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Roland-Garros 2026 - "Sur la ligne" : la chronique quotidienne de Nicolas Mathieu pendant la quinzaine
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Mis à jour 24/05/2026 à 12:12 GMT+2
Toute cette quinzaine, l’écrivain Nicolas Mathieu et le dessinateur Pierre-Henry Gomont posent leurs regards croisés sur l’édition 2026 du tournoi de Roland Garros. Des textes et des dessins chaque jour pour dire autrement ce grand moment de tennis qui est pour eux bien plus qu’un sport.
Sur la ligne, la chronique quotidienne de Nicolas Matthieu et Pierre-Henry Gomont (crédit dessin : Pierre-Henry Gomont)
Crédit: Eurosport
En fin de compte, il ne s’agit jamais que de passer le filet une fois de plus que son adversaire. La chose pourrait se résumer ainsi, d’un mot. Et l’on aurait tout dit.
Mais pour l’amateur de tennis, l’intérêt de ce sport ne peut se résumer à si peu de choses. Il en connait les règles, les rituels, il en suit le cycle presque imperturbable qui est celui des saisons. Il en aime l’histoire, les passages obligés et les figures. Il est à ses yeux tout un monde.
Ce qu’on voudrait creuser ici, c’est cette idée d’ailleurs bien admise selon laquelle le tennis est aussi une esthétique.
C’est-à-dire le lieu où se manifestent certains types de beautés, où s’exprime le génie humain, où s’inventent, comme dans tout art, des ruptures, des tentatives, des percées, où se réalisent parfois des coups de maîtres, où se livrent enfin des batailles qui ne visent pas toutes à vaincre, mais qui cherchent aussi, et peut-être plus profondément, un certain régime de perfection.
Ainsi d’une finale restée fameuse entre Roger Federer et Rafael Nadal, en 2008, sur l’herbe de Wimbledon. Le résultat en est presque devenu secondaire. Ce qui demeure, vu d’ici et presque vingt ans plus tard, c’est un sommet d’intensité, le jeu poussé vers sa limite, vers son délire. Une partie devenue symbole, signe, accomplissement au même titre qu’un ballet, qu’un plan séquence, qu’un drame monté sur les planches d’un théâtre.
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Roger Federer et Rafael Nadal à Wimbledon en 2008.
Crédit: Getty Images
Nous pensons que le tennis, comme la littérature ou le dessin, emporte avec lui une gigantesque puissance d’affecter. C’est-à-dire qu’il est une machine à susciter par les formes qu’il invente de la frayeur et du plaisir, de l’émerveillement, de la stupeur et des sensations. Nous voulons croire que comme d’autres arts, il sécrète à sa manière extrêmement singulière des vérités, des intensités, un accroissement formidable de nos possibilités d’être.
Les exemples sont légion de grands gestes, de retournements tragiques, de moments de grâce. Comme ce match qui opposa en Coupe Davis Henri Leconte à Pete Sampras, où le joueur français remonté des fins fonds du classement atteignit pour quelques heures un niveau de jeu qui resta son chef-d'œuvre. Comme l’invention de cette demi-volée en retour de service qui permit à Federer de revenir au plus haut niveau en 2015 après des années de vaches maigres. Comme Chris Evert activant cette manière nouvelle qui mit fin à l’habitude du service-volée, pour jouer long, acculer son adversaire, jusqu’au moment où, d’une balle courte, elle semait le chaos et remportait le point. Son pourcentage de victoire (90,05%) reste à ce jour le plus élevé de l’histoire.
Tout cela fait légende. Et pour reprendre une phrase bien connue de l’histoire de l’art, on voudrait dire ici, un peu par provocation, qu’un match de tennis vaut mieux que la victoire de Samothrace.
Durant ce tournoi 2026, c’est sur cette ligne, à la jonction de l’esthétique et du reste, dans les gradins, sur le court, dans les coulisses, parmi les spectateurs, que nous voulons écrire et dessiner. Par plaisir. Par défi. Par amour surtout. Et puis rêver de la nuit, du bruit inimitable des balles, des longues plages d’ennuis, du désordre des allées, des visages, des désirs qui crépitent partout, rêver tard et couleur de terre battue.
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