Roland-Garros 2026 - Demi-finales messieurs - Zen comme Alexander Zverev
Par Laurent Vergne
Mis à jour 05/06/2026 à 21:36 GMT+2
La pression ? Quelle pression ? Propulsé archi-favori du tournoi après les sorties de route précoces de Jannik Sinner et Novak Djokovic, Alexander Zverev dégage une impression de tranquillité et de calme de nature à l'amener au bout dans ce Roland-Garros. Ce fut encore le cas en demie face à Jakub Mensik. Pourra-t-il se montrer aussi zen dimanche, en finale, contre Flavio Cobolli ?
"Zverev est obligé de gagner le tournoi"
Video credit: Eurosport
À défaut de se coltiner un Alcaraz, un Sinner ou un Djokovic sur la route de la finale, Alexander Zverev a dû veiller à fermer ses écoutilles pour se tenir à distance d'une ritournelle envahissante depuis une semaine. Telle une petite voix imaginaire lui soufflant à l'oreille : "Sascha, c'est maintenant ou jamais pour toi." Il a sans doute essayé de ne pas l'écouter, mais il a dû l'entendre, au moins de loin. "Si tu ne gagnes pas ce Roland-Garros où il n'y a plus personne, tu ne gagneras jamais un tournoi du Grand Chelem. C'est ta chance. Ta meilleure chance. La seule, peut-être. La dernière, sûrement." Voilà pour l'ambiance.
Dans ce contexte si particulier, où la possibilité de la victoire s'est quasiment muée en obligation, Zverev aurait pu craquer. Parce qu'il a déjà plié sous des poids moins lourds que celui-ci sur ses épaules. Mais match après match, il ne s'est jamais départi d'une forme de sérénité qui transpire de sa raquette dans cette quinzaine. C'est sans doute son plus grand mérite. Rien ni personne ne semble pouvoir l'atteindre. Il est en total contrôle. Bien dans son tennis, dans son rythme, presque dans sa routine.
Dans son esprit, tout dépend de lui
C'est quand cette dernière est bousculée que les choses deviennent intéressantes. Cela ne lui est pas arrivé souvent ces derniers jours, mais chaque fois que cela a été le cas, l'Allemand a apporté la réponse adéquate. Comme quand Rafael Jodar a mieux démarré que lui mardi en quart de finale, pour mener 5-2 dans le premier set. Ou quand Jakub Mensik s'est réveillé vendredi en demi-finale pour aller chercher le troisième set et relancer le match. Relancer, peut-être. Mais pas suffisamment pour le faire tourner.
Sascha Zverev a l'attitude de celui qui est sûr de ses forces. Surtout, dans son esprit, tout dépend de lui. C'est son luxe. "Dans le troisième, a-t-il souligné à propos de sa demi-finale, Jakub a beaucoup mieux joué, aucun doute. Mais je me suis aussi fait breaker parce que j'ai raté un ou deux coups. J'ai moins bien servi, j'ai manqué deux coups droits. Mais globalement, je me sentais toujours en contrôle. Je sentais que j'allais avoir à nouveau ma chance et gagner ce match. Voilà ce que je me disais."
C'est là que son vécu paie. "C'est très long, un match en trois sets gagnants, rappelle-t-il. Vous pouvez vous faire breaker un moment ou un autre, ça arrive, c'est normal et ce n'est pas grave. Il faut juste garder son calme et sa concentration." Tout ce que chacun sait de manière purement théorique, mais le fait de l'avoir tant et tant vécu de façon concrète en match fait une sacrée différence. Dès le début du quatrième set, Zverev est redevenu le patron. Les départs d'incendie ont été rares pour lui dans ce Roland-Garros, mais il sait en plus les éteindre avant qu'ils ne prennent une ampleur trop inquiétante.
Il a fait un travail exceptionnel sur ces six premiers matches
Il n'est jamais dans l'excès. Que ce soit devant les médias en conférence de presse, ou dans sa manière très mesurée, presque discrète, de célébrer ses qualifications, tour après tour, le numéro 3 mondial surfe sur une vague en mode force tranquille. "Il sait que le boulot n'est pas terminé et sa réaction à la fin du match le montre bien, juge d'ailleurs l'ancien double vainqueur du tournoi, Jim Courier, consultant pour Eurosport. Il a fait un travail exceptionnel sur ces six premiers matches."
Même son de cloche chez John McEnroe. L'Américain demandait à voir. Il redoutait que Zverev ne tienne pas le choc sous la pression, monumentale, qui serait la sienne au cours de cette seconde semaine. "Mais pour le moment, il est absolument remarquable dans la manière de gérer la situation", estime l'ancien numéro un mondial. Y a-t-il encore quelqu'un ou quelque chose susceptible de le faire dévier de sa trajectoire si rectiligne jusqu'ici ? Un Flavio Cobolli en feu dimanche ? Le retour de vieux démons, d'une forme d'autodestruction ? Rien ne l'indique pour le moment, mais une finale, c'est autre chose.
Alexander Zverev n'a pas peur de l'altitude. Il la côtoie depuis longtemps. Mais dans cette conquête de son Everest personnel, il n'a pas encore atteint le sommet. Il a toujours buté, pour une raison ou un autre, au-dessus de la barre des 8000. Il faut encore qu'il aille planter son drapeau tout en haut. Rester calme. Jusqu'au bout. Jusqu'en haut.
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Video credit: Eurosport
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