’est assez incroyable". Et puis je me suis spécialisé sur les longues tournées également.
Par exemple ?
S.R. : Une fois, j’étais parti le 30 novembre et je suis rentré le 25 mars. C’était assez incroyable de partir aussi longtemps. La difficulté, c’est d’arriver à gérer les plages de repos, parce que c’est compliqué de se ressourcer sur une période aussi longue. C’était le cas de la grosse tournée de février-mars où je partais en Amérique du Sud sur terre pour rebasculer sur dur, parce qu’il y a un moment où on fatigue un petit peu. Souvent à Indian Wells j’étais encore pas mal et à Miami je commençais à être un peu sur la corde, un peu irascible à l’entraînement, en match, à moins accepter…
En parlant de voyage et de fatigue, quand on est un joueur très bien classé, il n’y a pas de problème, on voyage en business class mais vous, sur des longs voyages comme l’Australie, vous pouviez vous le permettre ?
S.R. : La chance que j’ai eue, c’est que j’ai commencé à mieux jouer quand j’ai passé les 30 ans. Je faisais de l’investissement sur ma personne, donc j’ai voyagé en business tout le temps quand j’allais en Australie. Parfois, je profitais un peu des avantages : en 2013, j’avais profité des miles que j’avais accumulés pour avoir un billet en business, je bricolais un peu comme ça. Tu investis, mais tu récupères aussi. Sur les autres destinations, c’était un peu plus compliqué, parce qu’autant les compagnies offraient de bons tarifs pour aller en Australie, autant pour aller de l’autre côté c’était un peu plus cher mais je gérais.
Et pour le logement ?
S.R. : A un moment, j’ai fatigué aussi d’aller dans les hôtels. J’ai dit "maintenant ça suffit les hôtels, j’essaye d’aller soit chez des amis, pour me remettre dans un contexte où il y a de la vie, soit en Airbnb". Dans les hôtels, les chaînes classiques, c’est un peu froid. Je voulais plus de contact, que ce soit moins froid. Même maintenant, où je pourrais aller dans des hôtels, il m’arrive d’aller dans des "backpackers", parce que j’adore et que ça me fait marrer de rencontrer du monde.
En dortoir ?
S.R. : Oui, ça peut m’arriver de temps en temps parce que ça me fait marrer. J’ai eu des histoires incroyables, notamment en Australie. En 2012 ou 2013, je devais aller à l’hôtel mais je suis arrivé plus tôt et je ne voulais pas payer une chambre trop chère. Je me dis "tiens, je vais me mettre en 'backpacker'' et je rencontre quelqu’un qui était fan de tennis. Ce gars-là, je l’ai badgé et je l’ai emmené avec moi en qualifs. Il a croisé Federer dans le couloir parce qu’il s’entraînait la semaine des qualifs, il lui a souhaité bonne chance, il était comme un dingue. En 2016, je l’ai fait revenir de Nouvelle-Zélande pour venir voir mon match contre Gaël Monfils. C’est fabuleux et c’est le genre de chose que j’adore.
Au moment où vous le rencontrez dans le backpacker, il vous connaît ?
S.R. : Non non, pas du tout. On était dans le backpacker et j’avais une réservation après à l’hôtel, je lui ai dit "viens avec moi à l’hôtel" et il est venu. Ce sont des histoires assez marrantes. J’ai toujours aimé rencontrer des gens, un peu partout dans le monde. Des histoires incroyables comme ça, j’en ai beaucoup. Je me suis toujours dit "va à la rencontre des gens, tu ne vas rien perdre et tu n’as rien à gagner à rester étriqué dans ton état d’esprit".
Vous vous êtes fait des amis grâce à ça ? Grâce au tennis ?
S.R. : Oui bien sûr. Une fois, j’étais au Chili, c’était en 2014, juste après mon huitième à l’Open d’Australie. La transition avec le retour sur terre battue et là je n’ai personne pour jouer. Je vais voir le tournoi et je leur dis "mettez-moi un sparring si vous avez quelqu’un" et je me retrouve à jouer avec un gamin, qui ne joue pas très bien mais moi je m’en fous, j’ai besoin de jouer. Là, quelqu’un qui connaît le jeune arrive, surpris de le voir taper avec un pro, et il se trouve qu’il parlait français couramment. Il vient me voir à la fin de l'entraînement et il me dit gentiment "viens à la maison, je vais te présenter la famille". Je venais d’arriver, j’avais le décalage horaire donc j’ai attendu le lendemain mais j’y suis allé. Là, dix ans plus tard, je suis allé voir sa fille au Canada, il a d’autres enfants en Europe et de temps en temps je le recroise. Il est de Valparaiso / Viña del Mar et quand j’ai joué le Challenger de Santiago, je suis allé chez lui quelques jours avant de revenir à Santiago. C’est quelqu’un avec qui je suis en contact régulièrement.
