Roland-Garros 2026 | "Sur la ligne", la chronique quotidienne de Nicolas Mathieu, épisode 13 : Maja Chwalinska, la plus vieille histoire jamais contée

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Toute cette quinzaine, l’écrivain Nicolas Mathieu et le dessinateur Pierre-Henry Gomont posent leurs regards croisés sur l’édition 2026 du tournoi de Roland-Garros. Des textes et des dessins chaque jour pour dire autrement ce grand moment de tennis qui est pour eux bien plus qu’un sport. Ce samedi, la défaite en finale de Maja Chwalinska a touché l'auteur.

Maja Chwalinska, la plus vieille histoire jamais contée, la chronique de Nicolas Mathieu (dessin : Pierre-Henry Gomont)

Crédit: Eurosport

La joueuse polonaise Maja Chwalinska venait de nulle part. Cette année à Roland-Garros, elle est allée jusqu'en finale. Aujourd'hui, elle a perdu mais après quelle trajectoire. 
Être personne et aller au bout, en dramaturgie, c'est la base. 
Cet archétype de récit porte d'ailleurs un nom : "le voyage du héros". Une structure qu’on retrouve dans maintes histoires classiques, de l'Odyssée jusqu'à Star Wars. Une manière d'organiser le récit si rebattue que nous en connaissons par avance tous les détours, ce qui ne nous empêche pas d'en jouir. Car comme les enfants, nous aimons que la même histoire nous soit indéfiniment contée. Cela nous rassure sur l'état du monde, cela nous convainc que ce dernier est praticable, et qu'il y a même des leçons à en tirer. 
Alors qu'en réalité pas du tout, mais c'est une autre affaire.
Selon cette structure canonique, un héros, ou une héroïne, vit une existence ordinaire. Disons une héroïne puisqu'en l’occurrence ç’en est une. Vient l’appel de l'aventure, que tout d'abord elle refuse. Puis le moment du franchissement, seuil à partir duquel on entre enfin dans le dur, une succession d'épreuves et d'affrontements jusqu'à la bataille finale. Une fois ce périple accompli, l'héroïne peut entreprendre le chemin du retour, porteuse de l'élixir et à jamais changée. Pour Chwalinska, il n'y aura pas de trophée, mais de grandes heures gravées dans le marbre du tournoi.
Tant de contes, de mythes, de légendes suivent cette structure. Chwalinska l'incarne d'une manière si parfaite qu'il est bien difficile de ne pas adhérer à sa quête. Sans renommée, sans sponsor, sans moyens, l'amie de la championne Iga Swiatek s'est extirpée des marécages des qualifications, a passé tous les obstacles de la deuxième semaine pour aboutir à l'ultime confrontation, l'heure cruciale, sa première finale en Grand Chelem. 
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L'étoile Swiatek ou la météorite Ostapenko : Quelle trajectoire maintenant pour Andreeva ?

Video credit: Eurosport

Et tout le long de son périple, elle a suscité l'admiration et la sympathie du public, par son jeu singulier tout d'abord, surprenant, par sa fraîcheur aussi, son humilité, son charme, une forme d'innocence qui fait d'elle un mélange de Dorothy dans Le Magicien d'Oz et du roi Arthur arrachant l'épée du rocher où elle semblait scellée. Songer qu'elle n'avait pas même réservé de chambre d'hôtel pour la fin de la compétition est en soi un motif de ravissement. 
Emma Raducanu la première avait réalisé ce prodige en 2021 à l'US Open, remportant son premier titre en Grand Chelem après s'être extirpée des qualifications. La promesse n'a pas été totalement tenue par la suite. Car dans la vie, contrairement à la légende, le chemin de soi est toujours à refaire. Revenir n'est pas arriver. 
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