Roland-Garros 2026 - "Jamais il n'aura eu autant de pression" : Alexander Zverev et le syndrome Roger Federer

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Alexander Zverev est à quatre matches de son premier titre en Grand Chelem. Oui, et alors ? Alors Alcaraz, Sinner et Djokovic ne seront pas sur son chemin pour l'en priver lors de cette seconde semaine de Roland-Garros. L'occasion est belle, pour manier l'euphémisme. L'Allemand va être attendu au tournant. Ce qui n'est pas sans rappeler ce qu'avait subi un certain Roger Federer au même endroit…

Zverev et la pancarte du favori : "S'il ne gagne pas là, il ne gagnera jamais de Grand Chelem"

Video credit: Eurosport

Les joueurs ne mentent pas par nature, mais par nécessité. C'est mieux pour eux. Du moins le croient-ils. Prenez Alexander Zverev. Après le jeu de massacre qui a transformé un Roland-Garros annoncé comme fermé à double tour par le tandem Jannik Sinner - Carlos Alcaraz en une quinzaine portes ouvertes, l'Allemand devient, au moins par défaut, le grand favori de cette édition 2026. Alcaraz ? Forfait avant la bataille. Sinner ? Essoré physiquement et out dès le deuxième tour. Djokovic ? Éteint au troisième par la tornade Fonseca. Ils ne sont plus que deux membres du Top 10 alors que cette première semaine n'est même pas achevée, Félix Auger-Aliassime et lui. Une folie.
Alors, quand, après sa victoire vendredi soir contre Quentin Halys pour se hisser en huitièmes de finale, le grand Sascha assure très tranquillement que, pour lui, les absences du trio majeur avant même le week-end du milieu du tournoi "ne changent rien", non, vous n'êtes pas obligés de le croire sur parole. Cette fois, c'est sûr, c'est pour lui. Telle est en tout cas la vision "logique" du plus grand monde, si tant est que ce mot possède encore la moindre bribe de sens cette année porte d'Auteuil.
Jusqu'ici, la chose est bien documentée, il a toujours manqué un petit ou un gros quelque chose à Zverev pour franchir le pas et gravir la dernière marche sur l'escalier de la gloire. Il a toujours buté dessus, ou juste en-dessous. Trois finales perdues, dont deux en cinq sets, une cargaison d'échecs en demies (sept au total), la dernière en date à l'Open d'Australie en janvier dernier n'ayant pas été la moins frustrante. Zverev, ou le Jean-Claude Dusse du tennis mondial. Il s'imagine des ouvertures partout, mais il n'a encore jamais conclu.

Il ne peut s'affranchir du contexte

Or, si l'on pouvait lui pardonner un échec au bout du thriller contre Carlos Alcaraz, si chacun pouvait admettre que durant plus de deux années l'Espagnol et Sinner n'ont rien voulu laisser en Grand Chelem et que Djokovic continuait d'évoluer sur les plus grandes scènes à un niveau très élevé, maintenant qu'il est débarrassé de ce trio, la donne est différente. Non seulement Zverev peut gagner, mais on a presque envie de dire qu'il DOIT gagner. Il y a un côté "maintenant ou jamais" pour lui, dans ce Roland-Garros où le contexte semble si favorable.
"Tout le monde va se dire ça, oui", nous confirme Mats Wilander. Comme tout joueur de premier plan, Alexander Zverev est le premier à se fixer une forme d'obligation de résultats. Il n'a besoin de personne pour s'imposer une telle exigence. Ni du public ni des médias. Mais le poids d'un contexte est moins négligeable que l'on peut l'imaginer ou qu'il peut le prétendre. "Désormais, renchérit Wilander, la pression vient de nous tous, parce que tout le monde va en effet être convaincu ces prochains jours que s'il ne va pas au bout dans un tournoi comme celui-ci, c'est qu'il n'y arrivera jamais. Jamais il n'aura eu autant de pression sur les épaules."
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Zverev, enfin l'heure du Grand Chelem ? (ne riez pas)

Video credit: Eurosport

Un joueur peut ne rien lire, ne rien écouter, ne rien voir. Mais quoi qu'il en dise, il ne peut s'affranchir d'un contexte. Cela, il ne peut l'ignorer totalement. Son cas s'apparente un peu à celui de Roger Federer ici-même à Roland-Garros, en 2009. Bien sûr, le Suisse faisait déjà figure de légende à l'époque, avec 12 titres du Grand Chelem au compteur. Mais la suprématie de Rafael Nadal à Roland-Garros était telle que la crainte de le voir rester éternellement à quai à Paris était réelle. Quand la terre a tremblé avec la défaite de l'Espagnol contre Robin Söderling, l'opportunité devint gigantesque. La pression qui l'accompagna ne fut pas moindre. Comme Zverev aujourd'hui, le Suisse a d'abord prétendu que cela ne changeait rien. Les mêmes mots. Tout allait finalement bien se terminer pour lui. Ce Roland-Garros 2009 serait le sien, et il serait le seul de sa carrière.
J'avais l'impression d’avoir joué quatre finales, à cause de la pression
Dix ans plus tard, la prescription de mise, Federer put enfin admettre que, oui, cette semaine avait été la plus difficile de sa carrière. "J'étais épuisé mentalement parce que j’avais l'impression d’avoir joué quatre finales à Paris, à cause de la pression, résuma-t-il en 2019. C'est là que ces attentes ont grandi, quand les journalistes ont commencé à dire : 'C'est cette année ou jamais'. Dès lors, les jours suivants m'ont paru une éternité… Je savais qu'au lieu de devenir plus facile, le tournoi allait devenir plus difficile à cause de la pression."
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Alexander Zverev à Roland-Garros.

Crédit: SID

Tel était le paradoxe de sa situation. La dichotomie entre le discours ambiant (pour résumer, Nadal n'est plus là, tout devient facile) et son ressenti (chaque match était lesté d'un enjeu monumental, presque insupportable). Alexander Zverev risque fort de connaître exactement le même phénomène, et il en ira ainsi tant qu'il sera dans le tournoi. Cela risque même d'empirer au fil des tours. Sachant que le bonhomme a parfois éprouvé une certaine tendance au "choking" quand la possibilité d'un dénouement heureux en Grand Chelem semblait se rapprocher, c'est une forme de test ultime qui attend Zverev.
"À chaque tour, la pression sera de plus en plus forte, prédit Jim Courier. Nous verrons comment il est capable de la gérer et d'y répondre au fil des jours. Il sera attendu au tournant." Si, par bonheur pour lui, il va au bout, viendra alors le temps du "oui, mais". "Il a gagné, oui, mais les meilleurs n'étaient plus là." Un refrain qu'il ne manquera pas d'entendre, à coup sûr. Mais à choisir, il préfèrera encore supporter cet air-là que celui de l'éternel loser "même pas capable de triompher quand il n’y a plus personne." Pour soulever la coupe des Mousquetaires et combler ce trou béant sur son C.V., Zverev n'aura donc à battre ni Alcaraz, ni Sinner, ni Djokovic. Certes. Mais il va devoir s'affranchir de ses propres démons. De ses peurs. De ses manquements. Zverev doit terrasser Sascha. Pas sûr que cet adversaire-là soit plus commode à écarter de son chemin.
 


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