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Historique pour Alcaraz, chaotique pour Nadal et Djokovic
Video credit: Eurosport
Vous en avez beaucoup des histoires comme ça ?
S.R. : J’en ai plein. J’envoie des e-mails réguliers depuis 20 ans à une mamie qui doit avoir 80 ans que j’ai rencontrée aux Bermudes, sur le Challenger. Depuis on reste en contact. Elle me suit encore parce qu’elle me dit "je regarde tes joueurs, tiens Hugo il a fait un super parcours en Australie" et ça me fait marrer. Je me nourris de tout ça, les gens sont très gentils et j’adore ce genre de situation. Parfois, une situation de carrière peut aussi être à l’origine d’un moment de vie inoubliable.
Par exemple ?
S.R. : J’ai dû faire des choses par la contrainte parce que je n’avais plus le niveau pour jouer le circuit principal. En février, c’était jouer en indoor en Europe ou s’exiler. À partir de 2011, je me suis rendu compte que j’aimais bien être au soleil. Donc je faisais la tournée en Amérique du Sud. Puis à partir de 35 ans, j’ai décidé d’aller en Asie parce que je n’y étais pas souvent allé. En 2019, j’ai joué une tournée en Corée du Sud. Avant, il y avait un tournoi à Taiwan où je suis allé parce que mon père avait travaillé là-bas et que ça m’amusait de repasser là où il était passé. Et entre les deux, je suis allé au Vietnam et au Laos où vivait un ami de lycée. Je suis allé à Hanoi, à la Baie d’Ha Long. Puis en arrivant au Laos, mon ami m’explique que c’est un pays communiste, qu’ils savent que je suis un joueur de tennis et qu’on va aller voir le ministre des Sports pour lui dire qu’on va peut-être organiser quelque chose. En fait, il voulait organiser une journée tennis dans un petit club et je me suis retrouvé à jouer avec une quinzaine de gamins laotiens, c’était incroyable. Ça sort complètement des sentiers battus, se retrouver au Laos chez un ami, entre deux tournois, à taper la balle avec des gamins.
À New-York aussi vous sortiez des sentiers battus parce qu’à l’US Open, tout le monde va dans de beaux hôtels à Manhattan et une année vous aviez choisi d’aller dans un petit hôtel d’apparence un peu "minable" dans le Queens, proche du stade, avec une petite Tour Eiffel en décoration. Je n’avais jamais vu ça. Pourquoi ce choix ?
S.R. : J’ai fait ça de manière pratique, parce qu’à l’US Open il y a des embouteillages. Je me suis dit "tiens je vais changer un petit peu d’atmosphère". Alors ce n’est pas la joie d’être dans cette zone là parce qu’il n’y a pas grand-chose. Mais bon ça ne me dérange pas, j’étais là sur le tournoi, il y a le grand parc à côté et j’ai fait une année dans ce "Paris Suites Hotel". C’était kitsch mais ça ne me dérangeait pas, je suis un bon baroudeur. Et cette année-là, je me qualifie et je perds au deuxième tour. C’est une histoire d’efficacité et je sais que dans ces conditions-là, je suis bien. Tous les jours, je gagnais deux heures, j’étais tranquille, j’allais à pied sur le site et le soir il m’arrivait de manger au stade parce qu’il n’y avait pas beaucoup de restaurants autour.
Autre expérience de vie : en 2017, l’année où Federer regagne l’open d’Australie, vous aviez été sparring pour lui. Comment cela s’était-il passé ?
S.R. : J’avais perdu au 1er tour contre Lajovic et j’avais envie de jouer avec lui. Je voyais que le temps tournait et je me disais "c’est incroyable, je n’ai jamais joué avec Roger" donc j’ai parlé avec son coach et je lui ai dit "si vous cherchez quelqu’un pour taper de temps en temps, moi je suis là, je reste encore quelques jours". Et je me suis retrouvé à jouer trois ou quatre fois avec lui. Il y avait encore les courts en indoor. Je joue avec lui dessus et je me dis "le niveau qu’il a, la vitesse de balle, c’est incroyable, je n’ai jamais vu ça. S’il ne gagne pas le tournoi, je comprends rien". Le gars, il me marchait dessus en étant tranquille, il me mettait des ogives. En revers il avait progressé, il était capable d’accélérer sur des balles hautes.
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Roger Federer et Stéphane Robert
Crédit: Getty Images
Et vous avez rejoué avec lui après ?
