Roland-Garros 2026 - Demi-finale simple messieurs - Jakub Mensik, l'enclume et la plume

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Discret au cours du printemps, et globalement un peu en retrait depuis son sacre à Miami il y a plus d'un an, Jakub Mensik est en train de changer brutalement de dimension dans ce Roland-Garros. Ce qui frappe ? L'alliance de qualités qui peuvent sembler opposées, mais s'assemblent naturellement chez lui. Puissance et finesse. Claques et caresses. Hauteur de la carcasse et mobilité du déplacement.

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"The first of many". Le premier d'une longue série. Ou les mots que Jakub Mensik avait posés sur la caméra à Miami, se prêtant à la tradition désormais bien ancrée sur le circuit. C'était le 30 mars 2025. À 19 ans, le Tchèque venait de battre son idole d'enfance, Novak Djokovic, l'homme qui l'avait pris sous sa coupe en lui apportant son aide. Le tout premier titre de sa carrière, oui. Un Masters 1000, en prime. Magistral coup d'éclat, fracassante entrée dans la cour des grands. C'était il y a 14 mois. Le temps qu'il lui a fallu pour enclencher la seconde, au moment où l'on commençait à se demander si le jeune homme n'était pas en train de caler.
Pendant un peu plus d'un an, Mensik a alterné le bon et le moins bon. Les hauts et les bas. Crise de croissance classique pour un si jeune joueur, dont le tennis et la personne étaient encore en train de maturer conjointement. Pourtant, en Floride, il pensait déjà à la suite. "Ce n'est pas une fin en soi, ce n'est que le début, avait-il promis. Bien sûr, c'est formidable d'avoir ce titre, mais il ne s'agit que d'un seul tournoi. J'ai soif de plus. Dès mon retour à la maison, je retournerai au travail et je m'efforcerai de progresser encore, car j'ai une grande marge de progression. Avec mon équipe, nous ferons tout notre possible pour soulever ces trophées plus souvent."
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Mensik n'a eu peur ni de Djokovic ni de l'enjeu : Son sacre en vidéo

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Un autre titre a suivi, en janvier dernier, à Auckland. Mais on attendait un peu plus de lui, c'est vrai, oubliant parfois son extrême jeunesse. En Grand Chelem, notamment. Une seule présence en seconde semaine, en Australie, où, blessé, il avait dû renoncer à jouer son huitième de finale contre Novak Djokovic. Le physique, voilà ce qui a beaucoup freiné le bonhomme ces derniers mois. À l'image de sa campagne sur terre battue ce printemps. "Avant Monte-Carlo, j'ai développé une infection à un orteil, puis j'ai attrapé un virus, ce qui m'a immobilisé pendant deux semaines supplémentaires, a-t-il rappelé. Avant Madrid, je ne me suis entraîné que trois ou quatre jours. J'ai gagné deux matchs là-bas. Mais je ne me sentais pas bien."
Il peut jouer avec tellement de variété
Résultat, trois petites victoires sur la surface avant Roland-Garros et une 28e place au classement, soit son point le plus bas depuis son coup d'éclat de mars 2025 à Miami. Sans aller parler de renaissance, le voir en demi-finale à Roland-Garros relève tout de même de la demi-surprise. Sauf qu'à le voir évoluer sur le Chatrier mardi soir face à João Fonseca, pas de doute, il est bien à sa place. Il y aura un avant et un après Roland 2026 pour lui. C'est tout particulièrement vrai de ce match face à l'épouvantail brésilien, d'un an son cadet (Mensik est de 2005, Fonseca de 2006) mais à la "hype" supérieure.
Par sa manière de maîtriser la surpuissance du jeune Carioca, la qualité et la diversité de son jeu, sa façon de gérer l'atmosphère, chaude sinon hostile, et les nerfs qui furent les siens en fin de partie, tout a impressionné chez lui. Son chaperon, Novak Djokovic, aime à dire que le Grand Chelem, "c'est un autre sport". L'enjeu, la dimension physique et psychologique avec le format trois sets gagnants, tout est différent et plus grand. C'est là que les jeux et les âmes se dévoilent et se révèlent. Oui, Mensik s'est d'une certaine manière révélé durant ces deux heures trois quarts sur le Central.
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"Mensik est d'une solidité à toute épreuve"

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Il a le package complet, et il l'a montré. Peut-être pour la première fois, en tout cas dans ces proportions. "C'est vraiment un très bon joueur, juge le consultant d'Eurosport, Mats Wilander, parce qu'il sait à peu près tout faire. Avant ce match, je n'avais pas réalisé à quel point il avait une palette aussi complète. Il peut jouer avec tellement de variété. Il est ultra-polyvalent. Il frappe fort, mais j'ai beaucoup aimé ce qu'il a fait au filet, dans le petit jeu, trouvant des petits angles à la volée." "J'veux qu'mes chansons soient des caresses ou bien des poings dans la gueule", claquait Renaud en exergue de Où c'est que j'ai mis mon flingue. L'arme de Mensik se limite heureusement à sa raquette, mais avec celle-ci, il peut vous faire mal, au choix, d'un coup de plume ou d'enclume. Voilà son jeu. Caresse ou poing dans la gueule.
Je vous le dis, il va faire très mal dans les 10 années qui viennent
Avec ses 196 centimètres sous la toise, mais une vitesse de déplacement parfois digne d'un dragster, Jakub Mensik est le prototype du joueur moderne. "Il bouge incroyablement bien pour un gars de sa taille", constate Wilander. Les géants se sont multipliés sur le circuit depuis 15-20 ans, mais ils vont vite. C'est sans doute l'élément qui a le plus changé dans le tennis moderne. Ce dernier élément a bluffé John McEnroe. "Prenez Zverev, ses déplacements latéraux sont impressionnants, mais il n'est pas aussi bon vers l'avant que Mensik, estime l'ancien numéro un mondial. Mensik, lui, se déplace tellement bien vers l'avant… C'est impressionnant."
João Fonseca, aux premières loges, s'est plutôt bien placé pour jauger et juger l'animal et ses multiples aptitudes. Il ne peut que saluer et s'incliner : "Son service est incroyable. Sa gestion des points importants est aussi très impressionnante. Ses retours, première et deuxième balle, sont très profonds, et il met beaucoup de pression. Il a raté très peu de retours. C'est ce qui m'a mis en difficulté. Il joue bien et, surtout, il sait jouer dans les moments importants. Il n'a peur de rien. Il est courageux, et je lui souhaite le meilleur car c'est un garçon gentil et humble." Il cogne et dit s'il vous plait, en somme. Dangereux, mais bien élevé.
La fusée Mensik a donc redécollé. Peut-être pour de bon, cette fois. Il y avait eu Miami 2025. Le coup de semonce. Roland-Garros 2026, c'est la grande confirmation. Le temps a pu sembler long, mais 14 mois, à son âge, c'est finalement très raisonnable. Pas sûr que, cette fois, il y ait un retour en arrière, indépendamment d'éventuels soucis physiques. Trop de qualités pour cela, le tout étant magnifié par "une vraie intelligence de jeu. Il a un QI tennistique élevé, il est à l'aise dans le jeu vers l'avant et il sait quand et comment l'utiliser", selon Mats Wilander. "Je vous le dis, il va faire très mal dans les 10 années qui viennent", prévient McEnroe. Peut-être même, déjà, dans les jours à venir.
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