S.R. : Cette année-là, j’ai dû jouer trois ou quatre fois avec lui. Je l’avais échauffé avant son match contre Berdych et je partais à l’aéroport après. J’avais regardé le match dans les salons de l’aéroport et il lui avait marché dessus aussi. L’année d’après, j’avais retapé quelques fois avec lui et il y a aussi cette histoire incroyable que je vais vous raconter…
Allez-y !
S.R. : En 2019, c’était quasiment mes derniers tournois et j’étais sur le Challenger de Prostejov (République Tchèque), qui se joue la deuxième semaine de Roland-Garros. Il est 17 heures et je vois sur mon téléphone que Séverin Lüthi (coach de Federer, ndlr) m’appelle. Il me dit "demain on aimerait que tu échauffes Rodge" à 11 heures. Et je lui dis "oui, compte sur moi, je viens à 11 heures". Je rentrais le soir mais c’était compliqué, j’arrivais tard parce que je prenais un vol de Vienne et surtout le lendemain matin, j’avais rendez-vous à 7h30 à Rueil-Malmaison pour faire une prise de sang à jeun. C’était le suivi longitudinal de la Fédération. Ensuite, j’avais rendez-vous chez le dentiste à 10h à la Porte d’Auteuil. Et je me suis pointé à 11h sur le Lenglen pour jouer avec Roger. Là, je tape avec lui et je me dis "si les gens savaient ce qui s’est passé, tout ce que j’ai fait dans les heures qui ont précédé" … C’était à mourir de rire. Je me fais éliminer, je joue comme une chèvre à Prostejov et je me retrouve le lendemain avec Rodge sur le Lenglen. Au début, je ne sentais rien, les balles étaient complètement différentes, puis petit à petit je me suis réglé. Je l’ai fait aussi parce que c’est exceptionnel de pouvoir jouer avec des joueurs de ce niveau-là, c’est toujours incroyable.
Il est comment Federer à l’échauffement ?
S.R. : Il fait ses échauffements tranquille, il frappe la balle, il fait ses petites gammes, tu sens que c’est un "joueur". Il est là, il s’amuse, il fait ses amorties, il envoie un petit revers, bam, il ne se prend pas la tête. À chaque fois que j’ai joué avec lui, on devait jouer une heure, on jouait quarante minutes, au lieu de jouer une demi-heure on jouait vingt minutes… Décontraction totale, c’est assez impressionnant de voir ça. Il a une capacité à se concentrer très rapidement, un peu en claquant des doigts, un peu comme Sampras à l’époque. Ils sont dans leur bulle et d’un coup ils se mettent en mode félin, carnassier et ils se retrouvent vite "dans la zone".
En 2017, vous l’aviez joué pour la première fois en tournoi à Indian Wells, donc peu de temps après avoir tapé avec lui pour la première fois. Quelle était la différence en match, par rapport à l’entraînement ?
S.R. : J’avais des douleurs aux adducteurs, j’avais une pubalgie. Mais il venait de perdre au 2e tour à Dubai contre Donskoy et je m’étais dit qu’il n’arrivait pas au summum de la confiance. J’avais bien joué au premier tour et au début du match, je savais que je n’étais pas à 100%, je me retrouve à 2 partout sans faire grand-chose d’exceptionnel. Je voyais qu’il donnait un petit peu. Et à un moment donné, il a mis un petit coup d’accélérateur et là je ne l’ai pas revu. Après tu as l’impression qu’il joue au ping-pong. Quand il a commencé à être agressif, je me suis dit "quel niveau il joue !" Il a gagné le tournoi en mettant 3 et 2 à Rafa en huitièmes ou en quarts (6-2, 6-3 en 8es de finale, ndlr). Moi, je n’avais pas les moyens de me défendre, mais même si j’avais pu me défendre, je n’aurais peut-être pas fait beaucoup mieux parce que c’est un niveau d’extra-terrestre et tu te rends compte de tes limites.
Vous avez joué les deux autres monstres également…
S.R. : J’ai joué Djokovic à Rome en 2016, ma meilleure saison, l’année où j’ai changé d’état d’esprit. Avant, je me demandais si j’étais à ma place et là je ne me suis plus mis de limites pour voir ce que ça allait donner. J’ai arrêté de croire que j’étais inférieur aux autres, je me suis mis à la table avec tout le monde, et ça m’a permis d’atteindre mon meilleur classement. Il n’y a pas de hasard. C’est pour ça que je sors mon gros match contre Djoko, où je le bouscule et où je joue mon tennis. Et puis j’ai joué Nadal quand il était plus jeune, c’était un petit monstre, il avait 16 ans.
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Stéphane Robert et Novak Djokovic
Crédit: Getty Images
Sur quel circuit ?
S.R. : En Futures. Rafa Nadal, je l’ai aperçu à Barcelone et à Madrid ces dernières semaines. La semaine dernière, ici à Roland-Garros il s’entraînait pendant les qualifs, j’étais dans le vestiaire du Jean-Bouin, de dos, il passe derrière moi, il me salue. Le respect qu’il a, c’est assez impressionnant. Il salue tout le monde sur les tournois, il connaît tout le monde. Impressionnant de respect et d’éducation.
Ici à Roland-Garros, vous n’avez pas toujours bien joué mais vous avez un exploit, comme les Français en ont souvent réussi en première semaine. Vous avez battu sur l’ancien court n°2 Tomas Berdych, alors 6e mondial, après avoir été mené deux sets à rien. Racontez-nous...
S.R. : C’était en 2011, j’avais joué mon premier Roland en 2004 et un de mes objectifs était de faire un coup ici, d’avoir une grosse victoire. Je l’ai réalisé ce jour-là et j’ai ressenti une sorte de plénitude. J’étais vraiment bien en arrivant sur ce tournoi, j’avais enchaîné les victoires sur le circuit secondaire et là j’étais sorti des qualifs. Je me disais qu’à part Rafa, tout était jouable. Au début du match, je le regardais un peu jouer, j’étais en dedans. Je prends 6/3 6/3. Et là, avant le début du 3e set, les gars de l’entretien arrosent le terrain et lui commence à se prendre la tête avec une trace où il y avait un peu trop d’eau au fond du terrain. Ça devait glisser un peu et ça l’a fait sortir du match. Je gagne le troisième et je me dis que normalement, le gars va se remettre en route au quatrième…
Et pas du tout…
S.R. : Je lui recolle 6/2, comme au troisième… Je sentais qu’il n’était pas serein parce que s’il peut appuyer à nouveau, il ne se laisse pas faire et il me bat en quatre. C’est là que j’ai commencé vraiment à y croire. Au cinquième il a recollé, il a eu une balle de match à 5/4 30-40. Je la sauve sur un retour raté après un service extérieur, puis j’arrive à breaker et à gagner 9/7. Je me souviens de l’ambiance qui était incroyable. Roger jouait sur le Central et je voyais des gens qui étaient sur la tribune du Central et qui regardaient. Il y avait mes parents et mon frère qui étaient là, c’était exceptionnel. J’ai un peu profité de ce jour de gloire, j’ai joué le jeu des médias, je suis allé faire toutes les interviews, je me répétais et j’ai cramé une énergie de dingue. Sur le match d’après j’étais vidé et je me suis fait écrabouiller par Fognini. Ridicule ! Je me sentais super bien physiquement mais je mettais tout à côté. Je n’avais plus d’énergie mentale.
Vous pourriez donner un petit conseil touristique à nos lecteurs. Qu’est-ce que vous leur recommanderiez comme pays, région, ville ?
S.R. : J’adore l’Australie, pour les grands espaces. J’ai fait notamment deux fois la route entre Melbourne et Sydney, en allant à des endroits différents. On voit des grandes plages de 10 kilomètres, c’est assez hallucinant. En plus, je l’ai fait pendant le Covid. En fait, c’était en plein Covid en Europe mais pas encore en Australie. Je coachais Vera Zvonareva à ce moment-là et je l’ai un peu séchée parce que, comme il n’y avait pas de Covid en Australie, je suis allé au bout de mon visa et je suis resté deux mois. Elle a dû le prendre un peu mal parce qu’elle continuait les tournois mais j’ai fait des choses extraordinaires et sans le moindre touriste étranger. Je suis allé sur l’île de Raymond Island, à la frontière entre le Victoria et La Nouvelle Galles du Sud. On prend un petit bateau et là il y a des koalas partout sur l’île. Je suis aussi allé sur le point le plus haut d’Australie, le Mont Kosciuzko, à 2200 mètres. Je voulais voir à quoi ressemblaient les stations de ski australiennes. Et puis j’ai fait le tour de la Tasmanie.
Vous ne conseillez pas la destination la plus abordable…
S.R. : Attendez ! Ce dont je me suis rendu compte, c’est qu’en Europe, on a quasiment tous les paysages du monde regroupés. Les fjords de Nouvelle-Zélande, on les a en Norvège. Des plages que j’ai vues en Australie ou en Californie, je les vois au Portugal, avec des roches de toutes les couleurs. Finalement, il n’y a pas besoin de partir très loin ni de partir au bout du monde. Il y a déjà tout ce qu’il faut en Europe. La différence, c’est l’espace. J’aime les grands espaces et je les ai trouvés en Australie ou en Californie, mais l’Europe offre déjà beaucoup.
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